«Un véritable marketing du crime»Le bûcheron se faisait passer pour une femme afin de piéger des ados
ATS
24.3.2026 - 04:52
Le procès du jeune bûcheron accusé d'avoir piégé, en se faisant passer pour une femme, 42 adolescents qui lui ont envoyé des images intimes, et parfois de les avoir violés, touche à sa fin mardi avec les réquisitions et les plaidoiries des avocats.
L'accusé avait créé sur les réseaux sociaux le profil d'une certaine «Aurélie», jolie bûcheronne qui appâtait ses victimes en dévoilant des photos dénudées.
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Keystone-SDA
24.03.2026, 04:52
24.03.2026, 07:17
ATS
Dès le début de son procès le 9 mars devant la cour criminelle à Besançon, Théo Denner, 25 ans, a reconnu les faits, commis dans le Doubs entre 2018 et 2023. Il encourt 20 ans d'emprisonnement. Le verdict est attendu mercredi, au terme de trois semaines de débat.
En apprentissage de bûcheronnage dans un établissement agricole du nord du département, ce chasseur, raciste et homophobe, avait créé sur les réseaux sociaux le profil d'une certaine «Aurélie», jolie bûcheronne qui appâtait ses victimes en dévoilant des photos dénudées. Elle conversait avec les jeunes hommes de l'entourage scolaire, amical ou professionnel de Théo Denner pour obtenir d'eux des photos et vidéos intimes.
Cet avatar féminin leur ordonnait ensuite d'avoir des relations sexuelles avec Théo Denner, qu'elle disait être également victime de son chantage, avant de pouvoir la rencontrer ou sous peine de voir leurs images diffusées sur internet.
Parmi les 42 jeunes, âgés de 13 à 19 ans, recensés par les enquêteurs de la gendarmerie, essentiellement des hommes, six ont évoqué des viols, une dizaine des agressions sexuelles et les autres des faits de harcèlement sexuel ou encore d'atteinte à la vie privée.
Certains d'entre eux, «anéantis» par des atteintes sexuelles parfois subies pendant plusieurs mois, ont raconté à la barre leur calvaire.
«Structure perverse»
Trapu, avec un tatouage de sanglier sur le bras, l'accusé taiseux et peu expressif a confié sa difficulté à admettre son homosexualité au sein d'une famille d'homophobes.
«Approcher quelqu'un avec un profil de femme, c'était plus facile pour moi», a-t-il dit, assurant avoir été «dépassé par la situation». Ses avocats, Baptiste Monnot et Jules Briquet, qui plaideront mardi, ont souligné que leur client aurait lui-même été agressé sexuellement par un voisin de 17 ans quand il avait une dizaine d'années, pendant un an.
Le jeune homme au visage joufflu entouré d'une barbe châtain, décrit lundi comme «rustre et un peu limité» par une experte psychologue, prétend s'être «rendu compte» de la gravité des faits après son arrestation.
L'enquête avait débuté en 2021, lorsqu'un garçon de 17 ans avait dénoncé un viol de la part de Théo Denner, après avoir été piégé par la fausse Aurélie. Les autres victimes, tenaillées par la «honte», n'avaient jamais raconté les faits.
Dans le téléphone et l'ordinateur du suspect, les gendarmes découvraient alors une trentaine de dossiers nominatifs, contenant des photos et des vidéos intimes des victimes. Avec le personnage d'Aurélie, il a créé «un véritable marketing du crime» pour tromper les adolescents, a relevé Jean-Baptiste Euvrard, avocat de huit victimes et de leurs familles.
L'avocat général Jérémy Lhadi, qui requerra mardi, a esquissé pendant les débats le profil d'un «prédateur», d'un «manipulateur», qui aurait «trouvé une certaine jouissance» contraignant ses victimes à des rapports sexuels non consentis par le chantage, obtenant ainsi une position de «domination».
Selon un expert psychiatre entendu par la cour, le «stratagème» du profil d'Aurélie révèle une «structure perverse» et laisse craindre «un risque de récidive même après des soins». Il ne relève en revanche pas de troubles psychiatriques.