FranceAu procès du meurtre de Sihem : «Vous crachez au visage de la victime»
Basile Mermoud
24.3.2026
«La seule chose que vous faites, c'est cracher au visage de la victime», lance soudain l'avocat général, déclenchant un tonnerre d'applaudissements aussi rares qu'incongrus devant la cour d'assises du Gard, où Mahfoud Hansali vient d'être longuement interrogé sur le meurtre de Sihem, une lycéenne de 18 ans.
Ex-compagnon de sa cousine, l'accusé, un homme déjà condamné plusieurs fois, avait été rapidement soupçonné (image d’illustration).
AFP
24.03.2026, 21:14
Basile Mermoud
«Ca ne sert à rien de pousser un âne qui ne veut pas avancer», a aussi tancé Stéphane Bertrand, en ironisant sur l'honnêteté «légendaire» de l'accusé de 42 ans. Pendant les deux heures et demie qu'ont duré son interrogatoire au deuxième jour de son procès à Nîmes, Mahfoud Hansali a campé sur ses positions, malgré des incohérences relevées également par le président de la cour, Christian Pasta.
Le cadavre de Sihem, une jeune fille sans histoires, avait été retrouvé vers 01H00 du matin le 2 février 2023, une semaine après sa disparition, au bord d'un chemin isolé des Salles-du-Gardon, village limitrophe de La Grand Combe (Gard), où elle vivait.
Ex-compagnon de sa cousine, l'accusé, un homme déjà condamné plusieurs fois, avait été rapidement soupçonné, en premier lieu par les proches de la lycéenne qui avaient mené une sorte d'enquête, allant jusqu'à l'interroger, fouiller son appartement et visiter les hôtels de Nîmes pour tenter de retrouver l'adolescente.
Placé en garde à vue, il avait fini par reconnaître avoir «tué la jeune fille dans le cadre d'une dispute liée à leur relation amoureuse», que Sihem aurait menacé de dévoiler au grand jour, et indiqué aux enquêteurs où se trouvait son corps, à moitié dénudé.
«Plan foireux»
Mardi matin, des proches de Sihem, dont sa meilleure amie Lena, ont défilé à la barre pour affirmer qu'à leurs yeux, il était «totalement impossible» que la jeune femme entretienne une relation sentimentale avec l'ex-mari de sa cousine, bien qu'ils aient multiplié les échanges sur la messagerie cryptée Signal.
Plusieurs des témoins entendus - mais pas tous, car Sihem pouvait cacher certaines choses même à ses meilleures amies - ont en revanche évoqué un autre scénario, où la lycéenne devait se faire passer pour une autre jeune fille afin de simuler un kidnapping.
Des trafiquants auraient promis à Mahfoud Hansali 100.000 euros pour retrouver cette «nourrice» qui leur aurait dérobé de la drogue. Lui aurait voulu faire croire à ses commanditaires, en prenant des photos de Sihem, qu'il avait retrouvé et châtié celle qui les avait volés. A Sihem, il aurait promis 10.000 euros pour sa participation à cette mise en scène, selon cette version qui a largement circulé à La Grand Combe.
«Ce carottage, ce plan foireux, ça n'a jamais existé. Pour entreprendre une telle entreprise, il faut s'entourer d'experts et je ne pense pas que Sihem en faisait partie», a répondu l'accusé, interrogé par le président de la cour.
Provoquant des murmures de désapprobation, il a maintenu avoir eu un «rapport charnel» avec la jeune fille, amoureuse de lui et qui se montrait insistante selon ses dires, avant de se mettre «en colère» et de «gifler» Sihem «pour la faire taire».
Il a raconté lui avoir ensuite mis la «main sur la bouche», qu'elle s'était «écroulée» et que, constatant sa mort, il avait décidé de la cacher dans la forêt. Mais il a persisté à dire que la mort de Sihem «n'était pas le but recherché». «Pourquoi est-ce que je mentirais? Ca n'a pas d'intérêt, puisque je reconnais lui avoir ôté la vie», a-t-il répété plusieurs fois.
C'est en conclusion de cet interrogatoire que l'avocat général, peu actif depuis le début du procès, lui reproche de «cracher au visage» de la victime, déclenchant les applaudissements de la salle d'audience. Le réquisitoire et les plaidoiries sont prévus mercredi matin. Le verdict est attendu en fin de journée.
Vendredi, Mahfoud Hansali comparaîtra à nouveau devant la même cour d'assises pour un vol avec arme pour lequel il aurait dû être jugé en septembre 2023. Son implication dans le meurtre de Sihem avait entraîné le report de ce procès.