Interview

Rokhaya Diallo: «Ils ont souvent peur quand je reçois des menaces sur les réseaux sociaux»

Chloé Savellon / AllTheContent

18.9.2018

Rokhaya Diallo.
Brigitte Sombié/AllTheContent

À seulement 40 ans, la journaliste Rokhaya Diallo présente un parcours impressionnant. En septembre, elle a rejoint la chaîne LCI pour débattre en direct de sujets d’actualité dans l’émission 24H Pujadas. L’animatrice télé nous parle de ses nouveaux projets, revient sur ses engagements militants très forts et nous confie ses souvenirs du Sénégal, pays d’origine de ses parents.

Bluewin: Pourquoi avoir quitté l’émission «Touche pas à mon poste» sur C8?

Rokhaya Diallo: Je ne peux pas me démultiplier. Cette émission représentait un investissement important, j’ai dû faire des choix.

«Je comprends tout à fait que des militantes n’apprécient pas ce choix de titre...»

Sur Twitter, vous avez décrit votre expérience dans l’émission de Cyril Hanouna comme un réel plaisir. Que vous a-t-elle apportée?

On est très nombreux autour du plateau, il faut jouer des coudes pour prendre la parole. Ça a été un exercice très formateur, auquel j’ai pris beaucoup de plaisir. Et je suis une enfant de la télé, donc j’ai adoré pouvoir m’exprimer à l’antenne sur des sujets en lien avec mes centres d’intérêt.

Que pensez-vous du nom de la nouvelle émission de Cyril Hanouna «Balance ton post», qualifié de «féminisme washing» par de nombreuses militantes féministes?

Ce titre est dans la même logique que «Touche pas à mon poste», qui reprenait le slogan d’une association antiraciste des années 80 «Touche pas à mon pote». Je comprends tout à fait que des militantes n’apprécient pas ce choix de titre et y voient du «féminisme washing».

Mais je ne pense pas que ce soit le cas, car l’émission ne se présente pas du tout comme féministe, ni comme soutien du mouvement #Balancetonporc. Je vois plus une volonté, sans doute malheureuse, du bon mot que l’envie de faire croire que l’émission sera féministe.

En septembre, vous avez rejoint l’émission 24H Pujadas sur LCI. Qu'y faites-vous exactement?

C'est une émission de débats. Nous sommes quatre autour de la table: Thomas Legrand de France Inter, Dominique Seux des Échos, Eugénie Bastié du Figaro et moi-même. Nous nous retrouverons tous les lundis soirs de 18h10 à 19h30 pour débattre de l’actualité sociale, poltique et économique.

«Je prête plus d’attention aux personnes qui m’aiment, plutôt qu’à celles qui ne me connaissent pas et qui m’agressent.»

Vos propos très engagés vont ont valu de vous retrouver au coeur de nombreuses controverses. En 2011, la revue française Le Courrier de l’Atlas a par exemple taxé votre association Les Indivisibles d’antisémitisme et de pro-islamisme. Malgré ces attaques, vous gardez le sourire. Quel est votre secret?

Mon entourage. Je prête plus d’attention aux personnes qui m’aiment, plutôt qu’à celles qui ne me connaissent pas et qui m’agressent. Et heureusement, je bénéficie de nombreux soutiens. Et je voyage beaucoup à l’étranger.

Ça m’aide à relativiser. On ne peut pas nier le fait que je sois l’une des rares femmes noires présentes dans la sphère médiatique. Et qu’on me prête tant d’attention, alors que je n’appartiens à aucune organisation politique. J’ai donc acquis un réflexe de protection vis-à-vis de toutes ces attaques.

Début août, vous avez signé une tribune dans La Libre Belgique en faveur du port du voile au travail… Quel accueil a-t-elle reçu?

Il est très important de préciser que la plupart des signataires ne sont pas françaises, nous avons signé cette tribune en se basant sur le contexte européen. Plusieurs études, notamment celle-ci montrent qu’il existe une forte discrimination à l’encontre des femmes musulmanes qui portent le hijab sur leur lieu de travail, alors qu’elles devraient aussi pouvoir s’insérer dans le monde professionnel sans discriminations. En France, le texte a été très mal reçu, avec parfois de fausses interprétations.

«Mes origines, la culture, la religion, sont très structurants dans mon environnement familial.»

Quel rapport entretenez-vous avec l’Afrique, continent d’origine de vos parents?

Mes parents ont grandi au Sénégal, j’y vais depuis que je suis enfant. Je n’y suis pas retournée depuis 3 ans, mais il me tarde d’y aller. C’est le pays des vacances, des retrouvailles familiales. J’ai des liens très forts avec ma famille qui vit là-bas. Ainsi qu’avec la langue du pays, le wolof. Mes origines, la culture, la religion, sont très structurants dans mon environnement familial.

Vous reconnaît-on dans la rue?

Oui, on me reconnaît assez souvent et c’est super bienveillant. On me remercie, on me soutient. Un jour, des parents noirs m’ont raconté que lorsqu’ils me voient à la télé, ils appellent leurs enfants pour leur dire: «il faut bien travailler à l’école, si un jour vous voulez devenir comme elle». J’imagine que d’autres qui m’apprécient moins me reconnaissent aussi, mais ceux-là ne me parlent pas.

«C’est la seule raison pour laquelle j’en veux à ceux qui m’agressent: ils font peur à mes proches.»

Votre exposition médiatique pose-t-elle des problèmes à vos proches?

Oui. Ils ont souvent peur quand je reçois des menaces sur les réseaux sociaux. Moi, j’ai l’habitude, mais pas eux. C’est la seule raison pour laquelle j’en veux à ceux qui m’agressent: ils font peur à mes proches.

Vous n’avez jamais eu peur de ces agressions?

Honnêtement, si. À certaines périodes, quand je recevais des mails très injurieux, parfois des menaces de mort ou de viol, je faisais gaffe. Je regardais derrière moi quand je marchais dans la rue ou quand je prenais les transports.

Vous avez une passion dans la vie? Une activité favorite?

Oui, je fais du kick-boxing depuis 4 ans. Sinon, j’adore le cinéma, j’y vais plusieurs fois par semaine. Récemment, j’ai vu le polar danois «The Guilty» de Gustav Möller, «Whitney »de Kevin Macdonald [biopic sur Withney Wouston] et «BlacKkKlansman» de Spike Lee.

Retrouvez Rokhaya Diallo dans l’émission 24H Pujadas tous les lundis soir à partir de 18h sur La Chaine Info. Avec Swisscom TV Air, vous profitez gratuitement de Swisscom TV sur votre ordinateur, votre tablette et votre Smartphone. Ainsi, vous pouvez regarder Swisscom TV, vos enregistrements inclus, où que vous soyez.

Alexis Favre en images

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