Ciné: «Le Mage du Kremlin» Plongée dans l'âme obscure du «souffleur de Poutine»

Valérie Passello

20.1.2026

Adapté du roman à succès éponyme, «Le Mage du Kremlin» nous emmène dans les coulisses du pouvoir de Poutine, admirablement incarné par Jude Law. Rencontre avec le réalisateur, Olivier Assayas.

«Le Mage du Kremlin» sort au ciné: «Jude Law a été titillé par le rôle de Poutine»

«Le Mage du Kremlin» sort au ciné: «Jude Law a été titillé par le rôle de Poutine»

Adapté du roman à succès éponyme, «Le Mage du Kremlin» nous emmène dans les coulisses du pouvoir de Poutine, admirablement incarné par Jude Law. Rencontre avec le réalisateur, Olivier Assayas.

20.01.2026

Valérie Passello

Comment Vladimir Poutine est-il arrivé au pouvoir? Si l'on connaît les grandes lignes de son ascension politique, beaucoup de zones d'ombre subsistent. Et c'est là qu'intervient le talent du romancier Giuliano da Empoli, qui a imaginé les confessions d'un certain Vadim Baranov, une sorte de «souffleur» de Poutine, un homme de l'ombre qui l'aurait aidé à parvenir à ses fins.

C'est donc dans l'adaptation cinématographique de ce roman que le réalisateur Olivier Assayas s'est lancé. Un exercice pour le moins périlleux, car les lecteurs qui ont apprécié un livre sont souvent déçus lorsque celui-ci est porté à l'écran.

Pas de quoi, toutefois, freiner le réalisateur: «Disons qu'il faut être à la fois fidèle à ce qui vous a donné envie d'adapter ce livre, c'est une certaine poésie, c'est une langue, le rapport qu'on construit avec un livre. Un roman, c'est un monde, c est une tonalité, c'est un regard qui est celui de quelqu'un d'autre sur le monde. Donc, il faut arriver à ne pas le trahir, à reproduire ce qui vous a attiré initialement, mais en même temps, il faut tenir compte des spécificités du cinéma», déclare Olivier Assayas.

Résultat: une adaptation très proche des écrits de Giuliano da Empoli, avec un réalisme saisissant et l'atmosphère d'un thriller. S'il s'agit d'une fiction où le personnage de Baranov tient un rôle crucial, on ne peut pas s'empêcher de penser, en tant que spectateur, que cette histoire n'est sûrement pas si éloignée que ça de la réalité. Et ça fait froid dans le dos.

«J'avais l'impression d'être au pied de l'Everest»

Raconter l'histoire de la Russie depuis les années 1990, ce n'est pas rien: «J'étais intimidé, parce que j'avais l 'impression d 'être au pied de l'Everest», confie Olivier Assayas. Par souci d'exactitude, le réalisateur a travaillé sur le scénario avec l'écrivain Emmanuel Carrère: «C'est un ami depuis toujours, et lui a une ascendance russe, il parle la langue, il a fait des reportages sur la Russie post-soviétique. Evidemment, il était beaucoup plus familier que moi de ce monde-là», raconte-t-il.

Olivier Assayas et Emmanuel Carrère ont en outre pu compter sur l'éclairage de l'écrivain et politologue Giuliano da Empoli, ajoute le réalisateur: «Il m'a recommandé des ouvrages et des séries documentaires qui me permettaient aussi de voir les images de cette époque. Emmanuel Carrère est très familier de tout ça, donc on a découvert ensemble des choses que lui connaissait très bien et aussi d'autres choses qu'il connaissait moins. On a fait parallèlement nos propres recherches, sachant que c'était toujours évidemment Emmanuel qui arbitrait, parce qu'il était à la fois scénariste et conseiller historique aussi».

Un défi pour Jude Law

À la fois inquiétant et attachant, Paul Dano joue sa partition de «mage du Kremlin» avec brio dans le rôle de Vadim Baranov.

Autre interprétation remarquable: celle de Jude Law dans le rôle de Vladimir Poutine. La ressemblance n'a délibérément pas été poussée à l'extrême, relève Olivier Assayas: «Ce qui me semblait utile, c'était que Jude comprenne le mode de fonctionnement de Vladimir Poutine à travers un travail de documentation et qu'ensuite, de l'intérieur, il puisse le recréer et ce qui nous intéresse, l'important était de trouver la note juste, l'énergie juste».

En vrai professionnel, l'acteur britannique est arrivé prêt à jouer son rôle, ajoute le réalisateur: «Sur le tournage et on a eu très peu de discussions sur la manière dont on aborderait Poutine. J'avais envie de faire ce film avec lui parce qu'il ne l'a jamais fait avant et qu'il a en lui l'intelligence d'un grand acteur. Il aime se grimer, se transformer. Et il avait une attirance pour un rôle qui le titillait, parce qu'il ne savait pas s'il allait y arriver. Donc il est allé chercher Poutine non pas à la surface, non pas sur une ressemblance.»

Notre note: 8/10