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Le dossier – de plus de 30'000 pages – compte près de trente parties plaignantes, dont l'ancien chef cuisinier Fredy Girardet. Il s'agit de l'une des plus grandes affaires de criminalité économique du canton de ces dernières années, selon les médias valaisans. (photo d'illustration).
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Début d'un procès hors norme mercredi à Sion. Après plusieurs reports, le gestionnaire de fortune sédunois accusé d'avoir floué une trentaine de personnes pour des millions de francs est jugé avec ses acolytes, plus d'une dizaine d'années après les faits. L'audience doit durer plusieurs jours.
Prévenu principal dans l'affaire, l'homme doit notamment répondre d'escroquerie, d'abus de confiance, de gestion déloyale et de faux dans les titres. Lui et ses deux co-accusés auraient frauduleusement convaincu des tiers d'investir dans une société néerlandaise spécialisée dans les gants en latex hypoallergéniques.
Selon l'accusation, chacun semblait assumer un rôle méticuleusement défini. Mécanisme: ils présentaient l'entreprise comme très prometteuse, vendaient des certificats d'actions surévalués et n'atteignaient jamais les rendements promis.
Ils auraient, en outre, systématiquement caché leurs liens avec la société en question et se seraient réparti les bénéfices des différentes transactions. Le tout, sur fond de confiance totale de la part des investisseurs.
Dans un autre volet de l'affaire, il est également question de promesses d'investissements dans des grands crus via des prêts. L'argent n'aurait, dans certains cas, jamais financé de tels achats et, dans d'autres, les plus-values promises ne se seraient jamais concrétisées. Lorsqu'il s'agissait de rembourser les intéressés, plus aucune réponse n'était donnée.
Mercredi, les trois concernés se sont présentés au Tribunal de district de Sion aux côtés de leurs avocats. L'audience a donc débuté peu après 9h00 par les questions préjudicielles, nombreuses.
Ce n'est que dans l'après-midi que la cour a pu procéder à l'interrogatoire du principal accusé, qui s'est montré particulièrement loquace face aux questions posées. Désormais âgé d'une cinquantaine d'années, le Sédunois a réitéré à plusieurs reprises sa foi en la société dans laquelle lui et les investisseurs s'engagaient, celle-ci ayant un «réel potentiel.»
«Le projet était bien structuré et ne tombait pas du ciel», a-t-il martelé. L'entreprise disposait «d'un monopole mondial» s'agissant des produits en latex, a-t-il répété.
«Quand je croyais en quelque chose, j'y allais. Et tout le monde était intéressé à gagner de l'argent. Beaucoup de monde n'a d'ailleurs pas porté plainte. (...) Je m'excuse de cette situation», a-t-il encore poursuivi. «Je n'ai jamais dissimulé de l'argent.» Et d'ajouter: «Ma vie est pourrie, je vis comme un clochard.»
La plupart du temps, l'homme aurait tiré profit du lien de confiance, voire d'amitié tissé avec ses clients, en sa qualité de gestionnaire de fortune. Plusieurs avocats de parties plaignantes ont d'ailleurs évoqué les échanges entretenus de manière hebdomadaire ou quotidienne.
«C'est moi qui avait contact avec les gens, a concédé le prévenu. En amont, il y avait un parterre de personnes qui me conseillaient et qui connaissaient la finance.»
Pour ce qui est de la valeur effective des certificats d'action ou de la société, l'homme a assuré s'en être tenu aux documents et faits relatés par des tiers. La cour devrait procéder aux interrogatoires des autres prévenus dans les prochains jours et tenter d'éclaircir le rôle de chacun dans l'affaire.
A noter que les accusés étaient initialement au nombre de quatre. Ils ne sont aujourd'hui que trois à prendre part à la procédure, l'un d'entre eux étant décédé durant l'instruction, qui aura duré près de douze ans.
En séance plénière, plusieurs avocats ont d'ailleurs évoqué le risque de prescription qui menace certains des faits reprochés, l'acte d'accusation retraçant l'origine de l'escroquerie supposée à 2009. Les faits les plus récents qui concernent le volet principal de l'affaire remonteraient, eux, à 2015.
L'audience, finalement démarrée mercredi, avait été reportée à deux reprises en mars, en raison de l'absence de l'avocate du principal prévenu. Elle reprendra jeudi et devrait se tenir sur plusieurs jours.
Le dossier – de plus de 30'000 pages – compte près de trente parties plaignantes, dont l'ancien chef cuisinier Fredy Girardet. Il s'agit de l'une des plus grandes affaires de criminalité économique du canton de ces dernières années, selon les médias valaisans.