Philippe Revaz: «Je n’ai pas vraiment envie d’apporter un style»

D'Aurélia Brégnac/AllTheContent

26.8.2019

Dès ce 26 août, il prend les rênes, en tant que producteur et présentateur, du 19h30 sur la RTS. Philippe Revaz, qui a été de nombreuses années correspondant radio, compte bien mettre son expérience au service du téléjournal le plus regardé de Suisse romande. Comment le journaliste se sent-il à la veille de son premier grand direct? Et qu’attend-il de ce nouveau défi? Bluewin a rencontré ce nouveau visage du TJ, qui nous a aussi confié son regard sur les Etats-Unis, où il vivait encore il y a quelques semaines.

Vous prenez les commandes du téléjournal du 19h30 sur la RTS. Comment vous sentez-vous à quelques jours du lancement: serein, impatient, stressé…?

Je suis tendu vers l’objectif et je fais beaucoup de répétitions, donc je n’y pense pas vraiment… Je pense surtout à la répétition suivante. Je me sens vraiment porté par toute l’équipe qui bosse. Il y a beaucoup de gens impliqués, et c’est très important pour eux que ça se passe bien. Ils travaillent dur pour ça. Moi, je suis un peu le dernier maillon de la chaîne, et c’est une responsabilité.

Quelles seront pour vous les principales qualités que vous devrez démontrer dans ce rôle?

C’est important que cette émission se regarde comme un récit, avec un début et une fin, avec une scénarisation au fond. C’est cela que je souhaite apporter dans ma manière de faire. Chacun son style, finalement.

Quel a été votre parcours de journaliste jusqu’ici?

J’ai d’abord été correspondant pour Radio Lac et la Radio Suisse romande. Ensuite, je suis parti au Palais fédéral, toujours en tant que correspondant radio. Je suis après revenu à Lausanne pour faire l’émission radio «Forum». Ensuite, départ pour Washington, comme correspondant, puis je suis passé producteur du 19h30, et me voici!

Pourquoi avez-vous, à l’origine, souhaité devenir journaliste? Par curiosité, par vocation…?

J’ai toujours eu envie de pouvoir observer les choses et de les raconter. Voilà, raconter ce que j’ai vu, tout simplement. Et ça, ça veut dire parfois aller voir derrière les portes closes, les choses qu’on veut nous cacher, les manipulations. C’est aussi notre travail de citoyens.

Pour vous, un présentateur du téléjournal doit-il se montrer impartial?

Oui, il doit être impartial. Et particulièrement dans un rendez-vous comme celui-ci, qui est vraiment rassembleur, qui est la place du village. On est là pour donner l’info. Après, moi, je peux apporter ma patte dans la manière de raconter, dans la scénarisation, le rythme, d’amener les choses, dans la manière de questionner en interviews… Mais c’est toujours dans l’objectif de faire apparaitre la vérité des événements, des choses, des gens.

Quel journaliste ou figure de la télé vous inspire?

J’aime bien Ron Burgundy, pour le sourire. Sinon… je ne sais pas.

Vous avez envie d’apporter votre propre «style», votre «patte»?

Je n’ai pas vraiment envie d’apporter un style, mais de transmettre, de raconter, grâce à mon expérience, la politique suisse ou l’Amérique, par exemple. J’ai envie de mettre tout ça en valeur le mieux possible. Et il ne faut pas forcément que ce soit «ma» patte, parce que ça peut être au détriment du contenu. Il faut être à la fois léger et souple!

Vous avez passé beaucoup de temps aux Etats-Unis en tant que correspondant pour la RTS. Que vous a apporté cette expérience, d’un point de vue professionnel mais aussi personnel?

J’en ai bien sûr retiré beaucoup de choses! D’abord une connaissance des Etats-Unis, qui sont un pays absolument fascinant, et qui m’a fait aussi beaucoup réfléchir sur nos démocraties occidentales. Parce que nous sommes, ici en Europe, de vieilles démocraties et que les Etats-Unis, cela reste une jeune démocratie. Ils ont cependant encore des côtés très bruts, très archaïques, qui font en même temps leur force, leur patriotisme par exemple… Je me demande aujourd’hui si ce pays n’est pas en train de vieillir, de se recroqueviller sur lui-même, comme l’Europe. De vouloir préserver l’acquis plutôt que de continuer à se développer.

Mais les Etats-Unis n’ont pas toujours été un peu conservateurs, dans le fond?

Non, je pense que les Etats-Unis étaient avant un pays où la porte était ouverte, où l’on pouvait aller, se débrouiller… Il n’y a pas de filet social, donc si vous vous plantiez, vous vous plantiez. Aujourd’hui, Trump est un peu le symptôme de cette société qui a avancé et qui, tout à coup, aimerait revenir en arrière, s’inquiète de l’avenir. Il y a aujourd’hui des peurs qui sont celles d’un pays occidental moderne.

Comme la Suisse par exemple?

Oui, la Suisse est un pays européen et fait partie de ces pays qui sont encore riches, mais qui ont du mal à se maintenir au niveau, qui souffrent, qu’il faut financer au plan social… Il y a des peurs, je pense.

Que ce soit du point de vue du traitement de l’information comme de la présentation, que pensez-vous des téléjournaux étrangers?

Je ne suis pas un très grand téléspectateur des téléjournaux. Et par la force des choses, je viens de rentrer, alors j’avais de la peine à les regarder. Mais les journaux américains restent finalement assez traditionnels, contrairement à ce que l’on pourrait croire, tels qu’on les a toujours vus.

Mais l’on entend parfois que les chaînes et les journaux américains sont politisés…

C’est vrai qu’ils restent politisés. Fox News a commencé, CNN de plus en plus… Oui, il y a une évolution très claire.

Trump en est-il la cause? Influence-t-il d’une manière ou d’une autre le traitement de l’information?

Il est clair que Trump a obligé toutes les chaînes à se repositionner. Fox News a décidé de se ranger derrière lui. Et même CNN est un peu tombé dans son piège, s’est laissée entraîner en devenant, un peu malgré elle, l’ennemie de Trump. C’est un peu compliqué.

Du coup, votre travail de décryptage et d’analyses de l’actualité va-t-il vous manquer?

Non, ça ne va pas me manquer, parce que je pense que c’est un vrai défi que de montrer des sujets et des reportages de façon intelligible, intelligente, intéressante, tout en restant neutre. Je me réjouis de faire ça!

Le 19h30 bénéficie de bonnes audiences… Comment faire perdurer cette popularité?

Si je le savais… (Rires). Non, mais mon objectif, avec toute la rédaction, c’est une réflexion qu’on essaiera de mettre en place tous les jours. En tant que producteur du 19h30, avec les rubriques, la rédaction en chef, on souhaite conserver cette confiance. Ça veut dire garder un bon équilibre entre les sujets, faire une émission qui donne envie du début à la fin, avec un rythme, un récit. Varier les reportages, aller au fond des choses, les directs… C’est difficile d’avoir une formule magique, mais on va essayer de continuer.

Et l’instantanéité de l’information, qui est aujourd’hui décuplée par les nouvelles technologies, va-t-elle être un nouveau modèle? Ou bien le décryptage en profondeur des sujets reste-t-il, finalement, plus important?

J’aimerais bien faire les deux. Je pense que ce qui fait la réussite d’un journal, c’est l’équilibre entre ces différents temps, différents formats et durées. J’aime bien les journaux avec un grand reportage, mais où l’on décrypte aussi l’info, où il y a une ou deux interviews plus rapides sur une histoire en cours ou l’affaire de la semaine à laquelle on apporte chaque jour de nouveaux éléments. Si l’on arrive à avoir un bon équilibre, je pense que c’est réussi.

Quelle a été pour vous l’actualité la plus forte de cet été 2019?

J’ai en fait été assez marqué par ce qui s’est passé à Chamoson, le drame de la coulée de boue (qui a eu lieu le 11 août dernier, ndlr). Il y a quand même de plus en plus de morts en montagne. Les gens se posent énormément de questions sur le climat. Avec les orages, les éboulements… on est un peu dans une époque charnière, suspendue. Tout le monde voit ce qui se passe et se demande si ça va durer. C’est à la fois passionnant et intense. Et c’est à nous de comprendre, d’aller questionner les scientifiques, voir les politiques pour leur demander des comptes… car c’est aussi politique. On est en pleine campagne des élections fédérales et il se passe vraiment quelque chose.

Et justement, Trump n’est-il pas dans le déni sur cette question cruciale du changement climatique?

Trump a choisi de façon très claire de défendre les industries. C’est un choix idéologique. On ne sait pas ce qu’il pense lui-même vraiment de tout ça. Mais il a fait le choix de prendre le parti des producteurs de charbon, de pétrole, de supprimer toutes les normes environnementales. C’est payant pour lui à certains endroits, ça conforte sa base rouge, républicaine, rurale. Mais je ne sais pas quelle est chez lui la part de conviction et la part d’électoralisme…

La rentrée s’annonce chargée… Avez-vous pu prendre des vacances cet été?

Oui, j’ai pris quelques semaines de vacances… Je suis parti en Italie.

Quels sont vos loisirs durant le reste de l’année?

De retour en Europe, je compte bien profiter à nouveau des Alpes, qui sont magnifiques. Faire aussi du vélo, et puis, voir des matchs du FC Sion dont je suis supporter.

A retrouver dès ce lundi 26 août: «Téléjournal 19h30», présenté par Philippe Revaz sur la RTS

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