Ami Cohen : « Être scénariste, c’est faire partie d’un club privé dans lequel il est difficile de rentrer »

Elvire Küenzi

11.11.2021

Ami Cohen est scénariste. Il a notamment travaillé sur des séries pour OCS ou la RTS et il a accepté d’évoquer avec nous son métier et sa passion pour l’écriture et la vidéo.

Propos recueillis par Elvire Küenzi

Le scénariste Ami Cohen a grandi en Suisse. Il a travaillé sur de séries comme «Missions» ou encore «Hors-saison», une co-production de la RTS.
Carl Smith-Thomas

Elvire Küenzi

11.11.2021

Pourriez-vous nous parler de votre parcours ?

J’ai quitté Lausanne autour de mes 22 ans pour aller faire une école de cinéma à Paris. Dans le cadre de cette école, j’ai fait un stage qui a été déterminant pour moi : six mois au développement pour « CHEZ WAM » (boîte de production d’Alain Chabbat).

Donc concrètement, je lisais des scénarios toute la journée, le rêve ! Après cette formation, j’ai réalisé plusieurs making-of de long-métrage pour Gaumont. Une chance incroyable d’être projeté au cœur des tournages aussi tôt mais j’ai rapidement arrêté pour pouvoir me consacrer à des projets moins rémunérateurs mais plus intéressants, souvent avec des amis. J’ai donc réalisé quelques programmes courts (la grande mode à l’époque) et de la comédie.

Et puis en 2017, un ami producteur eu la folle idée de me mettre sur un de ses projets : la création d’une série de science-fiction, dans l’espace. Un genre quasiment oublié en France. Nous avons donc créé « Missions » avec Henri Debeurme et Julien Lacombe. Ce furent mes premiers pas en tant que pur scénariste. Évidemment, le budget était petit, évidemment la série a plein de défauts, mais j’ai tellement aimé ça que j’ai décidé que j’en ferai mon métier. Aujourd’hui nous venons de boucler la saison 3, saison finale, et j’ai eu la chance de travailler sur de nombreuses séries depuis.

Avez-vous toujours voulu faire ce métier ? Comment devient-on scénariste en Suisse ?

Pas particulièrement. Je n’ai jamais vraiment su ce que je voulais faire. Je sortais d’une école d’informatique en Suisse, je suis partie en voyage un moment et quand je suis revenu je me suis dit : j’aime bien la vidéo, le montage, filmer ma famille, mes potes qui font de la capoeira ou du breakdance, alors pourquoi pas essayer d’en faire un métier ! Ma copine de l’époque voulait aller à Paris, alors on est parti tenter l’expérience.

Comment percevez-vous ce métier en Suisse ? Il y a-t-il moins ou plus d’opportunités qu’ailleurs ?

Je suis persuadé qu’il y a énormément d’opportunités en Suisse, en tout cas en ce moment. En effet, j’ai le sentiment que la plupart de ceux qui se destinent à ce métier partent à l’étranger se former ou travailler. La Suisse manque donc cruellement de professionnels. Au fond, j’ai toujours espéré, pour ne pas dire rêver, de développer des séries dans ce pays dans lequel j’ai grandi et que je trouve magnifique. J’ai donc sauté sur l’occasion. Je développe d’ailleurs en ce moment une nouvelle série avec la RTS et AKKA FILMS, une boîte de production genevoise.

A quels obstacles vous êtes-vous confrontés ?

Moi-même, principalement. En réalité, ce métier demande une discipline que j’ai eu du mal à acquérir. Et même si j’ai eu beaucoup de chance dans les rencontres que j’ai faites au cours de mon parcours, il a fallu du temps pour que ce métier me fasse gagner ma vie. Être scénariste, c’est faire partie d’un club privé dans lequel il est difficile de rentrer, mais une fois qu’on y est, tout est plus simple.

Vous avez notamment travaillé avec Pierre Monnard, connu pour son film « Platzpsitz baby ». Pouvez-vous nous raconter de quelle manière c’est arrivé ?

Effectivement, j’ai eu l’honneur d’écrire trois épisodes de la série « HORS-SAISON », créé par Sarah Farkas, Claire Kanny et Marine Flores-Ruimi et réalisée par Pierre Monnard (en diffusion RTS début 2022 je crois). Les créatrices m’ont contacté au départ parce qu’elles cherchaient un scénariste franco-Suisse pour écrire avec elles. Nous nous sommes très bien entendus et quelques mois plus nous étions en train d’écrire les six épisodes avec Storm Sigal Battesti, Raphael Meyer et Malou Briand. Tous suisses également.

De quel projet êtes-vous le plus fier ?

Tous ceux à venir ! Pour le moment, je n’ai pas beaucoup de projets derrière moi. Donc je dirais « Missions », c’est ma première série. Grâce à elle, j’ai appris énormément de choses. La saison 3 qui vient d’être bouclée et qui sort en décembre est peut-être ma saison préférée.

Qu’est-ce que vous préférez dans ce métier ?

Travailler avec des gens. Créer avec eux, débattre, déconner, fabriquer des personnages. Je ne travaille quasiment jamais seul.

Avez-vous des rituels d’écriture ou de travail ?

Pas particulièrement je crois. Le but étant finalement simplement de réussir à se plonger complètement dans l’univers d’un projet, mais uniquement le temps d’une séance de travail, pour ensuite se plonger dans un autre univers. J’ai besoin de sortir, de voir des gens, ça m’aide à structurer mon travail.

À quoi pensez-vous en premier lors de l’écriture d’un scénario : les personnages, les situations, les lieux, les thèmes, les intrigues ?

Je dirais que ça part de personnages et de situations. En tout cas, l’intrigue vient souvent dans un second temps j’ai l’impression. Et le lieu, ça dépend si c’est une série qui est attachée à son arène ou qui pourrait se passer n’importe où évidemment.

Quelle est la question que l’on ne vous pose jamais mais à laquelle vous aimeriez répondre ?

Celle-ci bien sûr !

Rédactrice pour différents journaux suisses, blogueuse et passionnée des mots, Elvire Küenzi adore les séries (elle est tombée dans le chaudron magique en regardant Sex and the City et n'en est jamais ressortie)! Elle écrit aussi des romans girly en mangeant des marshmallows et en sirotant des cocktails (avec modération, bien sûr).