«Risque élevé de fuite» Bolsonaro aurait tenté de casser son bracelet électronique!

ATS

22.11.2025 - 18:49

L'ex-président brésilien Jair Bolsonaro, en résidence surveillée depuis plusieurs mois, a été placé samedi en détention provisoire. Un juge l'a accusé d'avoir tenté de casser son bracelet électronique en vue d'une évasion.

Jair Bolsonaro a été condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d'Etat (archives).
Jair Bolsonaro a été condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d'Etat (archives).
sda

Keystone-SDA

L'ancien chef d'Etat d'extrême droite (2019-2022) a été condamné en septembre à 27 ans de prison pour tentative de coup d'Etat visant à empêcher le retour au pouvoir de son rival de gauche, Luiz Inacio Lula da Silva, son tombeur à la présidentielle d'octobre 2022.

Conduit samedi dans les locaux de la Police fédérale à Brasilia, M. Bolsonaro, 70 ans, était assigné à résidence et sous surveillance électronique depuis août dans le cadre d'une enquête sur des soupçons de tentative d'obstruction à son procès.

Dans sa décision consultée par l'AFP, le puissant juge Alexandre de Moraes, en charge du dossier, explique qu'il s'agit d'une détention provisoire et non de l'exécution de sa peine.

Selon le magistrat, l'ancien chef de l'Etat a tenté samedi de «casser» son bracelet électronique dans l'espoir de fuir à la faveur d'une manifestation prévue en fin de journée par ses partisans près de son domicile dans la capitale. Il évoque un «risque élevé de fuite».

La veillée de prières convoquée sur les réseaux sociaux par l'un de ses fils, le sénateur Flavio Bolsonaro, ouvrait une «possibilité de tentative de fuite vers une des ambassades proches de sa résidence», estime le juge Moraes dans sa décision. Il souligne que l'ambassade des Etats-Unis se trouve non loin de chez lui.

M. Bolsonaro est un allié du président américain Donald Trump, qui a dénoncé une «chasse aux sorcières» contre lui et infligé en représailles une surtaxe punitive au Brésil, assortie de sanctions individuelles.

«Profondément affaibli»

L'ex-président, dont l'état de santé est délicat selon ses proches, a été conduit dans un complexe de la police où les détenus sont soumis à des examens médicaux avant d'être envoyés en prison, a indiqué une source proche du dossier.

Une autre source a envoyé à l'AFP une vidéo montrant la petite chambre dans laquelle il va être détenu pour le moment: elle est dotée d'un climatiseur, d'une télévision et d'un mini-frigidaire.

Dans un communiqué, la défense de M. Bolsonaro a exprimé sa «profonde perplexité», et averti que «son emprisonnement pourrait mettre sa vie en danger».

A proximité du siège de la police, quelques femmes sont venues avec une bouteille de vin pétillant pour saluer le placement en détention du leader conservateur. «Quelle joie, quel bonheur», exulte Ana Denise Sousa, 47 ans, professeure de philosophie. «Il va payer.»

Non loin, des sympathisants bolsonaristes se regroupent, brandissant des drapeaux brésiliens. «Tout ça c'est une persécution politique», s'indigne Alessandro Gonçalves de Almeida, chauffeur de VTC de 53 ans.

Dans un live sur YouTube, Flavio Bolsonaro s'en est directement pris au juge Moraes: «Si mon père meurt là-dedans, ce sera de ta faute», a-t-il lancé. Sur le réseau X, le gouverneur de droite de Sao Paulo, Tarcisio de Freitas, a dénoncé une «atteinte au principe de la dignité humaine».

Séquelles

La Cour suprême a formellement rejeté la semaine dernière l'appel interjeté par l'ancien président de sa condamnation. Mais sa défense a encore la possibilité d'appels supplémentaires jusqu'à lundi.

Vendredi, elle avait demandé qu'il reste chez lui pour purger sa peine – demande rejetée samedi au vu des derniers événements – en arguant de son état de santé «profondément affaibli».

L'ex-président souffre notamment des séquelles d'un coup de couteau reçu à l'abdomen en 2018, qui lui a valu plusieurs interventions chirurgicales. Il a été en outre diagnostiqué en septembre d'un cancer de la peau et est saisi fréquemment de violentes crises de hoquets, selon ses proches.

Détente avec Washington

La situation judiciaire de Jair Bolsonaro laisse son camp sans champion désigné pour la présidentielle de 2026, alors que Lula a déjà dit qu'il briguerait un quatrième mandat.

Autre bonne nouvelle pour le président de gauche: les relations entre Washington et Brasilia ont donné récemment des signes de détente, symbolisée par sa rencontre avec Donald Trump fin octobre en Malaisie.

Le gouvernement américain a annoncé jeudi qu'il allait lever les droits de douane élevés imposés sur un certain nombre de produits agricoles en provenance du Brésil.