Après «La Panthère des neiges», Vincent Munier nous invite au coeur des forêts des Vosges, où il a tout appris grâce à son père Michel. Il est l’heure pour eux de transmettre ce savoir à Simon, le fils du réalisateur. Rencontre.
«C'était le moment, avant que mon père s'éteigne, de partager ce que j'ai reçu»
Après «La Panthère des neiges», Vincent Munier nous invite au coeur des forêts des Vosges, où il a tout appris grâce à son père Michel. Il est l’heure pour eux de transmettre ce savoir à Simon, le fils du réalisateur. Rencontre.
04.12.2025
C'est à la manière d'un peintre impressionniste que Vincent Munier filme la forêt. Il y a des flous, des brumes en perpétuel mouvement, la fugacité de l'animal qui passe, alors qu'on l'attend depuis des heures tapi sous les branchages. Il y a juste ce qu'il faut de poésie dans sa caméra pour laisser le spectateur ressentir la forêt et pas seulement la regarder.
Ce que le réalisateur montre là, c'est «sa» forêt, celle des Vosges, qui l'a vu grandir et dont il ne s'éloigne jamais longtemps. «Quand j'étais tout gamin, mon père m'a mis à l'affût sous un filet de camouflage pour faire une photo d 'un chevreuil. Et c'était un moment tellement fort pour moi qu'après, je ne pensais plus qu'à retourner en forêt pour rencontrer les animaux», se souvient Vincent Munier.
Vincent Munier à l'heure de l'interview pour blue News.
Il faut se lever tôt pour voir les petites chouettes!
Chez les Munier, la passion de la forêt se transmet de père en fils.
«On est dans ce qui s'en va», aime à dire Michel, le père du réalisateur.
Dans le film, les animaux ne font que passer de manière fugace, comme dans la forêt.
Première planque en forêt pour Simon, le fils du réalisateur.
Les arbres morts sont de merveilleux abris pour toutes sortes d'animaux, comme ici le pic épeiche.
Vincent Munier à l'heure de l'interview pour blue News.
Il faut se lever tôt pour voir les petites chouettes!
Chez les Munier, la passion de la forêt se transmet de père en fils.
«On est dans ce qui s'en va», aime à dire Michel, le père du réalisateur.
Dans le film, les animaux ne font que passer de manière fugace, comme dans la forêt.
Première planque en forêt pour Simon, le fils du réalisateur.
Les arbres morts sont de merveilleux abris pour toutes sortes d'animaux, comme ici le pic épeiche.
Le parti pris est ainsi de donner l'impression au spectateur qu'il est lui-même à l'affût, avec l'espoir de croiser un grand cerf, l'insaisissable lynx ou de mignonnes petites chouettes.
«Souvent, je trouve que dans les documentaires animaliers, ce n'est pas qu'on nous ment, mais on est très sur le sensationnel, sur le prédateur qui attrape sa proie. Il faut que ça soit assez dynamique, avec des commentaires», relève Vincent Munier. «Là, c'est une approche qui est peut-être plus poétique, plus sensible, plus personnelle. Et c'est beaucoup d'attente, de patience. Et ça, j'ai essayé de le mettre en place, que les gens n'aient pas tout de suite plein d'animaux, mais qu'on prenne le temps, ce qui donne beaucoup plus de force après, je trouve, au moment où cette ombre animale arrive, plus ou moins proche.»
Passage de témoin
Et le soir, dans une cabane au milieu des bois, trois générations de Munier se retrouvent et se racontent des histoires. Michel, le grand-père, revient sur les innombrables heures qu'il a passées en forêt durant sa vie de naturaliste, pour le plus grand plaisir de son petit-fils, Simon, le fils de Vincent, avide d'entendre ses histoires. «Je trouvais que c'était le moment, avant que mon père s'éteigne assez vite, de partager au plus grand nombre tout l'enseignement que j'ai reçu de sa part», souligne Vincent Munier.
Et à son tour, Simon va accompagner son père et son grand-père dans la forêt, pour expérimenter les planques et surtout, pour apprendre à observer la nature qui l'entoure. «Simon, il a 12 ans, c'est l 'âge que j'avais quand j 'ai eu cette rencontre avec le chevreuil qui a fait basculer ma vie», précise Vincent Munier. «Et je me dis que c'est quand même chouette, parce que les enfants, ils ont besoin aussi de s'émerveiller. Enfin, ils ont déjà cette capacité à s'émerveiller, mais aussi besoin de comprendre, de recevoir cet enseignement en disant, voilà, on n 'est pas chez nous, et que si on est discret, si on s'efface un petit peu, on peut voir des choses extraordinaires autour de nous».
«Symphonie du vivant»
Le film aborde les problèmes que rencontre la forêt, notamment en mettant en exergue la disparition du Grand Tétras dans cette région de France. D'ailleurs, à un moment, Michel Munier déplore qu'en seulement 50 ans, il a été témoin de l'extinction de cet oiseau fascinant. Son fils Vincent observe: «Ce n'est pas rien. C'est quand même un énorme oiseau, un peu comme un dodo. Et c'est vrai que ça affecte peu de gens. C'est ça qui l'attriste. C 'est ce qu'il dit dans le film. C'est quand même dingue q'une espèce comme ça, aussi emblématique, qui est là depuis des dizaines de milliers d'années, presque depuis le Paléolithique, disparaisse, et que ça ne nous émeuve pas plus. C'est ça qui le chagrine fort».
Pour autant, «Le chant des forêts» ne se veut pas moralisateur et préfère sensibiliser par la beauté que par l'alarmisme. «Moi, je crois beaucoup à tout ce qui est ressenti, vibrations», acquiesce le réalisateur.
Puis il reprend: «Il y a des choses qui nous échappent dans la nature, qu'on n 'arrive pas vraiment à comprendre, mais ce n'est pas grave. Elles nous font un bien fou à l'intérieur de nous sans qu'on le sache, je crois, dans ces forêts vivantes et dans cette symphonie du vivant et dans ces rencontres et dans cette poésie accessible. Donc, c'est un peu ça: c'est une proposition assez douce qui fait du bien. Mais qui vient un peu réveiller, au plus profond de chacun, notre âme d'enfant. On s'émerveille devant tout ça et du coup, on va en prendre plus soin, sûrement. On aura plus d 'empathie».
Une vraie balade en forêt sur grand écran, à vivre, à ressentir et à contempler.
Notre note: 8/10