ŒnologieAux Hospices de Beaune, des enchères loin des sommets
Basile Mermoud
16.11.2025
Hausse des droits de douane américains, ralentissement du marché chinois, déconsommation d'alcool: les enchères caritatives des vins des Hospices de Beaune, les plus anciennes du genre au monde, sont restées dimanche loin des records.
La 165e vente aux enchères des vins des Hospices de Beaune se déroule ce dimanche 16 novembre, à Beaune, en Côte-d'Or.
IMAGO/PsnewZ
Agence France-Presse
16.11.2025, 18:20
Basile Mermoud
«400.000 euros»: le marteau est tombé à des lieues du plus-haut de 810.000 euros qu'avait atteint, en 2022, la «pièce de charité», clou des enchères de Beaune. Le prix a cependant dépassé les 360.000 euros de l'an dernier (sans les frais).
Cette «pièce», comme on appelle en Bourgogne un fût de 228 litres, est traditionnellement réservée à une œuvre caritative autre que celle des Hospices, un établissement de santé d'un millier de lits. Cette année, ce tonneau était vendu au profit de l'association Enfance et handicap en Côte-d'Or (Ehco) et de l'Institut Robert-Debré du cerveau de l'enfant.
Les parrains-marraines de ces associations - le DJ Martin Solveig, les acteurs Vincent Lacoste et Alice Taglioni et le réalisateur Cédric Klapisch - avaient été invités à Beaune pour pousser les enchères devant plus de 700 acheteurs potentiels réunis sous les Halles de la capitale des vins de Bourgogne, Beaune (Côte-d'Or).
«Un nombre record d'inscriptions», selon Marie-Anne Ginoux, directrice générale de Sotheby's France, opérateur de la vente, mais qui ne devrait pas permettre d'égaler le pic atteint en 2022, avec 29 millions d'euros de recettes totales.
«Cette année, le climat mondial est tendu», a expliqué à l'AFP Anne-Laure Helfrich, directrice marketing des Grands Chais de France, premier exportateur français de vins.
La maison bourguignonne François Martenot, détenue par les Grands Chais, avait acquis 33 fûts l'an dernier. «Mais les clients sont maintenant plus méfiants», souligne-t-elle. Déjà l'an dernier, les recettes avaient plafonné à 13,9 millions d'euros (hors frais).
«Le marché a tendance à se déprimer», confirme Laurent Delaunay, président du Comité Bourgogne, qui représente l'interprofession viticole régionale.
En particulier aux États-Unis où, «pour la première fois depuis longtemps, les ventes de bourgognes ont reculé en août», indique-t-il, blâmant «les premières conséquences de la hausse des taxes américaines».
Pour ces enchères, le péril n'est cependant pas en la demeure, car le vin vendu à Beaune, des primeurs, sera livré en juin 2027, après avoir été élevé sur place. D'ici là, Donald «Trump peut encore changer d'avis», dit un expert dans un sourire. Cependant, pour éviter de mettre tous ses œufs dans le même panier, Sotheby's opère déjà une diversification tous azimuts.
Boom de l'Asie
Cette année, six nouvelles villes étaient ainsi au programme des 24 dégustations organisées pour attiser l'appétit des acheteurs: Abu Dhabi, Bangkok, Copenhague, Jakarta, Madrid et Sao Paulo.
«Des collectionneurs internationaux, du Brésil, du Mexique ou encore de Taïwan font le voyage pour la vente», se félicite Marie-Anne Ginoux. Trente-deux pays étaient ainsi représentés dans les Halles de Beaune.
Les enchères, Graal des plus grands connaisseurs de vins du monde entier, se tournent en particulier vers les marchés émergents de l'Asie, à l'heure où l'économie chinoise ralentit.
«La Corée du Sud, la Thaïlande, le Vietnam et l'Inde ont un énorme potentiel», souligne auprès de l'AFP la Sud-Coréenne Jeannie Cho Lee, dont l'embauche récente en tant que consultante de Sotheby's pour les Hospices témoigne du formidable boom de l'Asie.
«Les exportations de bourgognes ont bondi en Asie, en particulier en Chine où elles ont triplé de 2017 à 2024, alors que celles de bordeaux ont été divisées par deux depuis 2010-2012», souligne Jeannie Cho Lee.
«Les riches Chinois ont des stocks de bordeaux mais moins de bourgognes, or ils doivent obligatoirement en avoir dans leur cave», explique Gina Hu, acheteuse à Beaune pour le compte de Chinois.
Vitrine mondiale du luxe, la vente est aussi un rendez-vous de la charité puisque les recettes vont à des Hospices financés par les dons attribués depuis des siècles, en majorité sous la forme de vignes, d'où leur surnom d'"hôpital-vigneron".