Les mondes imaginaires de John Howe

ATS

2.8.2020 - 10:04

L'illustrateur canadien John Howe, installé dans le canton de Neuchâtel, a fait une entrée fracassante sur la scène mondiale en dessinant l'univers du Seigneur des Anneaux. Vingt ans plus tard, il travaille sur la série, autour de laquelle règne le plus grand secret.

Amazon a acheté les droits TV mondiaux du Seigneur des Anneaux en 2017 et annonçait la sortie de la série pour 2021. Mais le coronavirus est passé par là et la production, contactée par Keystone-ATS, ne veut lâcher aucune information à ce stade.

De leur côté, les réseaux sociaux distillent des informations au compte-goutte sur les acteurs et les membres de l'équipe qui devraient participer à l'aventure. John Howe, qui a créé l'univers visuel du film avec Alen Lee, est l'un d'eux. Sa réputation déjà mondialisée grâce au récit anglo-saxon imprégné de mythologie nordique, s'en trouve encore décuplée. L'homme de 62 ans sait rester modeste.

L'illustrateur semble pourtant avoir endossé facilement son statut de star mondiale. «Ha, ha, c’est vraiment tout relatif. Ceci dit, cela permet de ne plus avoir à donner des explications interminables sur ce que je fais. Le métier d’illustrateur n'est pas une profession reconnue comme telle. Au registre de la chambre du commerce, je suis inscrit comme graphiste.»

Le métier d’illustrateur permet de naviguer entre livres, films, design, graphisme, affiches, projets d’architecture et d’urbanisme en passant par la conception de programmes culturels et leur direction artistique. Le cinéma, avec ses multiples exigences, lui permet de cultiver la réflexion transversale et l’agilité d’esprit.

Ces derniers mois, c’est l’illustrateur qui a repris les rênes: cet automne, HarperCollins publiera «Unfinished Tales» de J. R. R. Tolkien, avec les illustrations de John Howe, Alan Lee et Ted Nasmith.

Autre avantage de son statut de star, il suit son travail un peu partout dans le monde. John Howe a par exemple exposé en août dernier à Shangaï et des livres qu'il a dessinés sortent en édition chinoise.

Fasciné dès l’âge de 14 ans par J. R.R. Tolkien, l'auteur du Seigneur des Anneaux, John Howe et son univers séduisent un public sur plusieurs générations. «C'est une indication que l'heroic fantasy, quand elle est bien écrite, répond à des questions que chaque génération se pose.»

Romans qui aident à ouvrir les yeux

«Et comme l'heroic fantasy n'est ni scientifique, ni religieuse, les réponses sont beaucoup moins démagogues. Je les qualifierais de romans qui aident à ouvrir les yeux.»

La force de l'heroic fantasy vient aussi sans doute du fait qu'elle s'abreuve à différentes mythologies. Pour le Canadien, «il y a un volume considérable de littérature, qui nous vient de l'époque où le monde était un endroit à la lisière du merveilleux, encore plein de possibilités, de choses non explorées, de dangers. Tous ces textes et ces contes nous offrent une fenêtre sur une autre époque. Je les trouve passionnants.»

Et John Howe d'énumérer de grands textes qui l'inspirent comme Beowulf, un poème de la littérature anglo-saxonne, composé entre 700 et 1000 ou la Chanson des Nibelungen, une épopée en moyen-haut allemand, créée au XIIIe siècle

Sans oublier la Volsunga Saga, une saga nordique, dont s'est inspiré Tolkien et le Mabinogion, écrit en moyen gallois, qui fait référence à la mythologie celtique de l'Antiquité. L'érudit poursuit avec le Kalevala, une épopée écrite au XIXe siècle en s'appuyant sur la mythologie finnoise et les sagas des Islandais: «cinq volumes, qui pèsent une tonne».

La place de l'être humain

Toutes ces histoires n'ont qu'un seul but, celui de définir la place que l'être humain occupe dans le monde. «Je crois que si on transposait ces mythologies à l'époque scientifique actuelle, cela nous permettrait de mieux nous situer, dans une écologie à la fois morale et environnementale.»

«A force de repousser toujours plus loin les limites, nous avons fini par nous rencontrer, mais nous ne sommes pas plus près d’avoir trouvé les réponses à nos éternelles questions.»

Une série sur Arte

Cet été, John Howe lit beaucoup car il prépare une série pour Arte sur la littérature fantastique. Il porte une affection particulière aux auteures, comme Robin Hobb, Ursula K. Le Guin, Naomi Novik et Anne McCaffrey, qui ont renouvelé le fantastique à leur façon.

Pour lui, le dessin est proche de l'écriture. «Pourquoi est-ce qu'on dessine? Je crois que la frontière entre l'écriture et le dessin nous est indiquée par le produit qui en résulte, et non pas par le processus qui en est à l'origine.» Ainsi dans un livre en cours, il navigue entre le texte et l'image.

Tolkien l'a inspiré dès qu'il a eu un de ses livres entre les mains. «C'est un de ces auteurs dont l'évocation visuelle est extrêmement forte: ce qu'il décrit déclenche des visions.» A force de dessiner le monde créé par l'écrivain et d'approcher l'éditeur anglais qui publiait ses romans, John Howe a fini par être édité à son tour, puis repéré des années plus tard par le réalisateur néo-zélandais Peter Jackson pour créer l'univers visuel de ses films.

Le Canadien enseigne une matinée par semaine dans une école d'art à Neuchâtel. «Pour ceux qui n'ont pas abandonné le dessin, vu que tous les enfants dessinent, cela monte qu'ils n'ont pas résolu ce que ce moyen d'expression pouvait leur apporter. Et pour ceux qui abandonnent, cela signifie qu'au bout d'un moment, le dessin ne leur apportait plus les réponses nécessaires. Mais cela reste mystérieux.»

John Howe livre une anecdote. En rencontrant un de ses amis metteur en scène, il lui demande: «Quoi de neuf?» Celui-ci lui répond: 24 heures d'art en plus dans le monde. «Et c'est cette raison-là qui nous pousse tous à accepter les difficultés, les incertitudes, les complications et les interrogations».

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