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Signaler maintenant«Ulysse» sort dans les salles ce mercredi 17 juin. La réalisatrice Laetitia Masson signe une oeuvre très personnelle, juste et émouvante, en racontant avec pudeur une histoire similaire à la sienne: celle d'une maman qui se bat pour que son enfant souffrant d'un handicap puisse trouver sa place dans le monde. Rencontre.
Pour Laetitia Masson, ce nouveau film n'est pas tout à fait comme les autres. Parce que même si tout n'est pas exactement comme ça dans la réalité, c'est bien son histoire qu'elle raconte. Ou plus particulièrement celle de son fils, atteint d'un syndrome génétique.
Le film montre toute l'évolution d'Ulysse, de sa naissance à l'âge adulte.
Image: ARP Sélection
La réalisatrice n'est pas une personne qui aime s'exposer. Mais pour elle, le moment était venu de raconter cette histoire, explique-t-elle: «Je suis quand même très pudique et je déteste la complaisance. Mais j'avais à la fois le sentiment d'être au bout d'une façon plus abstraite, plus déconstruite de raconter les histoires. J'avais le sentiment qu'il fallait que je revienne au cinéma de façon plus simple et plus claire pour les spectateurs. Par ailleurs, j'avais cette connaissance d'un sujet très fort et très politique, d'une certaine façon. Je me suis dit qu'il fallait que ce soit pour ce sujet-là que je réussisse à être plus claire pour toucher davantage les spectateurs et que le cinéma serve vraiment à quelque chose».
Laetitia Masson n'envisageait pas de faire tourner son fils dans le film, jusqu'à ce que ses producteurs lui en suggèrent l'idée et que ses techniciens insistent pour qu'il vienne sur le tournage, au moins pour le rencontrer et se faire une idée de ce que pouvait représenter son handicap. Finalement Alphonse Roberts a accepté de jouer le rôle d'Ulysse adolescent, pour «rendre service» à sa maman.
«Au fur et à mesure que l'enfant grandit, les portes se ferment»
Laetitia Masson
Réalisatrice
Mais pas question pour la réalisatrice de trop le chouchouter: «Il s'est adapté au film, et nous, on s'est aussi un peu adapté à lui et aux autres enfants handicapés qui apparaissent le film», souligne Laetitia Masson.
Et d'ajouter: «Une fois que je décide de faire un film, je suis avant tout cinéaste. Et c'est ça qui me faisait peur, c'est que je ne suis plus une mère. C'est comme Dr Jekyll et Mr Hyde. Je me transforme pas en monstre, mais disons en capitaine d'un tournage. Mais il est quand même assez autonome, donc il a compris qu'on n'était pas du tout dans la situation familiale et il s'est assez bien plié au jeu. Mais parfois j'étais plus exigeante que ne l'étaient mes techniciens».
Si elle se défend de dénoncer le système, l'auteure d'«Ulysse» dépeint tout de même un univers où rien n'est facile, où les institutions ne répondent ni aux besoins des enfants souffrant de handicap, ni à ceux de leurs parents. «Je voulais montrer qu'au fur et à mesure que l'enfant grandit, les portes se ferment et qu'il y a une espèce d'injustice du monde tel qu'il est conçu, qui fait que la société n'est pas capable d'accueillir la moindre différence», relève-t-elle.
«En fait, on est tous confrontés à une espèce de standardisation et de normes auxquelles nous, on peut se plier quand on n'a pas de problème parce qu'on est adaptable, on est souple, etc. Mais que dès qu'on a une petite singularité, on est éjecté de ce système», constate celle dont le film a été présenté cette année à Cannes dans la catégorie «Un Certain Regard».
Malgré les écueils, l'histoire se termine bien. Finalement, Ulysse va trouver sa place dans ce monde impitoyable, aidé et soutenu en cela par sa maman. Si, en tant que spectateurs, on est fier du chemin parcouru par cette mère dévouée qui a bien fait de se battre pour son fils, Laetitia Masson est-elle fière d'elle ? La réponse est à l'image de la femme, modeste: «J'estime que je n'ai fait que mon devoir de mère. Je suis contente pour lui, en fait».
Les difficultés d'un tel parcours, Laetitia Masson ne les a pas occultées. Mais elle a choisi de montrer tout le positif que l'on peut dégager d'une telle situation. Elle pointe le fait qu'un enfant handicapé peut tout à fait être heureux, si l'on prend la peine de l'écouter, si l'on est attentifs à ses possibilités, à ses limites et à ses rêves. Un message universel: «Ce n'est pas juste l'histoire de cet enfant-là, c'est l'histoire d'une trace qui ouvre une possibilité. Ça dit au système: 'regardez les enfants différemment, c'est votre devoir'», conclut-elle.
Jamais larmoyante, l'histoire évite avec finesse de tomber dans le pathos, générant une émotion sincère chez le spectateur: le ton est juste, intelligent et bien amené. La réalisatrice a aussi choisi de montrer, parfois, le monde à travers les yeux d'Ulysse, ce qui permet de s'identifier à lui, à ce qu'il vit de l'intérieur. Un très beau film.
Notre note: 9/10