Sortie ciné: «Compostelle» Sur le chemin de la dernière chance avec Alexandra Lamy 

Valérie Passello

26.3.2026

Dans «Compostelle», Alexandra Lamy incarne l'accompagnante d'un jeune en difficulté, qui entreprend une marche de rupture sur les chemins de Saint-Jacques. Rencontre avec le réalisateur Yann Samuell.

«Compostelle»: «On était comme l'équipage d'un bateau dans une tempête»

«Compostelle»: «On était comme l'équipage d'un bateau dans une tempête»

Au fil des kilomètres, entre affrontements et instants suspendus, un lien fragile se tisse. Et face aux épreuves du chemin, chacun découvre en lui une force insoupçonnée. Un film qui fait du bien.

24.03.2026

Valérie Passello

Une association qui propose à de jeunes délinquants de «marcher pour s'en sortir». L'idée ne vient pas d'un cinéaste idéaliste: une telle structure existe bel et bien. Il s'agit de l'association SEUIL, qui offre une alternative à l'incarcération à des adolescents en rupture, âgés de 14 à 18 ans.

Et cela fonctionne: alors que 70% des mineurs récidivent dans les deux ans après leur sortie de prison, 57% des jeunes accueillis par SEUIL intègrent un parcours de réinsertion après leur marche.

Le réalisateur Yann Samuell a découvert le récit «Marche et invente ta vie», de Bernard Ollivier, qui décrit le parcours de 14 ados ayant tenté l'aventure: «Quand je lisais ce livre, j'étais extrêmement ému, je pleurais», se souvient-il. 

Et porter à l'écran la «marche de rupture» d'un jeune, accompagné d'un adulte, durant trois mois sur les 2000 kilomètres du chemin de Compostelle, est vite devenu une évidence. «Ce ne sont pas réellement des faits réels. C'est inspiré de faits réels. Les deux personnages n'existent pas, je les ai inventés. Ce parcours aussi, ce qui leur arrive, est inventé. Néanmoins, Au fur et à mesure des étapes, les rencontres qu'ils peuvent faire, sont inspirées des anecdotes que les jeunes et les gens de l'association m 'ont fournies», précise Yann Samuell.

Alexandra Lamy et Julien Le Berre: un beau tandem de cinéma

Dans le film, Alexandra Lamy incarne Fred, une prof qui cherche à apaiser son passé. Le réalisateur ne s'est pas trompé en lui confiant ce rôle: l'actrice -qui par ailleurs est aussi une randonneuse chevronnée- livre une performance tout à fait convaincante. Elle peut, dans ce film, montrer sa force de jeu dans différents registres.

Mais Yann Samuell précise qu'il n'a pas immédiatement pensé à elle: «J'ai écrit le scénario en essayant de rester le plus fidèle à ce que j'avais ressenti au moment de la lecture des témoignages. Et donc, j'ai essayé de ne pas envisager d 'actrice pour le rôle, de peur de transformer ce qu'il allait être».

Dans un deuxième temps, au moment des réécritures, le réalisateur s'est dit que c'était le bon moment pour intégrer un visage et donner «une âme, une ambiance» à ce personnage. Il raconte: «Je l'ai proposé à Alexandra, que je ne connaissais pas du tout à l 'époque. C'était plus sur le ressenti, parce qu'Alexandra a ce côté très solaire et accessible, et que le personnage, lui, a beaucoup de murs à franchir. Elle est très fermée, elle ne se livre pas facilement. J'aimais bien ce contraste. Je lui ai envoyé le scénario à l'époque, et en deux jours, elle m'a répondu, elle l'avait lu, elle a dit: 'On se rencontre quand? Et on y va: j'ai très envie de le faire'».

Compostelle

Compostelle

Compostelle

12.02.2026

Le jeune acteur Julien Le Berre joue le rôle d'Adam, un garçon qui tente de canaliser sa colère et son sentiment d’abandon. Lui aussi excelle dans la peau d'un personnage écorché, à la colère rentrée, dont la violence peut éclater à tout moment. «C'est une très belle découverte, un jeune talent prometteur. Il est un peu 'chien fou', il faut le canaliser, mais j'ai beaucoup aimé travailler avec lui et Alexandra. D'ailleurs, les deux se sont extrêmement bien entendus aussi», relate le réalisateur. Une entente qui transparaît à l'écran.

«Comme l'équipage d'un bateau dans une tempête»

Au fil des kilomètres, entre affrontements et instants suspendus, un lien fragile se tisse. Et face aux épreuves du chemin, chacun découvre en lui une force insoupçonnée.

Notons aussi, dans le film, la nature omniprésente, comme un personnage supplémentaire. Tourner sur le chemin hyper fréquenté de Saint-Jacques de Compostelle -70'000 pèlerins le sillonnent chaque jour- tout en préservant le décor n'a pas été de tout repos, reconnaît Yann Samuell: «Mais il y avait vraiment cet esprit de corps qui a présidé à tout cela, c'est-à-dire qu'on était un peu comme un équipage sur un bateau dans une tempête. On faisait face à tellement d'imprévus, de choses qui n'étaient pas dépendantes de ce qu'on a l'habitude de faire sur un tournage!»

«Compostelle», c'est un film qui met en exergue une alternative à la répression chez des jeunes qui ont pris le chemin de la délinquance et à qui l'on offre de prendre une autre direction, au propre comme au figuré. Un film qui fait du bien, comme l'association dont il s'inspire.

Notre note: 9/10