Deux amies de toujours ayant grandi en banlieue parisienne accompagnent un groupe d'enfants en colonie de vacances, en tant qu'animatrices. À l'aube de leur vie d'adultes, cet été va changer leur vie. Rencontre avec la co-réalisatrice Romane Gueret.
«Ma frère»: en colo avec Amel Bent et une ribambelle d'enfants
Deux amies de toujours ayant grandi en banlieue parisienne accompagnent un groupe d'enfants en colonie de vacances, en tant qu'animatrices. À l'aube de leur vie d'adultes, cet été va changer leur vie. Rencontre avec la co-réalisatrice Romane Gueret.
15.01.2026
Si vous avez vu «Nos jours heureux», le film de 2006 avec Jean-Paul Rouve dans le rôle du directeur de colo, vous ne pourrez qu'aimer «Ma frère». On y retrouve l'esprit, le «vivre ensemble» malgré les différences, la spontanéité de l'enfance.
Mais, si l'inspiration est assumée, la comparaison s'arrête là. On est bel et bien ancré dans le monde contemporain, avec des enfants d'aujourd'hui, un langage moderne («Ma frère»: sic!) , des problèmes actuels et, à la tête du camp de vacances... Sabrina, alias Amel Bent!
La chanteuse fait là ses premiers pas au cinéma. Pourquoi elle? Réponse de Romane Gueret: «Si elle n'avait pas percé dans la chanson, elle aurait pu devenir une Sabrina. C'est une enfant des colos. Elle connaît ça par cœur. Le film, elle avait l 'impression d'ouvrir un album photo de son enfance. Quand on l'a rencontrée, on s 'est dit 'ah mais c'est exactement le rôle' et il se trouve qu'en plus les qualités de jeu d 'Amel ont suivi, donc on était très heureuses que ça puisse arriver».
Fanta Kebe (à g.) et Shirel Nataf incarnent respectivement Djeneba et Shai, deux amies ayant grandi ensemble dans le 19ème arrondissement de Paris.
Pas moins de 19 enfants sont à l'affiche du film!
Amel Bent (à d.) fait aussi partie du casting: elle campe la directrice de la colonie de vacances.
Les animatrices doivent gérer une équipe d'enfants aussi diverse que joyeuse.
La co-réalisatrice du film, Romane Gueret, à l'heure de l'interview pour blue News.
Fanta Kebe (à g.) et Shirel Nataf incarnent respectivement Djeneba et Shai, deux amies ayant grandi ensemble dans le 19ème arrondissement de Paris.
Pas moins de 19 enfants sont à l'affiche du film!
Amel Bent (à d.) fait aussi partie du casting: elle campe la directrice de la colonie de vacances.
Les animatrices doivent gérer une équipe d'enfants aussi diverse que joyeuse.
La co-réalisatrice du film, Romane Gueret, à l'heure de l'interview pour blue News.
Mais Amel Bent n'est pas le personnage principal de cette histoire. Le film raconte l'histoire de Shai et Djeneba, amies depuis toujours, qui se retrouvent à encadrer un camp de vacances avec des enfants issus, comme elles, des quartiers populaires.
Un tandem qui fait écho à la relation des deux co-réalisatrices, Lise Akoka et Romane Guéret, concède cette dernière: «C'est vrai que c'est un peu 'ma frère'! On s'est rencontrées dans le cadre du travail et ça fait des années maintenant qu'on crée les choses ensemble et qu'on est comme des sœurs».
Quant aux deux actrices principales, Fanta Kebe et Shirel Nataf, voilà des années que les co-réalisatrices travaillent avec elles: «En fait, Lise les a rencontrées sur un tournage quand elles avaient 11 ans», raconte Romane Gueret. «Elle m 'a dit qu'il fallait absolument que je les rencontre. Ces deux jeunes filles sont exceptionnelles. Elles sont drôles, talentueuses, folles, pleines d'énergie. Très vite, on a eu envie de faire la mini-série 'Tu préfères' avec elles sur Arte, où elles avaient à l'époque plutôt 15 ans. On a continué à vivre côte à côte, à les regarder vivre, à les observer dans des moments de joie, de combativité».
Dans le film, chacune a ses soucis: Shai est encombrée par une famille étouffante et Djeneba par une trop grande solitude. Toutes deux vont devoir faire des choix. «C'est vraiment le moment où on a 20 ans et qu'il faut plonger dans le monde adulte alors qu'il nous manque souvent des outils. Et donc le temps de cet été -là sera aussi l'été des changements, c'est un moment où les trajectoires vont un petit peu bifurquer», explique la co-réalisatrice.
Un naturel désarmant
Dans ce film choral, pas moins de 19 enfants ont été recrutés dans des castings sauvages organisés durant un an, où près de 1500 bouts de choux ont tenté leur chance. Et même si «tout était écrit», précise Romane Gueret, le résultat est d'un naturel désarmant: en tant que spectateur, on a vraiment l'impression qu'il s'agit bel et bien d'enfants issus des quartiers populaires, partis en colonie de vacances.
Romane Gueret relève: «Ça raconte des enfants qui viennent de cultures très différentes, qui vivent dans un quartier où tout ça est très mélangé. Et en fait, il y a ce rapport au langage qui est très particulier, parce qu'il y a un gros mélange et une façon de se réapproprier le langage et de mélanger l'argot avec des mots qui viennent de la langue de leurs parents, avec du français littéraire presque. Et en fait, c'est cette beauté, cette poésie urbaine-là que nous, on avait hyper envie de mettre en valeur».
Point important aussi pour les co-réalisatrices: «ne pas alimenter le fantasme» autour de sujets comme la délinquance ou la drogue. «On n'avait pas envie de lisser ces problématiques-là, mais en tout cas, on avait quand même envie de déplacer un peu le regard et de raconter à quel point ils sont créatifs, drôles, et ça passe beaucoup par le langage dans le film», ajoute Romane Gueret.
Un film frais et coloré, où le langage est parfois un peu cru, mais sans doute tout à fait réaliste et où les enfants sont bien plus que des faire-valoir. «Par rapport à nous, je pense que les enfants d'aujourd'hui ont un rapport aux sujets de société tabous beaucoup plus... direct. Ils sont très ouverts en fait», conclut Romane Gueret.
Notre note: 8/10