«Gourou» sort au cinéma ce 28 janvier. Dans ce film, Pierre Niney incarne un coach de développement personnel convaincu de faire le bien... qui va doucement déraper. Rencontre avec l'acteur, ainsi qu'avec le réalisateur de ce thriller, Yann Gozlan.
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26.01.2026
«Gourou», c'est un peu le bébé de Pierre Niney: Il s'agit du premier film produit par l'acteur et c'est aussi lui qui a proposé le projet à Yann Gozlan: «Quelques mois après la sortie de 'Boîte Noire', Pierre est venu me voir pour me parler d 'une idée qu'il avait en tête depuis quelques temps, l'envie de faire un film qui serait centré autour d'un coach de vie, en tout cas de parler du coaching et également des dérives sectaires. Et dès qu'il m 'a fait part de son idée, ça a fait tout de suite tilt dans ma tête», raconte le réalisateur.
Ce n'est pas au hasard que Pierre Niney a abordé Yann Gozlan, confie, de son côté, le comédien: «C'est un des plus gros bosseurs que je connaisse. C'est pour ça que j 'adore travailler avec ce réalisateur. Et en plus, il arrive à mettre vraiment des ambiances de thriller très immersives, très palpitantes».
Pierre Niney à l'heure de l'interview pour blue News.
Dans «Gourou», Pierre Niney incarne Mathieu Vasseur, un coach en développement personnel.
Le réalisateur Yann Gozlan à l'heure de l'interview pour blue News.
Pierre Niney à l'heure de l'interview pour blue News.
Dans «Gourou», Pierre Niney incarne Mathieu Vasseur, un coach en développement personnel.
Le réalisateur Yann Gozlan à l'heure de l'interview pour blue News.
Aussitôt dit, aussitôt fait, donc. Dans ce long-métrage, on découvre le parcours d'un coach magnétique, qui va doucement mais sûrement déraper dans des histoires glauques: c'est un vrai thriller, digne des précédents films de Gozlan.
Le comédien de 36 ans donne sa vision du rôle: «Pour moi, il est d'abord innocent. Il ne devient pas cynique, mais il devient plus radical dans sa vision. Plus le film avance et plus il part dans un tourbillon assez cauchemardesque. C'est un personnage qui croit à ce qu'il fait. Il est bon dans ce qu'il fait. C'est un bon coach. Il arrive à aider les gens».
«Le ridicule flirte souvent avec le génial»
Yann Gozlan abonde: «Il est avant tout convaincu du bien-fondé de sa mission. Il veut vraiment apporter, aider les gens, les sortir de leur torpeur, les sortir de leur pensée limitante, essayer de faire en sorte que ces gens ne subissent plus les problèmes de la société, leurs problèmes à eux et essayer de les sortir de leur mécanisme, de leur traumas, etc... On dit en français que l'enfer est pavé de bonnes intentions. Ce qui m'intéressait, c'était de montrer la dérive de ce personnage et comment d'un homme finalement un peu naïf, il allait devenir un véritable fanatique».
Pierre Niney: «Si je n'étais pas comédien...»
D'un autre côté, si les coaches avaient vraiment réussi leur vie, s'intéresseraient-ils vraiment à celle des autres? «Je pense que de tout temps, il y a eu des gens qui veulent aider les autres. Et cet altruisme est quand même quelque chose de très positif et de profondément humain. Et heureusement qu'il nous reste ça quand même, qu'on n'a pas besoin d'être nécessairement un médecin ou un psychiatre pour vouloir le bien des autres», répond Pierre Niney.
Mais le film pose une question: ne faudrait-il pas réglementer cette activité? S'il se refuse à y répondre, l'acteur rétorque: «Effectivement, tellement de gens s'improvisent coach, c'est tout le problème; il n'y a pas de formation ni de diplôme. Donc moi, vous, vous derrière la caméra et vous chez vous, vous pouvez être coach du jour au lendemain».
«Il peut y avoir des chantiers dans nos vies, mais on a quand même le droit d 'être heureux»
Convaincant dans «Gourou», Pierre Niney ne se voit pourtant pas du tout dans les baskets d'un coach: «Peut-être que je n'en aurais même pas eu les qualités, parce qu'il y a des très bons coachs qui accompagnent très bien des gens. L'idée n 'était pas de dire que toute la profession est mauvaise ou bidon... mais je pense que j'aurais pu être cascadeur. Ou alors j'aurais pu être éducateur canin. Ça m 'aurait intéressé, un travail avec les animaux».
Et puisque l'on parle de coaching: quel est le meilleur conseil que l'on ait donné à Pierre Niney dans le métier? «Il ne faut pas avoir peur du ridicule. Quand j'ai débuté au théâtre, ça, ça m 'a beaucoup aidé. Le ridicule flirte souvent avec le génial. C 'est une idée qui m 'a fait du bien, qui m 'a permis d'essayer des choses, de tenter, de rater».
Dans la vie en général, le comédien retient cette leçon: «On n'a pas besoin que tout soit parfait et que tout soit réparé. Il peut y avoir des chantiers dans nos vies, mais on a quand même le droit d 'être heureux, on a quand même le droit à la joie, à l'apaisement, même s 'il y a encore des choses qui ne sont pas réglées».
Une véritable industrie
Pour les besoins de son scénario, Yann Gozlan s'est inscrit à différents séminaires de développement personnel. «Il y a une crise très forte, je crois, des institutions -qu'elles soient politiques ou religieuses- et le coaching, je trouve, est une manifestation de cette crise, de gens qui recherchent, qui essayent de trouver du sens à tout ça», observe-t-il.
Pour autant, est-il parvenu à garder son regard critique durant ces séminaires? «Au départ, j'étais même parfois en résistance. Et ça dépendait du coach en tant que tel. Mais il y a eu des moments où vraiment, j'ai été intrigué et troublé par la force de conviction de certains coachs. Il y a toute une dimension électrique d 'énergie très très forte, de catharsis, dans ces séminaires. Et c 'est ce qui fait que les gens y retournent, parce qu'ils vivent des expériences intenses. Finalement, j 'ai l 'impression que les gens sont de plus en plus isolés. Et ces séminaires, c'est un moyen de retrouver une forme de collectif», relate Yann Gozlan.
Le réalisateur a également pris conscience du business qui tourne autour de ces personnalités du coaching: «J'ai découvert une véritable industrie. Certains coachs peuvent être à la tête de PME assez florissantes avec une dizaine de salariés. Vu de France, je ne l'imaginais pas comme ça. C'était davantage le cas aux Etats-Unis, mais en France, ça le devient».
L'éternel «Matthieu Vasseur»
Pierre Niney est l'acteur-fétiche de Yann Gozlan. Les compères ont déjà collaboré sur trois films: «Un homme idéal», «Boîte noire» et désormais «Gourou». Le réalisateur apprécie le talent et le côté «caméléon» de l'acteur.
Fait remarquable: dans tous les films où il est dirigé par Yann Gozlan, Pierre Niney incarne toujours un personnage qui s'appelle «Matthieu Vasseur»! Et ce, même si les films sont complètement indépendants les uns des autres.
«C'était plus un clin d 'œil, sourit le réalisateur, ça nous amusait de réutiliser ce prénom et puis surtout, c'est pour moi l'expression de notre complicité». Les trois films étant des thrillers, cela se tient, ajoute-t-il: «On suit un personnage en immersion. On est dans son point de vue. C 'est souvent un personnage qui s 'engage dans une sorte de fuite en avant, un peu malgré lui, pris dans une spirale qui va le broyer... on a toujours un personnage au bord de la rupture, donc c'est peut -être le point commun».
Palpitant, inquiétant, «Gourou» emmène le spectateur dans les dessous du bien-être préfabriqué, sans jamais le lâcher.
Notre note: 8/10