«Dossier 137» au ciné Accident ou bavure? Quand Léa Drucker se heurte au mutisme policier

Valérie Passello

18.11.2025

Le film «Dossier 137» sort le 19 novembre au cinéma. Monté comme un véritable thriller, il nous plonge dans une passionnante enquête de l'IGPN, la police des polices, avec en prime une excellente performance d'actrice de Léa Drucker. Rencontre avec le réalisateur, Dominik Moll.

«Dossier 137»: accident ou bavure? La police des polices enquête.

«Dossier 137»: accident ou bavure? La police des polices enquête.

«Dossier 137» sort le 19 novembre au cinéma. Monté comme un thriller, il nous plonge dans une passionnante enquête de l'IGPN, la police des polices. Rencontre avec le réalisateur, Dominik Moll.

17.11.2025

Valérie Passello

Le dossier 137, c'est un dossier parmi beaucoup d'autres, sur lequel l'IGPN doit enquêter après les manifestations des gilets jaunes à Paris. La police des polices se retrouve submergée de plaintes et Stéphanie, enquêtrice, va empoigner cette affaire, qui va s'avérer passionnante et plus chargée émotionnellement qu'elle l'aurait cru.  

L'objet de la plainte: un jeune homme, qui manifestait pourtant pacifiquement, a été grièvement blessé à la tête par un tir de flash-ball, ou LBD. Qui a tiré et pourquoi? S'agit-il d'une bavure policière? Autant de questions auxquelles Stéphanie va tenter de répondre, en épluchant les vidéos de ce jour-là, à la recherche d'indices. 

L'univers policier n'est pas étranger au réalisateur Dominik Moll, couronné du César du meilleur film et de la meilleure réalisation en 2023 pour «La nuit du 12», un film où il retraçait l'enquête d'un policier de la PJ de Grenoble, après un féminicide. Cette fois-ci, il s'est donc penché sur une enquête au sein même de la police.

«Une des choses qui m 'intéressait beaucoup, c'était de voir un policier -ou en l'occurrence une policière- enquêter sur d 'autres policiers; ce que ça pose comme problématique, comme impartialité ou non. Tout le film est raconté du point de vue de Stéphanie qui va comprendre dans quelles circonstances a eu lieu ce tir, enfin, s'il était justifié, nécessaire et proportionné comme disent les policiers. On va la voir se heurter aussi aux contradictions de son métier, de ce type d 'enquête», explique le réalisateur.

Un réalisme saisissant

Pour les besoins de son scénario, Dominik Moll a pu passer quelques jours au sein de l'IGPN, assister à des auditions et est resté en contact avec quelques membres du service tout au long de l'écriture du film. Cela se sent: le résultat est poignant de réalisme. «Contre toute attente, j'ai eu l'autorisation de faire une immersion dans ce service. Enfin, je pense aussi en partie à cause de du succès de 'La nuit du 12' , car le film a été plutôt apprécié par la police aussi», confie-t-il.

À cela s'ajoutent des images proches du documentaire: certaines sont de vraies vidéos récupérées, d'autres ont été tournées par son équipe, précise l'auteur du film: «Sur les affaires de maintien de l 'ordre, les enquêtrices et les enquêteurs passent beaucoup de temps à analyser des vidéos tournées pendant les manifestations. Que ce soit par des caméras de surveillance de la préfecture de police ou de commerce, des images amateurs tournées avec des smartphones par des manifestants qui les postent après sur des réseaux sociaux ou par des journalistes, ou encore les caméras piétons des policiers.»

Léa Drucker, «magistrale»

Dans «Dossier 137», Léa Drucker livre une vraie performance d'actrice, tout en retenue et en finesse: elle est tiraillée entre la loyauté qu'elle doit à ses collègues et le désir de faire toute la vérité dans cette enquête, qui la touche personnellement. Mais elle ne doit rien laisser paraître, en vraie professionnelle qu'elle est. Tout se passe à travers son regard et l'actrice joue sa partition à merveille. 

Dominik Moll explique: «Bon alors déjà il y a son talent, parce que c 'est une actrice qui a une intelligence de jeu très forte, qui est à l 'aise dans beaucoup de registres».

Il lui a transmis toute sa documentation, mais Léa Drucker avait surtout envie de rencontrer des enquêtrices de l 'IGPN, poursuit-il: «Donc j 'ai organisé une rencontre, et elle leur a dit: 'Moi, comédienne, je travaille sur les émotions, mais vous, enquêtrices, quand vous êtes face à une mère en plein désarroi ou un policier qui vous agace parce qu'il est arrogant, ou qui vous touche aussi parce que peut -être qu'il regrette ce qu'il a fait, comment est -ce que vous gérez ça?' Et la réponse était: 'bah il faut surtout pas se laisser envahir par nos émotions et surtout ne pas les montrer aux gens qui sont assis en face de nous'.»

Cela a donc été une ligne directrice assez importante pour le réalisateur et l'actrice: «On se disait: voilà, il faut qu'on comprenne qu'il y a beaucoup de choses qui se passent dans la tête de cette enquêtrice mais il faut qu'elle les retienne à l 'intérieur et ça, ça crée une tension particulière. Et Léa traduit ça de façon assez magistrale, je trouve».

Forte, intense, tendue, parfois révoltante: on ne lâche pas l'histoire une seule seconde, le public étant témoin de tous les enjeux d'une telle enquête pour l'héroïne, Stéphanie. Un excellent film à voir absolument.

Notre note: 10/10