Les îles Phi Phi, dévastées par le tourisme, veulent se réinventer

ATS

7.12.2021 - 08:51

Aum plonge à 8 mètres de profondeur et relâche avec précaution un jeune requin bambou dans l'eau cristalline. Sa mission: repeupler les récifs au large de Phi Phi, joyau de la Thaïlande longtemps ravagé par le tourisme de masse.

ATS

7.12.2021 - 08:51

Tourists are reflected in sunglasses on Maya Bay on Phi Phi island in Krabi province, Thailand, Thursday, May 31, 2018. Maya Bay on Phi Phi Leh Island in the Andaman Sea will close to tourists for four months from Friday to give its coral reefs and sea life a chance to recover from an onslaught that began nearly two decades ago. (AP Photo/Sakchai Lalit)
Le parc national marin de Phi Phi, ses plages de sables blancs et ses récifs coralliens, attiraient chaque année plus de deux millions de visiteurs avant la pandémie. (archives)
KEYSTONE

L'archipel panse ses plaies depuis la pandémie et les autorités promettent d'y inventer un autre modèle de développement.

Le temps presse: sa célèbre Maya Bay, immortalisée par Leonardo DiCaprio dans le film «La plage» et forcée de fermer dès 2018 pour éviter une catastrophe écologique, doit rouvrir le 1er janvier.

Deux millions de visiteurs par an

Le parc national marin de Phi Phi, ses plages de sables blancs et ses récifs coralliens, attiraient chaque année plus de deux millions de visiteurs avant la pandémie.

L'impact humain, la surabondance des bateaux à moteur, l'absence de régulation sur ces îles pourtant classées «parc national», combinés au réchauffement climatique, ont conduit à un désastre environnemental.

Coraux en régression de 60%

Maya Bay voyait déferler jusqu'à 6000 personnes par jour sur son étroite plage de 250 mètres de long. «La couverture corallienne y a diminué de plus de 60% en un peu plus de 10 ans», relève Thon Thamrongnawasawat de l'université Kasetsart de Bangkok. En 2018, le scientifique tire la sonnette d'alarme et pousse les autorités à faire fermer une partie de la baie, également dégradée par l'érosion.

Depuis, des dizaines de requins à pointes noires, des tortues vertes ou imbriquées se meuvent dans les eaux peu profondes. Des requins-baleines, les plus grands poissons au monde, en danger d'extinction, ont été repérés au large des côtes.

«Tout laisse à penser qu'il y a davantage de reproduction, notamment chez les requins qui apprécient les eaux calmes», relève Thon Thamrongnawasawat.

Fragments de coraux replantés

Quant aux coraux, «plus de 40% des fragments replantés à Maya Bay ont survécu, un chiffre très satisfaisant obtenu grâce à l'absence de visiteurs».

Phi Phi renoue timidement avec le tourisme, encore essentiellement local – même si les drastiques restrictions de voyage pour les visiteurs étrangers désireux de se rendre en Thaïlande ont récemment été assouplies.

A partir du 1er janvier, les bateaux ne seront pas autorisés à accoster près de la plage et déposeront les touristes sur une jetée loin de la crique. Les visites seront limitées à une heure, avec un maximum de 300 personnes par tour.

Le profit ne remplace pas la nature

«Maya Bay nous rapportait jusqu'à 60'000 dollars par jour. Mais ces revenus énormes ne peuvent être comparés aux ressources naturelles perdues», relève le directeur.

Le nombre de visiteurs sera aussi régulé sur d'autres sites phares de l'archipel. Et gare aux bateaux qui voudraient planter leur ancre sur les récifs coralliens ou aux touristes qui s'amuseraient à nourrir les poissons, ils seront passibles d'une amende de 150 dollars.

Phi Phi doit inspirer l'ensemble du royaume. Le gouvernement veut désormais mettre l'accent sur la qualité, «attirer des voyageurs haut de gamme, plutôt qu'un grand nombre de visiteurs».

ATS