L'UDC porte plainteUne définition controversée des mots-croisés du Nouvelliste atterrit au tribunal
ATS
18.11.2025 - 10:46
L'auteur d'un mots-croisés paru dans Le Nouvelliste et le responsable de sa diffusion sous forme d'un mandat externe au quotidien valaisan ont comparu devant le tribunal de district de Sion, mardi. Ils doivent répondre de diffamation envers l'UDC du Valais romand.
les deux accusés pourraient être condamnés à des jours-amende.
ATS
Keystone-SDA
18.11.2025, 10:46
18.11.2025, 11:54
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Dans la rubrique «verticalement» du 18 novembre 2023, les cruciverbistes ont dû répondre à la définition suivante: «parti politique suisse raciste, xénophobe, homophobe, anti-féministe, anti-écologiste, anti-pauvre, nationaliste.» La réponse: l'UDC.
Cette description n'a pas plu à l'UDC du Valais romand. Le parti a demandé et obtenu des excuses du Nouvelliste.Le 24 novembre 2023, l'UDCVR a porté plainte contre l'auteur du mots-croisés. Le parti a déposé une autre plainte pénale contre le responsable du mandat en date du 27 janvier 2024. La démarche a également été étendue le 15 mai 2024, à la suite de l'audition de police des prévenus, ceux-ci ayant parlé de «fasciste» et de «suprémacisme» en songeant à l'UDC.
«J'essaie toujours de ne pas diffamer»
«J'ai fait une critique des partis politiques qui ont un rôle dans la politique suisse et non sur les personnes physiques», a souligné, devant la Cour, l'auteur du mots-croisés. «J'ai écrit ces définitions après une recherche approfondie en m'appuyant sur des sources fiables. J'essaie toujours de ne pas diffamer. Concernant l'UDC, je me suis inspiré de leurs discours, de leurs programmes et et de leurs campagnes électorales.»
«En tant que citoyen et artiste, j'utilise un support de création pour affirmer mes points de vue par rapport aux contextes sociaux et politiques qui nous entourent. Ce mots-croisés, c'était un moyen d'alerter l'opinion sur ces problématiques», a encore précisé le prévenu.
«Un vecteur d'opinions politiques»
«Ces pages dans Le Nouvelliste étaient libres de paroles. Il s'agissait aussi d'une façon de montrer qu'on pouvait faire de l'art engagé», a pour sa part précisé le responsable de sa diffusion. «J'ai laissé toute liberté à tous les auteurs des articles publiés. Je ne vois pas pourquoi je les aurais censurés. Concernant l'UDC, la définition du mots-croisés visait le parti et pas forcément tous ses membres.»
«On ne va pas dire que les prévenus n'ont pas agi avec conscience et volonté. Ce mots-croisés est un vecteur d'opinions politiques de la part de militants politiques», a souligné Me Jean-Luc Addor, avocat de la partie plaignante.
«Ici, il s'agit de défendre l'honneur de l'UDC du Valais romand comme personne morale. Le racisme et l'homophobie ne sont pas des accusations quelconques. Il y a des limites à la liberté d'expression et à la liberté artistique», a ajouté l'avocat, par ailleurs conseiller national UDC.
«Une situation surréaliste»
«Un débat politique peut être très dur, mais il y a tout de même quelques limites.» Pour Me Jean-Luc Addor, il y a donc une atteinte à l'honneur sous forme de diffamation voire la calomnie.»
«La situation est surréaliste», a estimé pour sa part l'avocat des deux prévenus, Pierre Chiffelle. «L'UDC joue les offusqués, face à une création artistique diffusée et précisée comme telle. Il n'y a que l'UDC qui n'a pas compris la démarche des artistes. Novartis, UBS ou Syngenta (ndlr: également épinglées) n'ont, eux, pas déposé de plainte.» Et Pierre Chiffelle de rappeler que l'agressivité et l'outrance font partie du style de discours du principal parti de Suisse.
Protéger les lanceurs d'alertes«Nous ne devons pas museler les lanceurs d'alertes contre les mouvements d'extrême droite», a encore souligné l'avocat vaudois, par ailleurs ex-conseiller national socialiste. L'homme de loi a demandé l'acquittement de ses clients. Dans le cas présent, «il n'y a pas d'incitation à la haine, ni d'atteinte à l'honneur.»
Les deux hommes risquent une peine de 30 jours-amende avec sursis durant deux ans à 30 francs par jour, ainsi qu'une amende de 300 francs. Le verdict sera connu ultérieurement.