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Stérilisations illégales: «Ils ont ruiné ma vie»
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République tchèque

Stérilisations illégales: «Ils ont ruiné ma vie»

Anna Adamova, 55 ans, membre de la communauté rom et mère de quatre enfants, stérilisée en 1991, est interviewée par l'AFP à son domicile le 16 janvier 2025 dans le district de Plouznice de la ville de Ralsko, en République tchèque. Mme Adamova fait partie des milliers de femmes qui ont demandé une indemnisation au gouvernement pour un programme de stérilisation qui dure depuis des décennies et qui concerne principalement les Roms. (Photo Michal Cizek / AFP)

Anna Adamova, 55 ans, membre de la communauté rom et mère de quatre enfants, stérilisée en 1991, est interviewée par l'AFP à son domicile le 16 janvier 2025 dans le district de Plouznice de la ville de Ralsko, en République tchèque. Mme Adamova fait partie des milliers de femmes qui ont demandé une indemnisation au gouvernement pour un programme de stérilisation qui dure depuis des décennies et qui concerne principalement les Roms. (Photo Michal Cizek / AFP)

AFP

Stérilisée il y a plus de 30 ans car Rom, Anna Adamova demande depuis septembre une indemnisation à la République tchèque, qui répare tant bien que mal le traumatisme de la politique eugéniste mise en place sous le communisme.

Rédaction blue News
Keystone-SDA

Rédaction blue News, Keystone-SDA

03.02.2025, 08:01

«Ils ont ruiné ma vie», dit à l'AFP cette femme de 55 ans en se remémorant l'intervention qu'elle a subie juste après la naissance de son quatrième enfant.

Habitante d'une localité au nord-est de Prague nommée Ralsko, elle fait partie des plus de 2300 Tchèques ayant déposé un dossier depuis l'instauration en 2022 d'une loi accordant 300'000 couronnes (12'000 euros) à chaque victime et dont elle avait appris l'existence par hasard sur Facebook.

Si la République tchèque se distingue en Europe centrale par ces mesures de compensation, les associations dénoncent des failles dans la procédure, que le Parlement doit étendre prochainement, le délai pour soumettre une demande ayant expiré début janvier.

Jour maudit

Combien au total ont été touchées? Aucun chiffre n'est connu: le régime communiste tchécoslovaque prévoyait des «primes de stérilisation» et incitait les travailleurs sociaux à limiter la fertilité des Roms.

Certaines femmes ne savaient ni lire ni écrire, d'autres n'avaient pas reçu d'information suffisante ou disposé d'un vrai temps de réflexion alors qu'elles entraient à l'hôpital pour tout autre chose.

Cette pratique, initiée en 1971, s'est poursuivie même après la transition démocratique et la séparation de la Tchécoslovaquie en deux États (République tchèque et Slovaquie). Elle a continué de manière variable selon les établissements médicaux jusqu'en 2007

Ce jour maudit de 1991 hante encore Anna Adamova aujourd'hui: on avait menacé de lui retirer son bébé si elle refusait de se faire stériliser.

«J'étais effrayée alors j'ai accepté, sans savoir ce que le mot signifiait», explique-t-elle. Son compagnon d'alors, avec lequel elle survivait dans des conditions précaires, l'a quittée.

«Chez nous, on considère qu'une femme stérile n'est bonne à rien», dit-elle alors qu'elle vient d'une famille nombreuse, en regrettant d'avoir eu ensuite du mal à se mettre à nouveau en couple. Actuellement au chômage, elle attend toujours son argent, qu'elle espère transmettre à ses enfants et petits-enfants.

«Témoignages ignorés»

Elena Gorolova, 56 ans, s'est fait retirer l'utérus à la naissance de son second fils, à 21 ans seulement. «Signe-le ou tu mourras», lui ordonne une infirmière en lui tendant le document de consentement «dont elle ignorait totalement le contenu». «J'aurais tellement voulu avoir une fille... je vivrai avec cela jusqu'à la fin de mes jours», regrette-elle.

Devenue porte-parole de cette cause, elle déplore la lenteur de la procédure. Souvent, le feu vert arrive trop tard et la victime est décédée.

Les Roms, officiellement 22'000 dans ce pays de 10,9 millions d'habitants mais en réalité bien plus selon des estimations donnant le chiffre de 250'000, font toujours l'objet de discriminations et la militante estime que «les témoignages des femmes sont ignorés».

Selon elle, le gouvernement a rejeté des demandes basées sur des dossiers médicaux détruits automatiquement après 40 ans. Plus d'un tiers des quelque 1600 cas déjà traités ont été déclarés irrecevables.

Et l'activiste Gwendolyn Albert dit être «constamment contactée par des personnes qui ont été victimes de ces pratiques en Slovaquie et qui demandent si elles peuvent accéder à la procédure, ce qui n'est pas le cas».

Face aux dossiers en souffrance, Michael O'Flaherty, le Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, avait réclamé l'an dernier au Premier ministre Petr Fiala un délai supplémentaire et dénoncé des «lacunes dans la procédure».

Pourtant, le Centre européen des droits des Roms a signalé dès 2004 qu'un droit à la réparation était nécessaire. D'après un porte-parole du ministère de la Santé, Ondrej Jakob, le nombre de dossiers déposés est plus important que prévu.

Il affirme que le nombre de fonctionnaires dédiés a été augmenté, qu'une ligne d'assistance téléphonique a été mise en place et que des séminaires ont été organisés pour les ONG associées à la démarche.

Mais après des décennies de combat pour obtenir le statut de victime, Elena Gorolova se dit sceptique sur les améliorations promises.

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