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La Birmanie à la croisée des chemins

Des membres de la coalition pour une Birmanie libre réunis à Hong Kong à l'occasion du troisième anniversaire de la révolution de safran, tiennent des affiches faisant référence à la détention de la leader de l'opposition démocratique Aung San Suu Kyi (27 septembre 2010).
Photo : Keystone (AP Photo/Kin Cheung)

En Birmanie, alors que la principale figure de l'opposition démocratique est toujours assignée à résidence, tout indique que le prochain scrutin sera davantage une farce démocratique.

La Birmanie amorce une période délicate dans son histoire. Les prochaines élections qui auront lieu le 7 novembre seront les premières depuis 20 ans. Pourtant, les chances de démocratisation sont faibles et la constitution de 2008 votée à la hâte semble museler d'avance l'arrivée d'un gouvernement civil au pouvoir réel. Si les militaires semblent troquer le treillis contre le complet-veston, c'est pour mieux occuper le parlement.

Autre élément qui montre que la junte militaire birmane n'a pas l'intention de céder le pouvoir à l'opposition démocratiques: les lois électorales. Ces dernières excluent d'avance tous les dissidents politiques, car elles interdisent aux partis de conserver dans leurs rangs des anciens prisonniers politiques. Conséquence directe de cette mesure coercitive, la Ligue nationale pour la démocratie (LND) a refusé de s'enregistrer au scrutin sans quoi elle aurait dû exclure de ses rangs sa principale figure de proue, la dissidente politique Mme Aung San Suu Kyi. Face à ce dilemme, le parti s'est dissout. L'oppression politique effectuée par la junte militaire sur le processus électoral est donc forte, raison pour laquelle il sera difficile de parler d'élections libres.

A la question de savoir si malgré tout les élections du 7 novembre vont permettre une démocratisation du pouvoir birman, les avis sont partagés. Certaines ONG considèrent ces élections futures comme une mascarade de la junte militaire afin d'assouplir les tensions sur le plan international. Pour d'autres observateurs, c'est tout de même un pas important, car même si les conditions électorales sont dissuasives et que l'intégrité de la commission électorale (choisie par les militaires) est douteuse, il n'en demeure pas moins que ce sont les premières élections que connaît la Birmanie depuis deux décennies.

Selon Frédéric Debomy, président d'Info-Birmanie, une association française oeuvrant en faveur du changement démocratique et des droits de l'homme, l'interdiction de critiquer le régime et les conditions financières drastiques de participation aux élections rendent le prochain scrutin peu légitime. Interrogé en mars dernier par un journaliste de Libération.fr, il regrettait le manque de transparence et de neutralité suffisant pour espérer des résultats "propres". Selon lui, pour espérer une révolution des Oeillets comme au Portugal en 1974, la question fondamentale, c'est comment faire évoluer l'appareil militaire vers une transition démocratique. Or, au vue des récentes lois électorales, la junte birmane n'en prend pas le chemin.

Fin septembre, Amnesty International Canada a réalisé avec l'aide de l'agence Agency59, un clip vidéo dont le message est simple: "si quelqu'un regarde, la violence s'arrête." La vidéo était accompagnée d'une pétition demandant la libération de Mme Aung San Suu Kyi. La campagne n'a pas eu le temps d'aller bien loin, puisque le 30 septembre le pouvoir birman annonçait que la dissidente birmane serait libérée le 13 novembre, soit une semaine après la tenue des élections. Pour rappel, "la prix Nobel de la paix avait été de nouveau condamnée en août 2009 à 18 mois supplémentaires de résidence surveillée, après l'intrusion d'un illuminé américain à son domicile de Rangoun" (Romandie.com - 22/06/2010).

L'annonce récente de la libération de la dissidente politique birmane Mme Aung San Suu Kyi, principale figure de l'opposition, n'est pas le signe d'un assouplissement du régime birman mais plus certainement un calcul tactique pour gagner du temps face à la montée des critiques au sein de la communauté internationale.

(ag)

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