Carnet noir

Le comédien Jean-Paul Belmondo est mort

ats

6.9.2021 - 16:36

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6.9.2021 - 16:36

Pour tous, c'était «Bébel». Avec la mort de Jean-Paul Belmondo, à 88 ans, le 7e art perd une de ses figures les plus populaires, un acteur sachant tout faire, sans se prendre trop au sérieux, des films d'action aux plus belles heures du cinéma d'auteur.

L'interprète aux 80 films est décédé lundi à la mi-journée, a annoncé sa famille dans un communiqué, transmis par leur avocat à l'AFP. Il laisse derrière lui des rôles inoubliables, jeune premier la cigarette au bec dans «A bout de souffle», pendu à un hélicoptère au-dessus de Venise dans «Le Guignolo».

Sa carrière commencée sur les planches l'a mené en un demi-siècle aux sommets du box-office français, avec 130 millions de spectateurs cumulés au cinéma. Dans les mémoires, c'est le Bébel au sourire ravageur, nez de boxeur et gouaille inimitable, qui restera.

L'hommage de Macron

Nous nous retrouvions tous" en Jean-Paul Belmondo, a salué lundi Emmanuel Macron, en évoquant «un trésor national, tout en panache et en éclats de rire, le verbe haut et le corps leste, héros sublime et figure familière, infatigable casse-cou et magicien des mots».

«Il restera à jamais Le Magnifique», a ajouté dans un tweet le chef de l'Etat qui avait décoré Jean-Paul Belmondo en novembre 2019 à l'Elysée, en le faisant grand officier de la Légion d'honneur.

«Derniers héros»

Sa mort tourne une page majeure du cinéma français, Belmondo partant après sa bande d'amis du conservatoire, Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle, Bruno Crémer ou encore Claude Rich... Il restait un modèle absolu pour ses pairs, notamment Jean Dujardin, qui le considérait comme «l'un des derniers héros» du cinéma français. Ses tribulations dans «L'Homme de Rio» ont inspiré jusqu'à Steven Spielberg, pour «Indiana Jones».

Et le public français ne s'est jamais lassé de revoir ses films, sur grand écran, à la télévision ou plus récemment sur Netflix, dans des polars comme chez Godard.

C'est d'ailleurs la rencontre avec le cinéaste de la Nouvelle Vague, autre figure majeure du 7e art, qui a scellé son destin. «Venez dans ma chambre d'hôtel, on tournera et je vous donnerai 50'000 francs», avait lancé Godard à Belmondo, croisé dans la rue. A même pas trente ans, en 1960, c'est «A Bout de Souffle».

Après le succès du film, «on viendra à moi», racontait Belmondo en 2016 dans «Mille vies valent mieux qu'une», un livre de souvenirs. Leur collaboration se poursuivra avec «Une femme est une femme» (1961) et «Pierrot le fou» (1965).

Casse-cou

Belmondo enchaîne ensuite les succès critiques. De Jean-Pierre Melville ("Léon Morin, prêtre") à François Truffaut ("La sirène du Mississipi") en passant par Louis Malle ("Le voleur"), les cinéastes s'arrachent l'acteur, le seul à rivaliser avec Alain Delon. «Lui et moi, c'est le jour et la nuit», confiera Belmondo, évoquant une «amitié fidèle» avec Delon, loin de la rivalité qu'on leur a souvent prêtée.

Passionné de boxe - gamin, il rêve d'égaler Marcel Cerdan -, il privilégie ensuite les rôles très «physiques» avec moult cascades, sans doublure, et coups de poing. C'est la période des superflics, des macho bagarreurs et des truands: «Borsalino», «Le Magnifique», «Flic ou voyou», «Le Professionnel» ou encore «L'As des as».

Qui aujourd'hui encore, oserait les cascades que ce casse-cou aimait réaliser lui-même, comme cette course sur le toit d'un métro en marche dans «Peur sur la Ville» ? Mais «on a fini par me coller une étiquette» de cascadeur alors que «moi, ce que j'ai eu envie de faire, dans ma carrière, c'est de naviguer entre Malle, Godard, Melville et des gens comme Verneuil, Deray, Lautner», confiait-il.

Et «si je n'exécute pas de pirouette, on m'en veut, on m'étrille», plaisante-t-il en 2016 dans un livre de souvenirs. Comme dans «La Sirène du Mississipi» de Truffaut (1969) où il est un amoureux transi.

Le «polar de trop»

Pendant plus de vingt ans, 48 de ses films dépassent chacun le million d'entrées... dont des records avec «L'Homme de Rio» de Philippe De Broca (4,8 millions d'entrées en 1964), «Le Professionnel» (1981) de Georges Lautner et «L'As des as» (1982) de Gérard Oury (plus de 5 millions). Jusqu'au «Solitaire» en 1987, son premier gros échec commercial. «Le polar de trop. J'en avais marre et le public aussi».

Il rebondit avec le personnage truculent de Sam Lion dans «Itinéraire d'un enfant gâté» de Claude Lelouch (1988). L'un de ses plus grands rôles, avec à la clef le César du meilleur acteur. Trophée qu'il ne va pas chercher. Il revient à ses premières amours: il remonte sur les planches avec «Kean» et «Cyrano» et devient propriétaire du Théâtre des Variétés.

AVC

Mais à partir de 2001, un accident vasculaire cérébral qui l'a fortement handicapé l'écarte des studios. Hormis un bref retour dans «Un homme et son chien» (2008) de Francis Huster. L'histoire d'un vieillard que la société rejette.

Son élocution est affectée, mais le capital sympathie reste intact: s'il disparaît presque du grand écran, il répond présent lors des cérémonies en son honneur, comme en 2017 où il reçut un César d'honneur.

Bébel aura partagé l'écran avec les plus grandes actrices, de Catherine Deneuve à Claudia Cardinale et des histoires d'amour avec certaines, comme Ursula Andress ou Laura Antonelli. Ce bon vivant qui a eu quatre enfants (dont une fille, Patricia, décédée) de deux unions, laisse derrière lui un clan resté proche jusqu'à la fin.

Et à qui il aura transmis son amour du cinéma et des sensations fortes: Paul, son fils, a tâté au théâtre et à la télévision, en parallèle d'une carrière de pilote automobile, et Victor, son petit-fils, fait des débuts prometteurs au cinéma.

Jean-Paul Belmondo, la cascade dans la peau

Suspendu en caleçon à pois à un hélicoptère, virevoltant sur les toits, en équilibre debout sur une rame de métro... Jean-Paul Belmondo a marqué le cinéma par les spectaculaires cascades qu'il effectuait dans ses films, au prix de belles frayeurs.

«Déjà à 14-15 ans, je me baladais sur les toits, je n'ai pas le vertige!», confiait l'acteur qui n'a «jamais compris pourquoi on (lui) a tant reproché (ses) cascades».

«L'Homme de Rio», «Peur sur la ville», «Le Guignolo», «Le Casse», «Joyeuses Pâques», «Une chance sur deux»... A plus de 60 ans, Jean-Paul Belmondo virevoltait encore dans les airs dans bon nombre de ses films. Seul son accident vasculaire cérébral en 2001 sonnera la fin de ces fameuses cascades, devenues sa marque de fabrique.

«Si je les faisais», plaisantait-il, «c'était parce que ça m'amusait. Le cinéma m'a donné l'occasion de faire des choses que je n'aurais jamais faites. Ca a commencé avec ‹L'Homme de Rio› et puis je me suis retrouvé accroché à un hélicoptère au-dessus de Venise, de Paris, du Népal... Où je peux faire ça sans me retrouver au poste?»

Ses premières cascades, il les a réalisées alors qu'il était encore très peu connu. Lors du gala de l'Union des artistes où un funambule yougoslave lui a appris à rouler sur un fil assis sur une moto...

Sur les plateaux de cinéma, Bébel, doté d'une excellente condition physique, impressionnait tous ceux qui préparaient avec lui les numéros de voltige.

«Je prends mon pied»

«C'est le meilleur cascadeur que j'aie formé. Il est bien meilleur que moi !» s'enthousiasmait Gil Delamare, le professionnel qui l'a secondé sur le tournage de «L'Homme de Rio».

Même son de cloche chez Rémy Julienne, le monsieur cinéma de la cascade, qui l'a retrouvé sur les plateaux à 14 reprises: «avec lui, on était obligé de progresser».

Amoureux du risque, Jean-Paul Belmondo s'est parfois fait des frayeurs dans ses numéros et a même eu droit à de sacrés accidents: entorse à la cheville gauche sur «L'Homme de Rio», cuisse déchirée après avoir traversé une fenêtre vitrée dans «Le Magnifique», main droite fracturée lors de la cascade sur les toits des Galeries Lafayette dans «Peur sur la ville».

Dans «L'Animal» (1977), une vilaine déchirure avec entorse après avoir dévalé 80 marches d'escalier ne l'empêche pas de refaire directement la scène... le pied fortement bandé!

L'acteur lui-même plaisantait dans ses mémoires sur le fait qu'on lui ait collé cette «étiquette» de cascadeur. «Les gens aimaient ça mais pour l'intelligentsia parisienne, je ne savais plus jouer la comédie: j'étais devenu un cascadeur».

De fait, dans les années 1970 et 1980, à la sortie de chaque «Belmondo», on parlait davantage des cascades que du film lui-même.

Mais lui n'en avait cure: «Je prends mon pied, sans penser au danger. Je calcule toujours les risques avant mais quand c'est parti, je ne recule pas. Si un jour j'en ai assez, alors je dirai les textes de Duras».

Jean-Paul Belmondo en dix répliques cultes

- «A bout de souffle», de Jean-Luc Godard (1960): «Si vous n'aimez pas la mer, si vous n'aimez pas la montagne, si vous n'aimez pas la ville... allez vous faire foutre !»

- «Un singe en hiver», d'Henri Verneuil (1962): «Une paella sans coquillages, c'est comme un gigot sans ail, un escroc sans rosette: quelque chose qui déplaît à Dieu !»

- «L'Homme de Rio», de Philippe de Broca (1964): «Quitter son pays, sa famille, son armée, ses copains, franchir les océans pour voir une donzelle s'agiter dans un bruit de casseroles, ça vous paraît normal ?»

- «Cent mille dollars au soleil», d'Henri Verneuil (1964): «Quand les types de 130 kilos disent certaines choses, ceux de 60 kilos les écoutent».

- «La sirène du Mississipi», de François Truffaut (1969): - Jean-Paul Belmondo: «Quand je te regarde, c'est une souffrance» - Catherine Deneuve: «Pourtant hier, tu disais que c'était une joie» - Jean-Paul Belmondo: «C'est une joie et une souffrance».

- «Borsalino», de Jacques Deray (1970): - Alain Delon: «François, pourquoi tu t'en vas ?» - Jean-Paul Belmondo: «Parce qu'on est deux».

- «Docteur Popaul», de Claude Chabrol (1972): «J'en ai assez d'être aimé pour moi-même, j'aimerais être aimé pour mon argent».

- «Flic ou voyou», de Georges Lautner (1979): «Je sais bien que t'as pas buté l'autre imbécile ! Mais t'en as fait flinguer d'autres ! Si on rajoute à ça le racket, la drogue, les putes, ça fait une jolie carrière quand même ! Les vingt ans que tu vas prendre, c'est un peu la médaille du travail qu'on va te remettre.»

- «Le Gignolo», de Georges Lautner (1980): «Vous savez quelle différence il y a entre un con et un voleur ? Un voleur, de temps en temps, ça se repose».

- «Itinéraire d'un enfant gâté», de Claude Lelouch (1988): «Le meilleur moyen de faire croire que tu connais tout, c'est de ne jamais avoir l'air étonné. Parce que toi, tu as souvent l'air étonné, c'est un défaut (...) C'est étonnant mais ça doit pas t'étonner».

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