Une «Génération perdue»? Un million de jeunes Britanniques sans emploi ni formation

ATS

28.5.2026 - 16:57

Le chômage des jeunes au Royaume-Uni, qui s'est envolé ces dernières années, continuera à monter si rien n'est fait, avec le risque d'une «génération perdue» dans le pays, prévient jeudi un rapport commandé par le gouvernement.

Le coût est énorme pour l'économie britannique, évalué à 125 milliards de livres (144 milliards d'euros) par an (archives). 
Le coût est énorme pour l'économie britannique, évalué à 125 milliards de livres (144 milliards d'euros) par an (archives). 
IMAGO/Dreamstime

Keystone-SDA

Plus d'un million de jeunes âgés de 16 à 24 ans, soit 13,5%, ne sont ni en éducation, ni en emploi, ni en formation, un seuil franchi au premier trimestre pour la première fois depuis 2013, selon des chiffres publiés jeudi par l'Office national des statistiques (ONS).

«Le décrochage n'est plus temporaire. Pour trop de jeunes, il devient permanent. Nous risquons de nous retrouver avec une génération perdue», affirme Alan Milburn, ancien ministre travailliste de l'ère Tony Blair et auteur de cette étude.

«Je pensais que je trouverais (un travail) tout de suite», raconte à l'AFP Lauren, 24 ans, qui se croyait à l'abri avec son diplôme de littérature de la prestigieuse université de Cambridge. Elle multiplie sans succès les candidatures depuis deux ans dans le secteur de la communication ou du marketing – et préfère ne pas divulguer son nom de famille.

Employée dans un pub à temps partiel dans la région de Londres, elle auditionne aussi pour de petits rôles d'actrice mais ne trouve pas d'emploi stable: les offres se font toujours plus rares et les exigences des employeurs toujours plus grandes.

«Demander à ChatGPT»

En outre dans son domaine, «l'IA est un énorme problème», déplore-t-elle. «Ils n'ont plus vraiment besoin de payer des gens pour ce type de postes, surtout pour de la rédaction de texte» où les entreprises «peuvent juste demander à ChatGPT».

Le nombre de jeunes sans travail ni formation pourrait encore bondir d'ici cinq ans, selon le rapport, passant à 1,25 million au total – un désengagement des jeunes plus sévère que dans la moyenne des pays de l'UE et de l'OCDE.

Le coût est énorme pour l'économie britannique, évalué à 125 milliards de livres (144 milliards d'euros) par an, «plus que ce que nous dépensons chaque année pour l'éducation en Angleterre».

Le rapport ne pointe pas d'explication unique. Mais il souligne que le nombre de jeunes déclarant ne pas travailler ou se former à cause d'un problème de santé a bondi de 70% au cours de la dernière décennie, notamment pour des problèmes d'anxiété, de dépression ou encore des troubles du neurodéveloppement.

«Pour la première fois depuis peut-être deux siècles, les évolutions en matière de santé, en particulier de santé mentale, freinent la croissance économique et provoquent une contraction de l'offre de travail», constate M. Milburn.

Le «boom de l'emploi» qu'a connu le Royaume-Uni ces dernières décennies a donc largement laissé les jeunes de côté, aussi parce que les postes de début de carrière «peu et moyennement qualifiés», dans l'hôtellerie-restauration en particulier, ont fondu, souligne son étude.

«Pas des paresseux»

Le rapport publié jeudi estime que «l'État-providence aggrave l'inactivité» en n'incitant pas les jeunes bénéficiaires d'aides publiques à retourner vers l'emploi, mais révèle aussi que 84% des jeunes concernés voudraient trouver un emploi ou une formation.

«Les personnes plus âgées ont l'impression que les jeunes sont paresseux, mais ce n'est pas le cas», tranche Shana Fatahali, 23 ans, qui habite dans le centre de l'Angleterre. «On postule à tellement d'emplois et on a aucun retour. C'est un peu décourageant.»

Titulaire d'un diplôme professionnel en santé et social, cette mère d'un enfant de quatre ans ne trouve «pas d'emploi qui s'adapte à (ses) responsabilités de parent» et dit se sentir coincée, comme beaucoup de jeunes, dans un cycle de refus à cause d'un manque d'expérience.

«Les difficultés mises en évidence dans le rapport Milburn sont signalées par les entreprises depuis longtemps», rappellent les Chambres de commerce britanniques. «Il est essentiel que le gouvernement prenne d'urgence des mesures pour y remédier».

Le taux de chômage au Royaume-Uni, tous âges confondus, est reparti légèrement à la hausse au cours des trois mois achevés fin mars, montant à 5%.