Catastrophe aérienne en Inde «C'était son dernier appel...» - L’horrible défilé des familles des victimes

Gregoire Galley

13.6.2025

Leur terrible défilé n'a pas cessé de la nuit. A la faculté de médecine d'Ahmedabad, dans le nord-ouest de l'Inde, les familles des victimes du crash du vol 171 d'Air India sont venues donner un échantillon d'ADN pour identifier leurs proches.

Agence France-Presse

Selon le dernier bilan officiel, au moins 265 personnes sont mortes lorsque le Boeing 787 de la compagnie indienne à destination de Londres s'est écrasé jeudi sur un quartier de la ville, quelques instants après son décollage.

Un seul de 242 passagers et membres d'équipage à bord a miraculeusement survécu, les autres sont décédés sur le site de la catastrophe, dans les immeubles percutés par l'appareil.

Parmi ceux qui se pressent dans la grande salle où s'affairent les médecins, écouvillon à la main, il y a Ashfaque Nanabawa, 40 ans. Son cousin avait pris place à bord de l'avion, avec sa femme et leur fille de 3 ans.

L'homme raconte lui avoir parlé juste avant le décollage fatal. «C'est lui qui nous a appelés. +Je suis dans l'avion, j'ai embarqué normalement, tout va bien+ nous a-t-il dit. C'était son dernier appel...» Autour de lui, une dizaine de médecins recueillent la salive de tous ceux qui sont sans nouvelle d'un proche depuis la catastrophe.

Dans la nuit, la police d'Ahmedabad a indiqué avoir extrait les corps de 265 victimes des débris du Boeing et des immeubles sur lesquels il est lourdement tombé, dont une résidence où vivaient des médecins hospitaliers avec leur famille. Les recherches étaient toujours en cours vendredi aux premières heures du jour.

Le ministre indien de l'Intérieur Amit Shah, qui s'est rendu sur le site et auprès des blessés hospitalisés, a assuré que «les tests d'identification ADN seront exécutés le plus rapidement possible». Le bilan final de la catastrophe «ne sera annoncé qu'une fois ces tests réalisés», a-t-il ajouté.

«Bouleversant»

«Nous avons même pris des échantillons ADN de bébés et de personnes âgées de plus de 80 ans. Je n'ai pas de mot pour décrire ça», lâche un médecin mobilisé, sans donner son nom car il n'est pas autorisé à parler à la presse.

«En tant que médecins, nous sommes censés être toujours préparés au pire», poursuit-il. «Mais c'est vraiment bouleversant. Les familles arrivent en pleurs, elles veulent des réponses».

Le bruit des réacteurs d'un avion qui vient de décoller non loin de là couvre sa voix. «Une personne est venue cette nuit pour nous donner un échantillon. Son enfant, sa femme et sa mère étaient à bord de l'avion qui s'est écrasé», continue le praticien, désemparé. «Qu'est-ce que voulez que je leur dise ?»

C'est au tour d'une femme de s'approcher de la plateforme. Au personnel médical qui l'accueille, elle dit que son beau-fils a été tué. «Ma fille ne sait toujours pas qu'il n'est plus», souffle-t-elle en séchant ses larmes. «Je suis incapable de le lui annoncer. Est-ce que quelqu'un pourrait m'aider à le faire, s'il vous plaît ?»

Parmi ceux qui patientent, il y a aussi tous ceux qui sont venus dans l'espoir d'obtenir une information sur le sort d'un proche. Premal Mehta, 39 ans, ne veut pas croire que son ami Mahesh Jeerawala fait partie des victimes. «J'ai fait tout ce que j'ai pu, mobilisé tous mes contacts, y compris politiques, pour tenter de le retrouver», confie-t-il. En vain pour l'instant. Dans tous les récits, c'est la même détresse.

Ismail Sheikh se souvient des bons moments qu'il a partagés ces derniers jours avec son ami venu de Londres rendre visite à sa famille en Inde. Il avait pris place à bord du vol d'Air India avec sa femme et leurs deux enfants. Inconsolable, l'homme se rappelle l'avoir accompagné à l'aéroport il y a 15 ans lorsqu'il est parti s'installer dans la capitale britannique, plein d'espoirs. «Et maintenant je suis là», sanglote-t-il, «c'est juste inimaginable».