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Signaler maintenantUn petit bouquet de roses a été déposé devant le muret du collège Hubert Reeves de Fleurance, vendredi matin, où se pressent élèves et professeurs: les visages sont fermés, tristes, et l'inquiétude ronge les parents venus récupérer leurs enfants.
Nathan, 11 ans, en 6e, était encore bouleversé vendredi matin par l'annonce la veille de la découverte d'un corps, qui est probablement celui de Lyhanna. La collégienne, en 6e elle aussi, était son amie. Elle «aimait jouer avec ses amis. Elle aimait beaucoup les chats, ça oui» et était bonne élève, «gentille, agréable» et très entourée, se souvient Nathan.
Ce qui lui est arrivé, «ça se fait pas», dit ce petit blond vêtu d'un survêtement noir. Devant l'entrée, une dizaine de policiers municipaux et de gendarmes veillent, un dispositif inhabituel qui a impressionné Nathan.
Le collégien a plutôt l'habitude de voir «deux ou trois policiers» pour «des vols de trottinettes»: «nous sommes une petite ville perdue dans le Gers, donc ça fait bizarre, on ne sait pas comment réagir», confie-t-il.
Comme les adultes rencontrés à Fleurance, 6.000 habitants, les collégiens qui ont beaucoup parlé entre eux sont en colère après avoir appris que plusieurs plaintes visaient le principal suspect. Si «elles avaient été traitées, on n'en serait pas là, ce serait une journée normale», déplore Nathan.
Mesrine, 11 ans elle aussi, était en classe avec Lyhanna, collégienne qui «aimait le cirque et le théâtre», raconte celle qui était également son amie.
Sa maman, Sabrina Puk, se rappelle d'une «petite fille joyeuse». Aujourd'hui, cette mère de famille de 46 ans «de nature peureuse» va restreindre «les soirées pyjamas» comme «beaucoup de monde» à Fleurance, glisse-t-elle devant le collège en attendant sa fille.
«On ne peut faire confiance à personne», abonde Angélique, 41 ans, la mère de Nathan (qui n'a souhaité donner que son prénom): elle a toujours refusé que ses trois enfants aillent dormir chez leurs amis, car «les gens, on ne les connaît pas».
Depuis le début de la semaine, des révélations sur les antécédents du principal suspect ont tracé un profil inquiétant, avec plusieurs signalements ou plaintes, notamment pour viol sur mineure.
Jérôme B., un homme de 41 ans qui connaissait Lyhanna car elle était amie avec sa fille, a été mis en examen lundi pour enlèvement et séquestration, puis incarcéré. Aucun des habitants et parents d'élèves rencontrés par l'AFP ne semble se souvenir de cet homme, domicilié à Montestruc-sur-Gers, à sept kilomètres de Fleurance.
Au collège Hubert Reeves, une cellule psychologique a été mise en place composée de «41 professionnels», a indiqué la préfecture du Gers. «Des personnes sont venues et ont parlé de ça» dans l'établissement, détaille Mesrine, le regard triste, son sac à dos rose à fleurs à la main.
Nathan et ses copains, eux, n'y sont pas allés, mais «il y en a qui pleuraient, du coup, ils (y) sont allés». Les professeurs, «un peu déprimés» selon lui, ont proposé aux élèves qui le souhaitaient de ne pas suivre les cours mais à la place «de faire du dessin et de jouer à des jeux».
Et ce week-end, il envisage de «jouer à la Nintendo switch» pour «[se] changer les idées», et réviser «un peu» ses cours de mathématiques. A Fleurance, la découverte du corps occupe toutes les conversations, et la colère n'est pas retombée.
Depuis plusieurs nuits, Laurence Leblanc, 66 ans, dort mal: encore très émue, cette agricultrice qui tient aussi une brocante en plein cœur du village, a participé à plusieurs battues.
«C'est une horreur ce qu'il s'est passé, ça m'a fait mal et pourtant je suis costaud», dit-elle. Vendredi matin, elle s'est résolue à mettre à la poubelle l'avis de recherche qu'elle avait placardé à l'entrée de sa boutique.
Mais pas question pour elle d'accabler gendarmes et magistrats locaux, «débordés de piles de dossiers», fustige Mme Leblanc, ne mâchant pas ses mots sur le manque de moyens de la justice.