Entre 12 et 15 ans Adèle Haenel: «Je me sentais si sale que j'avais envie de mourir»

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4.11.2019 - 09:34

Source: Covermedia

Adèle Haenel a détaillé auprès de Médiapart, qui a en parallèle enquêté pendant 7 mois, les attouchements et le harcèlement qu’elle dit avoir subi de la part du réalisateur Christophe Ruggia. L’actrice avait entre 12 et 15 ans au moment des faits.

Adèle Haenel s’est confiée auprès de Médiapart sur les attouchements «sur les cuisses», «le torse», les «baisers forcés dans le cou» que lui aurait imposé le réalisateur Christophe Ruggia. Les faits se seraient passés sur le tournage du premier film de l’actrice, «Les Diables», lorsqu’elle avait entre 12 et 15 ans.

«La justice nous ignore, on ignore la justice...»

Ces faits de harcèlement et d’attouchements sexuels ne sont pas prescrits aux yeux de la loi, mais Adèle Haenel a choisi de ne pas porter plainte. «La justice nous ignore, on ignore la justice», lance-t-elle au média qui a, en parallèle, enquêté pendant 7 mois pour recouper les accusations portées contre le réalisateur. Le témoignage de la comédienne a été corroboré par plusieurs personnes (33 ont été interrogées par la journaliste qui a mené l’enquête), dont la régisseuse du film. «Les rapports qu’entretenait Christophe avec Adèle n’étaient pas normaux. On avait l’impression que c’était sa fiancée. (…) Lui seul avait le droit d’être en contact avec elle. On était très mal à l’aise dans l’équipe», détaille-t-elle.

«Je me sentais vraiment mal, si sale que j'avais envie de mourir.»

De son côté, Adèle Haenel détaille d’une façon très factuelle ce qu’elle dénonce. «Je m'asseyais toujours sur le canapé et lui en face dans le fauteuil, puis il venait sur le canapé, me collait, m'embrassait dans le cou, sentait mes cheveux, me caressait la cuisse en descendant vers mon sexe, commençait à passer sa main sous mon T-shirt vers la poitrine. Il était excité, je le repoussais mais ça ne suffisait pas, il fallait toujours que je change de place. (…) Il partait du principe que c'était une histoire d'amour et qu'elle était réciproque, que je lui devais quelque chose, que j'étais une sacrée garce de ne pas jouer le jeu de cet amour après tout ce qu'il m'avait donné. À chaque fois je savais que ça allait arriver. Je n'avais pas envie d'y aller, je me sentais vraiment mal, si sale que j'avais envie de mourir. Mais il fallait que j'y aille, je me sentais redevable», explique-t-elle.

Pas écoutée

Adèle Haenel ajoute par ailleurs avoir tenté d’en parler autour d’elle, mais n’a pas été écoutée.

Le souhait de l’actrice maintes fois récompensée: «dénoncer le système de silence et de complicité qui, derrière, rend cela possible », « pour que les bourreaux cessent de se pavaner et qu’ils regardent les choses en face » et « que la honte change de camp ». Et d’ajouter: «Dans ma situation actuelle – mon confort matériel, la certitude du travail, mon statut social –, je ne peux pas accepter le silence. Et s’il faut que cela me colle à la peau toute ma vie, si ma carrière au cinéma doit s’arrêter après cela, tant pis».

Christophe Ruggia a démenti en bloc les accusations d’Adèle Haenel.

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