Poutine, oligarques, filles russes...Ce que l’on sait des liens multiples et opaques entre Epstein et la Russie
Gregoire Galley
17.2.2026
Voyages, échanges de faveurs, contacts avec des jeunes mannequins, des hommes d'affaires, tentatives de rencontrer Vladimir Poutine: les derniers documents rendus publics par la justice américaine dans la tentaculaire affaire Jeffrey Epstein révèlent des liens multiples et opaques entre le criminel sexuel américain et la Russie. Voici ce que l'on sait sur les principaux éléments de ce volet russe.
Dans les années 2010, Jeffrey Epstein a multiplié les tentatives pour rencontrer Vladimir Poutine.
ats
Agence France-Presse
17.02.2026, 13:58
Gregoire Galley
Le fil rouge Poutine
Des documents consultés par l'AFP parmi les centaines de milliers révélés fin janvier par le ministère américain de la Justice font apparaître le nom de Vladimir Poutine à un millier de reprises dans les échanges de courriel.
Dans les années 2010, Jeffrey Epstein multiplie les tentatives pour rencontrer le président russe, sans qu'il soit possible de déterminer si celle-ci a finalement eu lieu, ni quand.
«Essayons d'organiser une rencontre avec Poutine», écrit-il ainsi en janvier 2014 dans un mail envoyé à l'ex-Premier ministre norvégien Thorbjørn Jagland, une demande qu'il renouvelle en 2015 et en 2018.
L'homme d'affaires suggère également de passer par des intermédiaires comme Sergueï Lavrov, chef de la diplomatie de Poutine, proposant en contrepartie de lui fournir des «informations».
S'ils témoignent des efforts répétés du financier pour se rapprocher du pouvoir russe, les documents ne permettent pas de dire s'il est parvenu à ses fins.
Le 3 février, le Kremlin a assuré, via son porte-parole Dmitri Peskov, ne pas avoir reçu de proposition de rencontre entre Poutine et Epstein, balayant les accusations de connexions avec les services secrets russes, tandis que le Premier ministre polonais Donald Tusk a annoncé que son pays allait enquêter sur ces éventuels liens.
Les documents contiennent de nombreuses références à des «Russian girls» (filles russes), souvent sous une forme anonymisée.
Ils suggèrent qu'Epstein a effectué plusieurs séjours en Russie notamment dans les années 2010: on y trouve par exemple un visa russe accordé en 2018, une photo non datée de l'homme d'affaires devant un hôtel en plein centre de Moscou, et une autre de son ancienne compagne Ghislaine Maxwell posant entre deux soldats russes.
Les billets d'avion étaient réservés à la fois pour Epstein et des jeunes femmes, y compris russes, présentées par des intermédiaires insistant souvent sur le fait qu'elles sont blondes et jeunes. Epstein semblait aussi compter sur de jeunes femmes russes de retour au pays pour lui trouver des «amies».
Les courriels suggèrent également qu'Epstein et ses recruteurs ont profité du désir de certaines jeunes femmes de quitter la Russie, ainsi que de leur situation précaire en matière de droit de séjour lorsqu'elles vivaient aux États-Unis.
Le milliardaire retrouvé mort dans sa cellule en 2019 ambitionnait d'amener en Russie des figures de la tech ou du monde politique américain, pour se rendre indispensable tant aux yeux de Moscou qu'à ceux des élites occidentales.
Parmi les interlocuteurs russes d'Epstein les plus en vue figure Sergueï Beliakov, ancien vice-ministre de l'Économie, diplômé de l'académie du FSB, les services secrets russes.
Ce haut fonctionnaire a été limogé en 2014 pour avoir critiqué publiquement le gouvernement et a poursuivi sa carrière au sein du comité d'organisation du Forum économique de Saint-Pétersbourg.
Dans plusieurs courriels, Beliakov sollicite l'aide d'Epstein pour faire venir des personnalités de premier plan à des forums d'affaires en Russie en 2014-2015, plusieurs années après la condamnation de l'Américain pour incitation à la prostitution de mineures.
Beliakov lui demande aussi des conseils pour contourner les sanctions occidentales imposées à la Russie après l'invasion de la Crimée ukrainienne. Epstein propose alors, en mai 2014, des «innovations d'origine russe: monnaies numériques, monnaies indexées sur le pétrole, contrats intelligents».
Des échanges mettent également en lumière des contacts réguliers entre Jeffrey Epstein et Vitali Tchourkine, ancien représentant de la Russie au Conseil de sécurité de l'ONU, mort en 2017 d'une crise cardiaque.
En août 2016, Tchourkine est notamment convié à un déjeuner organisé par Epstein réunissant l'ancien Premier ministre d'Israël Ehud Barak et Tom Barrack, aujourd'hui ambassadeur des États‑Unis en Turquie.
Contactés, ni Sergueï Beliakov, actuel président de l'association russe des fonds de pension non étatiques, ni le fils de Vitali Tchourkine - qui semble avoir bénéficié de l'aide du criminel sexuel pour décrocher un stage en 2016 - n'ont répondu aux sollicitations de l'AFP.
Archive sur l’affaire Epstein
Un entretien avec Epstein publié par la Justice américaine
Dans une vidéo de près de deux heures publiée par le ministère américain de la Justice avec les derniers documents liés à l'affaire Epstein, Steve Bannon demande au criminel sexuel Jeffrey Epstein s'il est "le diable en personne".