Festival de Locarno Un film inattendu fait sensation avant l’ouverture 

ATS

21.7.2025 - 10:05

Un des films sélectionnés par le Festival de Locarno a surpris la presse internationale tandis que la rénovation de l'écran sur la Piazza Grande provoque une levée de boucliers. A trois semaines de l'ouverture, entretien avec le directeur artistique Giona Nazzaro, de passage à Lausanne.

Autre sujet à polémique, la rénovation de l'écran sur la Piazza Grande. Une pétition circule au Tessin pour ne pas toucher à ce lieu emblématique, immortalisé sur les billets helvétiques de 20 francs. (Archives)
Autre sujet à polémique, la rénovation de l'écran sur la Piazza Grande. Une pétition circule au Tessin pour ne pas toucher à ce lieu emblématique, immortalisé sur les billets helvétiques de 20 francs. (Archives)
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Keystone-SDA

En sélectionnant le dernier volet de la trilogie «Mektoub My love» du réalisateur franco-tunisien Abdellatif Kechiche en compétition internationale, Locarno a réussi son coup. Celui-ci a été relayé par la presse internationale lors de l'annonce de la programmation début juillet.

En 2019, la projection en compétition à Cannes de «Mektoub My Love: Intermezzo», deuxième volet de cette saga sur la jeunesse des années 1990, avait déclenché une tempête en raison de scènes de sexe très crues.

Selon Giona Nazzaro, le directeur artistique du Festival de Locarno de passage à Lausanne vendredi, il s'agit d'"un des films majeurs d'Abdellatif Kechiche, dans la tradition la plus pure du cinéma français et qui pose des questions politiques assez fortes. Solaire également, très méditerranéen, avec une profonde légèreté, il donne l'impression d'avoir été réalisé en un après-midi. Mais ce n'est pas le cas.»

Touche pas à mon écran

Autre sujet à polémique, la rénovation de l'écran sur la Piazza Grande. Une pétition circule au Tessin pour ne pas toucher à ce lieu emblématique, immortalisé sur les billets helvétiques de 20 francs.

«On ne va pas supprimer l'écran sur la Piazza Grande», a relevé le directeur artistique, étonné devant l'ampleur des réactions. Comme celle de l'architecte de Mario Botta, qui affirme dans un courrier envoyé à la direction du festival que «remplacer l’écran heurte l’identité culturelle de la ville».

«On va simplement modifier la structure, à bout de souffle», dit le cinéphile, qui voit dans cette controverse un aspect positif, celui d'"un attachement très profond au Festival et au rendez-vous de la Piazza Grande.»

Autre élément historique, la date du Festival début août pourrait être déplacée à l'avenir, Locarno estimant se trouver de plus en plus «coincée» entre Cannes et Venise, deux autres rendez-vous majeurs du 7e art. Locarno aimerait commencer fin juillet: «Des discussions sont en cours avec tous les acteurs locaux concernés».

Giona Nazzaro entame sa 5e édition et son poste à Locarno a été reconduit jusqu'en 2027. Il n'empêche qu'il pourrait être un candidat idéal pour succéder à Frédéric Maire à la tête de la Cinémathèque suisse. Ce dernier, qui quitte l'institution en septembre, avait dirigé le festival de Locarno sur le plan artistique de 2005 à 2009.

«Ce n'est pas un jeu de domino»

Giona Nazzaro réfute: «Ce n'est pas un jeu de domino». Il regrette déjà le dialogue avec ce grand spécialiste du cinéma: «Il va me manquer».

En revenant à la sélection cette année, il s'arrête sur quelques films suisses. «'Don't let the sun' de Jacqueline Zünd, retenu dans la catégorie 'Cinéastes du présent', est une sorte de dystopie sentimentale.» Le cinéphile en parle comme d'"une véritable surprise dans le cadre du cinéma suisse contemporain».

Il a été très sensible au film «Le Lac» de Fabrice Aragno, sélectionné pour la compétition internationale, qu'il a regardé deux fois en boucle. L'ancien assistant de Jean-Luc Godard raconte l'histoire d'un couple qui navigue sur un voilier sur le Léman. «Le film pose la question: C'est quoi l'amour? Comment une couple peut-il naviguer les complexités de l'amour?»

En le visionnant, Giona Nazzaro a tout de suite pensé à certains poèmes romantiques allemands, notamment ceux de Novalis, «même si le film n'en a pas la noirceur».

Difficile de ne pas évoquer avec lui Jean-Stéphane Bron, qui revient à Locarno avec «The Deal», dont les deux premiers épisodes seront projetés sur la Piazza Grande, une première pour une série. Le cinéaste lausannois, un des quatre membres de «Bande à part», raconte le processus qui a mené à la signature de l'accord sur le nucléaire iranien en 2015.

«Une grande série politique»

Pour Giona Nazzaro, «c'est une série politique dans la tradition américaine de 'The West Wing' (A la maison blanche). Le directeur artistique salue la performance du réalisateur, qui pratique d'habitude le documentaire.

Un genre qu'il n'oublie pas, puisque Jean-Stéphane Bron présente également dans la cité tessinoise «Le chantier». Ce documentaire, filmé en immersion pendant plus de quatre ans, suit la construction à Paris de salles de cinéma imaginées par l’architecte Renzo Piano.

«Jean-Stéphane a une compréhension du travail, très proche de celle du réalisateur américain Howard Hawks, qui s'est toujours posé la question: c'est quoi travailler ensemble?», explique le directeur artistique.

On ne peut pas parler de Locarno sans évoquer les stars avec cette année la venue d'Emma Thompson, Lucy Liu et Jackie Chan. Elles permettront aux 8000 spectateurs réunis chaque soir sur la Piazza Grande de plonger dans un univers glamour le temps du festival: «Le mot 'fête' fait partie de l'étymologie du mot festival», conclut Giona Nazzaro.