Bâle Homicide d'un schizophrène récidiviste en 2024 guère évitable

ATS

24.6.2025 - 19:16

L'homicide commis à Bâle par un schizophrène récidiviste en août 2024 aurait difficilement pu être évité par la clinique qui lui avait accordé une permission de sortie, selon un rapport d'enquête externe. Le traitement du patient souffrait toutefois d'"angles morts».

En Suisse, la schizophrénie touche environ 85'000 personnes (photo d'illustration).
En Suisse, la schizophrénie touche environ 85'000 personnes (photo d'illustration).
sda

Keystone-SDA

«Il s'agit surtout de lacunes liées au flou du mécanisme délictueux et de la pertinence du lieu du crime en termes de risque, qui ont empêché une gestion optimale du cas», résument le psychiatre médico-légal Frank Urbaniok et le juriste Andreas Werren dans leur rapport publié mardi. La signification de l'immeuble, où le patient avait déjà tué deux personnes en 2014, n'a pas été prise assez en compte, selon eux.

Cas insidieux et phrase-clé

La récidive de l'été dernier, «une quasi-copie du premier double assassinat», constitue un cas «insidieux». Il n'était guère possible pour les Cliniques psychiatriques universitaires (UPK) de Bâle de détecter le risque d'une telle récidive, estiment les experts. Les UPK ont agi «de manière entièrement correcte sur le plan formel», mais ont négligé une «réalité parallèle» du patient.

«Je n'ai pas encore fini de tuer», avait déclaré l'assassin aux enquêteurs après son premier double crime. Il s'agit de la seule «fenêtre» d'accès à sa réalité parallèle, a souligné Andreas Werren face aux médias. Cette phrase mentionnée parmi les milliers de pages du dossier judiciaire du principal intéressé constituait un indice «difficile à reconnaître», mais «on aurait pu y penser», a commenté Frank Urbaniok.

Réalité parallèle sous le radar

Cette réalité parallèle, dans laquelle le patient vivait, ainsi que ses pensées de récidive sur le même lieu ont échappé au radar des UPK. Lors de sa sortie de permission non accompagnée, le 8 août 2024, il retourne sur le lieu du crime qu'il avait commis dix ans plus tôt et où son père habitait. Dans le même immeuble, il tue alors une retraitée âgée de 75 ans dans la cage d'escalier, alors même qu'il avait rendu visite à son père plusieurs fois sans attirer l'attention.

Selon Frank Urbaniok, il ne faut pas faire l'erreur de regarder ce cas avec les yeux d'aujourd'hui pour évaluer les responsabilités des UPK, en donnant plus d'importance, après coup, à certains aspects. Il s'agit de tenir compte des connaissances de la clinique et des autorités judiciaires avant le crime de 2024.

N'importe quelle autre clinique aurait probablement passé outre les éléments à présent montrés du doigt, estime le psychiatre. Et Andreas Werren de renchérir: «les UPK ont travaillé avec soin, il aurait été extrêmement difficile d'empêcher cette récidive.»

Ce cas était également insidieux, car l'auteur des faits n'a donné aucun signe laissant craindre un risque, au cours des dix années passées dans le secteur fermé de la clinique.

Ni erreur ni manquement

Il existe deux groupes de schizophrènes. Les uns prennent leur folie pour une réalité, notamment lorsqu'ils entendent des voix qui leur ordonnent de tuer une autre personne. Pour les autres, le «mécanisme délictueux» est peu clair, comme dans le cas présent.

Or, le principal intéressé a réussi à taire sa réalité parallèle, en dehors de la phrase en question, prononcée face aux enquêteurs en 2014, et des contenus de son journal intime avant 2014.

Les UPK n'ont donc commis ni erreur formelle ni manquements psychiatriques ou pénalement répréhensibles, concluent les deux auteurs du rapport, qui ont constaté, en revanche, des omissions difficilement évitables.

Le rapport ne recommande pas de renforcer le règlement en vigueur. Au contraire, multiplier la paperasse et augmenter la bureaucratie risquerait de renforcer un faux sentiment de sécurité, qui empêche de détecter les cas inhabituels comme celui-ci, met en garde Frank Urbaniok.

La récidive assassine du quartier du Nasenweg constitue un cas «isolé», très inhabituel pour un meurtrier schizophrène, souligne le psychiatre.

Pas de sanctions du canton

Face aux journalistes, le ministre bâlois de la santé Lukas Engelberger a exigé une analyse autocritique de ce cas par les UPK. Son département va vérifier s'il est exact que la clinique n'a pas recueilli le journal intime du patient, que sa mère souhaitait leur transmettre. Des mesures ou des sanctions du canton ne sont, cependant, pas à l'ordre du jour.

Il y a deux semaines, l'auteur des faits a été inculpé d'assassinat par le Ministère public de Bâle-Ville.