Lyon Bébé tué à l'acide: 30 ans de prison pour meurtre requis

ATS

30.1.2026 - 18:18

Trente ans de prison, dont une période de sûreté de 20 ans, ont été requis vendredi en appel contre une auxiliaire de crèche qui a tué un bébé en lui faisant boire une quantité «massive» de déboucheur de canalisations en 2022 à Lyon.

C'est dans une crèche de Lyon que le drame s'est déroulé en 2022 (Photo prétexte).
C'est dans une crèche de Lyon que le drame s'est déroulé en 2022 (Photo prétexte).
ATS

Keystone-SDA

L'accusée, condamnée à 25 ans de détention en première instance, «a consciemment tué avec un produit toxique létal, l'administrant directement dans la bouche d'une enfant de 11 mois», Lisa, qui est décédée après quatre heures de souffrances «extrêmes», a déclaré l'avocat général de la cour d'assises de l'Ain, Baptiste Godreau.

Pour ce crime «innommable», le magistrat a demandé aux jurés de retenir l'intention de donner la mort et donc de «la déclarer coupable du crime de meurtre».

L'accusée, qui avait 27 ans au moment du drame, a reconnu après plusieurs dénégations avoir versé le produit à base d'acide dans la bouche de la fillette mais a toujours assuré avoir voulu «la faire arrêter de pleurer» mais «pas la tuer».

Elle a aussi affirmé qu'elle n'avait pas conscience de la dangerosité du produit de type Destop, ce qu'ont contredit enquêteurs, médecins et psychiatres qui ont défilé à la barre.

A l'issue de son premier procès, en 2025 à Lyon, elle a été condamnée à 25 ans de prison sans peine de sûreté parce que l'intention de tuer n'avait pas été retenue. A la demande des parents de Lisa, le parquet avait fait appel.

«Infantile»

«Je veux m'excuser auprès de la famille, tous les jours je pense à Lisa», a-t-elle soufflé vendredi dans un sanglot en regardant fixement Sophie et Fabio, les parents du bébé. La maman éplorée a fermement fait non de la tête.

L'avocate de la famille a demandé aux jurés d'être plus sévères qu'en première instance: «Vingt-cinq ans de prison, c'était lui dire: vous n'avez pas eu l'intention de donner la mort à Lisa, votre version nous a convaincus», a plaidé Catherine Bourgade.

«Ce n'est pas possible d'entendre cela, ni pour ses parents, ni pour Lisa», «il ne suffit pas qu'un accusé dise: 'j'ai pas voulu tuer' pour qu'on le croie», a-t-elle insisté.

Plusieurs experts psychiatres ont décrit l'accusée comme «immature» et «modérément» déficiente intellectuellement. Mais «sans maladie mentale avérée», écartant donc une «abolition ou altération du discernement».

Sa défense a demandé aux jurés certes de «sanctionner» mais aussi de «favoriser sa réinsertion», niant l'intention de donner la mort chez une personne «infantile», selon Julia Coppard.

Et dont «l'incompétence» et «l'inaptitude» à s'occuper d'enfants avait été signalée par ses collègues à la crèche, «où elle n'aurait jamais dû être employée, encore moins laissée seule avec les enfants», a estimé Maylis Leduc.

Mensonges

Mais une femme capable de mentir pendant l'agonie du bébé à qui elle inflige une souffrance «indicible» n'est pas crédible quand elle assure ne pas avoir voulu tuer, a plaidé l'avocate de l'association l'Enfant Bleu – Enfance maltraitée, Sidonie Leblanc.

«Une femme qui, selon ses propres dires, est capable de maintenir fermement la tête et le corps d'un bébé, de lui enfoncer le goulot d'une bouteille d'acide dans la bouche, de la maintenir et de lui dire: 'prends ça, mange et tais-toi!'» ne peut pas être excusée, a lancé Me Leblanc.

A l'arrivée d'autres parents dans la microcrèche lyonnaise, la jeune femme avait aussi élaboré un «récit mensonger structuré», selon l'avocate: un tube de gouache a explosé et les projections ont atteint la bouche de Lisa, allant même jusqu'à badigeonner son pantalon de peinture pour accréditer cette version.

Un mensonge qu'elle a répété d'une voix déterminée, 15 minutes durant, au médecin du centre anti-poison – dont l'enregistrement a été diffusé à l'audience – qui l'appelait pour tenter d'identifier le produit pour orienter les médecins qui tentaient encore de sauver Lisa.

«Qu'on ne vienne pas nous dire qu'elle n'est pas capable d'élaboration», a conclu l'avocate.