Brexit: les discussions de la dernière chance patinent

dg

7.12.2020 - 13:00

L'accès des pêcheurs européens aux eaux britanniques, un sujet hypersensible pour certains Etats membres, fait partie des trois points qui bloquent les discussions depuis mars (image symbolique).
ATS

Une journée de négociation pour rien: les blocages persistaient lundi entre Britanniques et Européens pour tenter de trouver un accord post-Brexit, alors que le temps est compté pour éviter un échec aux lourdes conséquences économiques.

Le négociateur européen Michel Barnier a informé lundi les ambassadeurs des Vingt-Sept qu'aucune avancée n'avait eu lieu depuis la reprise des pourparlers dimanche qui ont duré jusqu'à minuit, ont indiqué à l'AFP des sources diplomatiques. Les trois points de blocage restent les mêmes: la pêche, les conditions de concurrence équitable et le futur mécanisme de règlement des conflits.

Le premier ministre britannique Boris Johnson et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen tireront dans la soirée le bilan de ce «nouvel effort» qui s'apparente à une dernière chance. Une éventuelle journée supplémentaire de négociations mardi dépendra de cet entretien, a indiqué une source européenne.

«On arrive en bout de course, le temps commence à manquer. En dépit d'intenses négociations, les divergences n'ont pas été comblées», s'est inquiété un diplomate européen. L'UE «est prête à faire un pas supplémentaire pour décrocher un accord juste, durable et équilibré. C'est au Royaume-Uni de choisir entre ce dénouement positif ou un 'no deal'», a-t-il souligné.

Michel Barnier s'était montré très prudent au début de cette nouvelle séquence en raison de l'impossibilité depuis mars de trouver un compromis entre Londres et l'UE. «Nous verrons si nous pouvons avancer», avait-il lâché. «Nous allons travailler très dur pour obtenir un accord», avait pour sa part promis son homologue David Frost, en arrivant dimanche à Bruxelles.

«De plus en plus acrobatique»

Les négociateurs travaillent sous la pression inexorable du calendrier puisqu'un éventuel accord commercial – de plus de 700 pages – devra encore être ratifié par les parlements britannique et européen avant d'entrer en vigueur le 1er janvier.

«Cela devient de plus en plus acrobatique (...) Ca va devenir intenable dans les jours qui viennent», a affirmé à l'AFP l'eurodéputée Nathalie Loiseau, ajoutant que le Parlement européen envisageait de travailler jusque «dans les tout derniers jours de décembre».

Il faudra aussi compter avec l'extrême vigilance des Etats membres qui espèrent un accord, mais s'inquiètent de concessions trop importantes aux Britanniques. Le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Clément Beaune, a répété dimanche qu'en cas d'accord «non conforme» aux intérêts de la France, en particulier pour ses pêcheurs, Paris pourrait mettre son «veto».

Nouveau choc économique

L'accès des pêcheurs européens aux eaux britanniques reste un sujet hypersensible pour certains Etats membres. «Il n'y a pas eu de percée» dimanche, selon des sources gouvernementales britanniques.

Sur les conditions de concurrence équitable, destinées à garantir une convergence en matière d'aides publiques, de normes sociales ou environnementales, la difficulté est de trouver un mécanisme qui respecte la souveraineté retrouvée de Londres après son divorce tout en protégeant les intérêts européens.

Ajoutant encore à la tension, le parlement britannique examine lundi un très controversé projet de loi remettant en cause certains engagements pris par le Royaume-Uni dans le traité actant son divorce avec l'UE le 31 janvier 2020, notamment sur l'Irlande du Nord, de quoi exacerber la défiance des Européens.

L'Allemagne, qui occupe actuellement la présidence de l'Union, a rappelé qu'elle n'accepterait pas un accord «à n'importe quel prix». «Si le Royaume-Uni prend la responsabilité d'un échec des négociations (...) ce sera l'unique pays européen sans accord commercial» avec le reste du continent, a averti le chef de la diplomatie du Luxembourg, Jean Asselborn.

«Si les esprits ne sont pas prêts, revoyons-nous l'an prochain», a lancé Nathalie Loiseau, accusant Londres de ne pas avoir «le ton constructif d'un gouvernement qui s'apprête à signer un accord, mais un ton de revanche contre l'UE».

Quel que soit le résultat des négociations lundi soir, la future relation avec Londres devrait de toute façon être l'un des sujets chauds du sommet européen jeudi et vendredi à Bruxelles.

Depuis son départ officiel de l'UE, le 31 janvier dernier, le Royaume-Uni continue d'appliquer les règles européennes. Ce n'est qu'à la fin de cette période de transition, le 31 décembre, qu'interviendra sa sortie du marché unique et de l'union douanière.

Faute d'accord, les échanges entre Londres et l'UE se feront dès le 1er janvier selon les seules règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), synonymes de droits de douane ou de quotas, au risque d'un nouveau choc pour des économies déjà fragilisées par la pandémie de coronavirus.

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