La clim contre un pourboireAu Nigeria écrasé par la chaleur, la guerre en Iran fait grimper le coût de la fraîcheur
ATS
17.4.2026 - 07:45
La chaleur est écrasante à Abuja, mais Emmanuel Chinonso n'allume pas la climatisation de son VTC, sauf en échange d'un pourboire: comme de nombreux Nigérians, il cherche par tous les moyens à économiser un carburant devenu trop cher.
Fin mars, les températures ont atteint 35°C à Lagos, selon l'Agence météorologique nigériane (NIMET), avec en moyenne 70% d'humidité, et 38°C dans la capitale Abuja, tandis que Sokoto, dans le nord-ouest, a enregistré 44°C.
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Keystone-SDA
17.04.2026, 07:45
ATS
Il faut parfois «supplier» les clients de donner un peu plus pour avoir un peu d'air frais, mais «quand on leur explique, certains se montrent très compréhensifs», explique le chauffeur de 40 ans. Le Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique, est écrasé par une vague de chaleur depuis plusieurs semaines.
Fin mars, les températures ont atteint 35°C à Lagos, selon l'Agence météorologique nigériane (NIMET), avec en moyenne 70% d'humidité, et 38°C dans la capitale Abuja, tandis que Sokoto, dans le nord-ouest, a enregistré 44°C. Et elles se maintiennent à ce niveau ou presque en avril.
Des conditions jugées «mauvaises pour la santé» par l'agence.
À cela s'ajoute une flambée des prix du carburant liée à la guerre en Iran, qui fait exploser les coûts de la climatisation et des générateurs de secours parallèlement à la montée du mercure.
Les fortes chaleurs ne sont pas nouvelles dans ce pays d'Afrique de l'Ouest situé juste au-dessus de l'équateur. Mais selon la NIMET, la situation s'aggrave. Dans un rapport publié en 2025, elle avertit que, sur la décennie 2016-2025, neuf années figurent «parmi les 12 plus chaudes jamais enregistrées».
La semaine dernière, la DJ coréenne JinseoulMusic, installée au Royaume-Uni et actuellement en tournée au Nigeria, a fait part de ses difficultés dans une publication Instagram destinée à ses plus de 430.000 abonnés. «Survivre à la chaleur nigériane sans électricité», a-t-elle écrit, avant d'ajouter: «La chaleur m'a réveillée au milieu de la nuit».
Flambée des prix du carburant
Les analystes attribuent la hausse des températures à Lagos au changement climatique, à sa forte densité de population, au manque d'espaces verts et à une circulation routière intense.
L'usage constant des générateurs d'électricité aggrave le phénomène, ces machines gourmandes en carburant rejetant chaleur et gaz à effet de serre.
Le Nigeria, quatrième économie d'Afrique, doté d'un réseau électrique moins stable que celui de certains voisins plus pauvres, a favorisé le recours massif à ces générateurs, du moins pour ceux qui peuvent se les offrir. Mais leur usage pourrait reculer à mesure que les prix du carburant augmentent en raison de la guerre en Iran.
Les transports publics, eux, sont défaillants, la plupart des véhicules commerciaux sont vétustes et dépourvus de climatisation fonctionnelle.
Comme ailleurs dans le pays, le prix de l'essence a presque doublé dans la capitale, passant d'environ 850 nairas (environ 0,53 euro) le litre à plus de 1300 nairas (0,81 euro), un record dans un pays où il se vendait autour de 195 nairas (0,12 naira) début 2023.
Alertes sanitaires
Malgré l'air humide chargé de poussière et de gaz d'échappement, des milliers de commerçants continuent d'exposer leurs marchandises en plein soleil dans les rues de Lagos, en dépit des mises en garde contre une exposition prolongée.
Des vendeurs ambulants, portant des bassines de boissons gazeuses glacées, se faufilent entre les voitures à l'arrêt. Avec la nouvelle hausse du coût de la vie après des années d'inflation élevée, nombre de commerçants travaillant au soleil et à l'air pollué se préoccupent davantage de nourrir leur famille que de la qualité de l'air.
«La météo n'est pas bonne», estime ainsi Aminat Jimoh en faisant frire du tofu au bord d'une route encombrée. «Mais nous devons tenir, car nous ne pouvons pas manger si nous ne venons pas ici».
La vague de chaleur pourrait également accroître les cas de paludisme au Nigeria. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le changement climatique (augmentation des précipitations et de l'humidité, hausse des températures) peut dans certains cas accélérer la transmission du paludisme en favorisant la reproduction des moustiques.
En 2024, le Nigeria a enregistré environ un quart des cas mondiaux de paludisme et 30% des décès liés à ce fléau, selon l'OMS.
La saison des pluies, imminente, apportera un certain répit en faisant baisser les températures grâce aux orages. Mais elle amènera aussi son lot de difficultés, comme les inondations.
«Je sais que la pluie a aussi ses problèmes, mais j'ai hâte que cette chaleur s'en aille», lance Azeez Akanni, un couturier de 32 ans habitant Lagos.