Avis d'experts Taux négatifs: la BNS va-t-elle dégainer le «bazooka» monétaire?

ATS

16.6.2025 - 10:28

Taux négatifs ou pas? La Banque nationale suisse (BNS) devra répondre jeudi prochain à cette épineuse question, alors que l'inflation a enclenché la marche arrière et que le franc s'apprécie. Les options sont toutefois limitées pour l'institut d'émission, les Etats-Unis suspectant la Suisse de «manipuler» le marché des devises.

Selon la plupart des analystes, la banque centrale helvétique devrait opter, lors de son annonce de politique monétaire le 19 juin, pour un abaissement du taux directeur de 25 points de base (pb) à 0%.
Selon la plupart des analystes, la banque centrale helvétique devrait opter, lors de son annonce de politique monétaire le 19 juin, pour un abaissement du taux directeur de 25 points de base (pb) à 0%.
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Selon la plupart des analystes, la banque centrale helvétique devrait opter, lors de son annonce de politique monétaire le 19 juin, pour un abaissement du taux directeur de 25 points de base (pb) à 0%. Les experts sont cependant divisés sur la date de passage sous ce seuil, certains apercevant déjà cette échéance en septembre et d'autres seulement l'année prochaine.

Si d'aucuns voient la BNS sortir le «bazooka» monétaire avec un abaissement de 50 pb à -0,25%, «la BNS devra bien évaluer dans quelle mesure elle veut tirer le peu de 'munition' dont elle dispose, si elle compte encore abaisser ses taux à l'avenir», a averti l'économiste en chef d'UBS, Daniel Kalt.

«Car si le franc devait contre toute attente fortement s'apprécier, elle devra réfléchir à deux fois si et dans quelle mesure elle fera appel à des instruments alternatifs – comme des interventions massives sur le marché des changes – pour lutter contre cette appréciation», a-t-il mis en exergue, soulignant que la Suisse ne veut pas se mettre dans une position de «manipulateur de devises» alors qu'elle négocie un accord commercial avec Washington.

Déjà qualifiée en 2020 de manipulateur de devises par les Etats-Unis, Berne se trouve à nouveau dans le collimateur du Département américain du Trésor qui l'a placé sur une liste de pays à surveiller. «Cette attention malvenue» des autorités américaines survient alors que la BNS fait face à une inflation négative et un renchérissement du franc et que les interventions sur le marché des changes font partie de son arsenal de politique monétaire, ont rappelé les spécialistes de la banque ING.

Même si les responsables de la BNS vont minimiser l'impact des annonces américaines, «cela leur rendra la vie plus difficile en matière d'interventions sur les devises», ont-ils estimé, n'écartant pas une baisse du taux directeur de 50 pb jeudi prochain.

Décourager les flux vers le franc

Ce ne serait pas la première fois que la BNS userait de taux négatifs. Elle a déjà fait appel à cet instrument sur une longue période de fin 2014 à septembre 2022. Le prédécesseur du taux directeur actuellement utilisé par la BNS, la marge de fluctuation du Libor, avait alors été ramené au plus bas entre -1,25% et -0,25%.

Les experts de l'institut BAK Economics doutent cependant d'un retour rapide à des taux d'intérêts négatifs, pas plus que lors des échéances de septembre et décembre. L'essoufflement de l'inflation en Suisse – à -0,1% sur un an en mai – et la force du franc risquent toutefois de forcer la décision à plus longue échéance. Le centre d'études conjoncturelles bâlois table ainsi à la prochaine réunion sur un abaissement de 25 pb à 0% du taux directeur.

Si le directeur des investissements d'Oddo BHF Suisse, Arthur Jurus, abonde dans ce sens, il anticipe également une nouvelle baisse de 25 pb en septembre. Le président de la BNS «Martin Schlegel a récemment évoqué la possibilité d'adopter des taux négatifs, affirmant que, bien que cette mesure soit impopulaire, elle ne peut être exclue si la situation l'exige», a rappelé l'expert de la banque privée, ajoutant que les marchés financiers anticipent actuellement un taux directeur à -0,35% en décembre, mais pas de repli additionnel.

«L'instauration de taux négatifs est justifiée pour limiter l'appréciation du franc, afin de recréer un différentiel négatif par rapport aux autres économies et décourager les flux massifs vers le franc. Elle doit aussi inciter les banques domestiques à prêter davantage ou à réduire leurs marges sur les prêts, car les réserves excédentaires sont moins rémunérées», a expliqué M. Jurus.

Selon ce dernier, «la BNS réappliquera probablement des seuils d'exemption pour que les taux négatifs aient davantage d'effet sur les investisseurs étrangers que sur les banques domestiques».

Les interventions sur le marché des devises restent par contre une option, a estimé Arthur Jurus. «Les achats nets de devises étrangères restent sous le seuil des 2% du PIB, avec un plafond fixé à 1%. Elle dispose donc de marges de manoeuvre», d'après Arthur Jurus.