«A nouveau sexy»Testostérone : pourquoi de plus en plus de femmes s’y intéressent
Marjorie Kublun
12.3.2026
Les œstrogènes sont considérés comme le traitement standard pendant la ménopause – mais de plus en plus de femmes jurent désormais par la testostérone. Des stars comme Kate Winslet et Halle Berry vantent ses effets. Dans un entretien avec blue News, une spécialiste des hormones explique ce qu’il en est réellement.
« Tu te trouveras à nouveau sexy, je sais de quoi je parle » : Kate Winslet partage ouvertement son expérience de la prise de testostérone.
Au plus tard à la ménopause, les hormones deviennent un sujet central pour de nombreuses femmes. En cas de symptômes, ce sont généralement les œstrogènes qui sont prescrits. Mais un autre mot revient de plus en plus souvent : la testostérone. Cette « hormone masculine » améliorerait non seulement l’énergie, l’humeur, la force musculaire et la densité osseuse, mais aussi la libido.
Alors que beaucoup de femmes n’y pensent même pas, certaines personnalités en parlent ouvertement. L’actrice Halle Berry a expliqué dans un podcast que sa libido était revenue depuis qu’elle prend de la testostérone et qu’elle avait retrouvé plus d’énergie à 57 ans. L’actrice Kate Winslet a de son côté révélé s’être soumise à une thérapie de substitution à la testostérone à 48 ans et se sentir « à nouveau sexy ». Elle encourage les femmes à faire tester une éventuelle carence en testostérone. L’actrice Kate Hudson s’est elle aussi exprimée publiquement sur le sujet : elle dit avoir appris qu’elle était « une femme avec un taux de testostérone élevé ». Elle fait contrôler ses valeurs hormonales tous les six mois.
Quelle est donc l’importance réelle de la testostérone pour les femmes ? blue News a posé la question à la scientifique spécialiste des hormones Katharina Maria Burkhardt.
La testostérone est considérée comme une hormone masculine. Est-ce une erreur médicale ?
C’est plutôt un cliché social tenace. Culturellement, nous avons rangé la testostérone dans la case « masculinité, muscles et agressivité », en oubliant totalement que la physiologie féminine ne fonctionnerait pas correctement sans cette hormone.
Katharina Maria Burkhardt
Patrycia Lukas
Katharina Maria Burkhardt exerce depuis plus de vingt ans comme spécialiste en sciences hormonales, superviseuse et enseignante. Elle s’est spécialisée dans l’étude des déséquilibres hormonaux et de leurs effets sur le bien-être. Elle assure la direction scientifique de la Société pour les hormones humanidentiques et donne régulièrement des conférences et des séminaires sur ce thème dans l’espace germanophone. Elle intervient également comme conférencière lors de différents congrès et est l’autrice de nombreux ouvrages spécialisés.
Pourquoi?
Si l’on met de côté les représentations sociales pour regarder les choses d’un point de vue purement biologique, c’est clair : la testostérone est un moteur important de la santé chez les femmes – bien au-delà de la libido. Elle renforce les os et les muscles, soutient la densité osseuse et aide à préserver la masse musculaire. Dans le cerveau, l’hormone favorise la formation de nouvelles cellules nerveuses et donc les capacités d’apprentissage et de mémoire ; la baisse des androgènes pendant la ménopause peut contribuer au fameux « brain fog ». La testostérone influence aussi l’humeur, la confiance en soi et la motivation, et joue un rôle pour le système cardiovasculaire, par exemple pour l’élasticité des vaisseaux sanguins. Ce n’est donc pas un « extra masculin », mais une hormone centrale pour la vitalité et la résilience.
La prise d’œstrogènes est standard pendant la ménopause, mais la testostérone reste inhabituelle : manque-t-il des études ou du courage pour la prescrire ?
Comme il n’existe pas de préparations de testostérone officiellement autorisées pour les femmes, les médecins doivent recourir à des produits destinés aux hommes dans le cadre d’un usage dit off-label. Cela pose des problèmes de dosage : les femmes n’ont besoin que d’une fraction de la dose masculine, ce qui oblige souvent à diviser les gels ou les sachets, parfois en dixièmes. Ces estimations sont imprécises et peuvent entraîner des variations du taux hormonal et des effets secondaires androgènes. Pour les médecins, cette combinaison de manque de données à long terme et de dosage imprécis représente un risque juridique ; c’est pourquoi la testostérone reste souvent peu utilisée malgré son potentiel pour améliorer la qualité de vie.
Selon vous, est-il facile pour une femme d’obtenir une prescription de testostérone ?
Cela dépend beaucoup de l’attitude personnelle du médecin. Mais en général, le système médical n’a souvent ni la testostérone chez les femmes « sur le radar », ni un cadre juridique clair pour la prescrire.
À partir de quel âge le taux de testostérone diminue-t-il chez les femmes ?
Chez les femmes, il commence à baisser progressivement entre 30 et 40 ans. Une chute plus marquée survient ensuite pendant la ménopause et la postménopause, lorsque la production hormonale des ovaires diminue.
Comment une femme peut-elle reconnaître une carence en testostérone ?
Une carence se manifeste souvent moins par un signal clair que par une baisse progressive de la vitalité générale. Le signe le plus évident est généralement une diminution du désir sexuel, mais les effets apparaissent aussi dans la vie quotidienne : les femmes concernées se sentent plus vite épuisées, se plaignent d’un manque d’énergie ou remarquent une humeur plus basse et une diminution de la confiance en soi.
Quels effets physiques un manque peut-il avoir ?
Sur le plan physique, l’hormone joue également un rôle majeur. Un faible taux affaiblit à long terme la densité osseuse, ce qui augmente le risque d’ostéoporose et de fractures. Comme la testostérone est essentielle au maintien de la musculature, une carence peut aussi entraîner une perte de tonicité. Cela concerne également le plancher pelvien, dont la fonction est déterminante pour prévenir l’incontinence. La testostérone est donc un compagnon discret mais important pour l’équilibre physique et mental.
«Nos hormones sont comme de petites divas»
Katharina Maria Burkhardt
Spécialiste en sciences hormonales
Quels sont, du point de vue scientifique, les risques et les opportunités d’un apport de testostérone ?
Le risque réside dans un dosage uniforme pour toutes ; l’opportunité se trouve dans la médecine de précision. Si l’on considère la testostérone non pas comme une « hormone masculine », mais comme un outil pour le métabolisme et la qualité de vie, de nouvelles approches thérapeutiques apparaissent. L’idée n’est pas d’inonder les femmes d’hormones, mais de combler de manière ciblée les déficits qui rendent le système hormonal instable. Cela peut bénéficier non seulement à la psyché et au métabolisme, mais aussi aux muscles – y compris au plancher pelvien – et ainsi prévenir l’incontinence urinaire.
Quels effets secondaires peuvent apparaître ?
Avec des doses trop élevées, dites supraphysiologiques, des effets androgènes comme l’acné ou une pilosité corporelle accrue peuvent apparaître. La plus grande incertitude scientifique concerne cependant la sécurité à long terme : la testostérone peut être transformée dans les tissus en estradiol par l’enzyme aromatase, ce qui rend les données complexes. Certaines études suggèrent même un effet protecteur sur le tissu mammaire, tandis que des critiques craignent qu’elle puisse favoriser la croissance de tumeurs hormonodépendantes. Des données solides sur vingt ans font encore défaut.
Peut-on augmenter naturellement son taux de testostérone ?
Un mode de vie sain est la base de tout équilibre hormonal. Une alimentation riche en bonnes graisses – comme celles des avocats, des noix ou de l’huile d’olive – fournit les éléments nécessaires à la production hormonale. Le système a aussi besoin de micronutriments comme le zinc, la vitamine D3, le magnésium, la vitamine B6 et le fer. S’ils manquent, on se sent souvent simplement « déréglée ». Certaines plantes comme la maca ou le ginseng peuvent soutenir en douceur. Le sport stimule aussi les hormones, tandis qu’un excès d’entraînement d’endurance ou un stress chronique peut les inhiber.
Quel rôle joue une bonne hygiène de vie et l’attention à soi ?
C’est essentiel. Nos hormones sont comme de petites divas : elles ont besoin d’un environnement stable pour briller. Si l’on ignore constamment ses propres besoins et que l’on fonctionne en mode survie permanent, il ne faut pas s’étonner si l’orchestre hormonal produit des notes discordantes. En revanche, apprendre à dire « non » et à recharger ses batteries à temps crée le meilleur fondement pour l’équilibre hormonal. En bref : soyez votre meilleure alliée plutôt que votre critique la plus sévère.
La testostérone est-elle, selon vous, une hormone féminine sous-estimée ?
Absolument. C’est probablement l’hormone la plus mal comprise et la plus sous-estimée chez les femmes. Alors que la société l’associe presque exclusivement à la masculinité, le corps féminin produit, pendant la période fertile, en valeur absolue davantage de testostérone que d’estradiol (l’hormone notamment responsable du cycle menstruel, ndlr). Ce n’est pas un simple « sous-produit », mais un moteur biologique central – pour presque tout ce qui rend la vie agréable.