Plusieurs millions en jeu Affaire d’Etat explosive à Zurich : le procureur veut démasquer un véritable escroc

Samuel Walder / trad.

15.7.2025

Une fraude économique de plusieurs millions se transforme en une affaire d'Etat explosive : Ali Syed, autrefois adulé comme un milliardaire exemplaire, porte de graves accusations contre le procureur zurichois, alors qu'il est lui-même en procès.

Ahsan Ali Syed serait un escroc millionnaire.
Ahsan Ali Syed serait un escroc millionnaire.
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Samuel Walder / trad.

Jet privé, sponsoring de Formule 1, bureaux de luxe dans le Golfe, Ahsan Ali Syed (52 ans) vivait un rêve éveillé. Mais derrière la façade de l'éclat et du glamour se cache un réseau complexe d'imbroglios juridiques et de dettes de plusieurs millions.

Contrairement à d'autres cas similaires, il ne s'agit pas cette fois de personnes privées, mais d'entreprises qui avaient un besoin urgent de capitaux après la crise financière de 2008 et qui espéraient une aide rapide.

C'est précisément cette aide que leur promettait Ahsan Ali Syed. Selon le «Tages Anzeiger», ce prétendu milliardaire, qui a parfois résidé en Suisse, aurait attiré des hommes d'affaires en difficulté en leur proposant des crédits importants et avantageux. Au total, il aurait obtenu frauduleusement environ 26 millions de francs en payant à l'avance des crédits qui n'ont jamais été versés. La majeure partie de l'argent aurait finalement atterri sur des comptes au Crédit Suisse à Zurich.

C'est avec ces fonds que Syed aurait financé son luxueux style de vie. Il se mettait en scène comme un entrepreneur à succès avec une fortune présumée de 1,2 milliard de dollars et les meilleures relations avec la famille royale de Bahreïn. Il s'est offert un jet privé, a conduit des Porsche et a même acheté le club de football espagnol du Racing Santander.

Avec son avion, il aurait régulièrement fait le voyage entre Zurich et Bahreïn. Le natif de l'Inde aurait investi 3,5 millions de francs supplémentaires dans un appartement de luxe à Hergiswil, au bord du lac des Quatre-Cantons. Selon la NZZ, cet appartement aurait déjà été vendu en mai 2021 pour 4,5 millions de francs.

Irrégularités présumées

Avec le temps, de plus en plus d'irrégularités présumées ont été mises au jour. Les entreprises concernées ont exigé le remboursement de leurs fonds et, en 2011, certains comptes de Syed au Credit Suisse ont été gelés. La banque a alors informé les autorités d'un soupçon de blanchiment d'argent.

En 2013, le ministère public zurichois a réagi et a lancé un avis de recherche national contre Syed. Le signalement international s'est toutefois fait attendre jusqu'en juillet 2022. La raison de ce délai n'est pas claire.

Puis tout est allé très vite : la même année, Syed a été arrêté en Grande-Bretagne, comme l'écrit encore la «NZZ». Son extradition vers la Suisse a été décidée. Syed s'y est opposé et a porté l'affaire devant le Tribunal fédéral et la Cour européenne des droits de l'homme mais sans succès.

En septembre 2024, des forces d'intervention de la police cantonale zurichoise se sont rendues à Londres et ont escorté Syed en Suisse, où il est depuis lors en détention provisoire.

Daniel Jositsch défend Syed au tribunal

Mi-juillet, cet homme de 52 ans devra répondre devant le tribunal de district de Zurich de soupçons d'escroquerie par métier. Le ministère public entend requérir une peine de prison ferme de sept ans ainsi qu'une expulsion du territoire de cinq ans.

Le ministère public zurichois reproche à cet Indien d'origine, qui agissait en tant que chef de l'institut financier Western Gulf Advisory à Bahreïn, d'avoir commis une escroquerie par métier pour un montant de plus de 28 millions de francs. En manipulant les promesses de crédit et les paiements anticipés, Syed aurait injecté des millions dans des entreprises en difficulté financière.

Le procureur en charge de l'affaire requiert une peine de prison de sept ans. L'audience principale a lieu cette semaine au tribunal de district de Zurich mais alors que Syed est assis sur le banc des accusés, l'accusateur lui-même se retrouve soudain sous le feu des projecteurs.

L'homme de 52 ans est défendu par le professeur de droit pénal zurichois et conseiller aux Etats PS Daniel Jositsch ainsi que par l'avocat zurichois Christoph Steffen.

Contre-attaque depuis la détention préventive

Car Ali Syed a de son côté déposé une plainte pénale contre le procureur avec de graves accusations. Abus de pouvoir, violation du secret de fonction, soupçon d'extorsion, corruption passive et acceptation d'avantages sont en jeu. L'affaire, qui ressemblait jusqu'à présent à un polar économique classique, se transforme ainsi en un drame judiciaire doublement délicat.

Car le parquet général de Bahreïn mène également sa propre procédure pénale qui, selon les informations de la «NZZ», ne concerne pas seulement Ali Syed mais aussi le procureur zurichois qui agit à Zurich comme accusateur contre Syed.

Au centre de l'enquête à Bahreïn se trouve un éminent avocat néo-zélandais qui fait l'objet d'une enquête pour extorsion et corruption vraisemblablement au détriment d'Ali Syed. Particulièrement explosif : selon les soupçons, le juriste n'aurait pas agi seul, mais en coopération avec le ministère public.

Procédure officielle

Le ministère public zurichois a été informé de la prétendue procédure pénale à Bahreïn, écrit la «NZZ». Le ministère public est spécialement compétent pour les enquêtes contre les fonctionnaires et examine actuellement la plainte pénale qu'Ali Syed a déposée contre son accusateur.

Toutefois, l'obstacle à une procédure officielle est élevé : avant qu'une procédure pénale puisse être ouverte contre le procureur, la Cour suprême zurichoise devrait donner son accord. Ce n'est qu'alors qu'une enquête formelle serait possible.

Toutes les personnes impliquées bénéficient de la présomption d'innocence jusqu'à ce qu'elles soient condamnées.