Champignons mortelsElle empoisonne trois personnes – l’affaire passionne les amateurs de faits divers
Sven Ziegler/trad.
14.7.2025
En Australie, Erin Patterson a été condamnée pour un triple meurtre – mais son cas est depuis longtemps plus qu'un simple procès criminel. L'histoire de la présumée empoisonneuse est devenue un phénomène mondial de true crime.
Erin Patterson a toujours clamé son innocence – mais elle a été confondue à de nombreux mensonges au cours du procès. (photo d’archives)
James Ross/AAP Image/AP/dpa
Sven Ziegler/trad.
14.07.2025, 10:32
14.07.2025, 11:48
Sven Ziegler
Pas le temps? blue News résume pour toi
Erin Patterson a été condamnée en juillet 2025 pour un triple meurtre.
L'affaire a mobilisé une communauté internationale de true crime – des fans ont fait un pèlerinage à Morwell pour suivre le procès.
Les médias et la pop culture ont érigé l'accusée en sombre icône.
Quand, par un matin glacé, des gens en sacs de couchage et bonnets se rassemblent devant un tribunal australien, ce n’est pas un procès pour meurtre ordinaire. C’est l’affaire Erin Patterson — devenue depuis longtemps une obsession pop-culturelle.
L’Australienne de 51 ans a été reconnue coupable de triple meurtre la semaine dernière par un jury de Morwell. En 2023, elle aurait servi un bœuf Wellington aux champignons vénéneux lors d’un déjeuner avec ses beaux-parents et l’épouse d’un pasteur — un repas aux conséquences mortelles. Mais tandis que le tribunal pesait les preuves, une grande partie du public s’était déjà emparée d’une autre affaire: celle de la fascination pour l’accusée.
Avant même le procès, Patterson n’était pas inconnue dans le monde du true crime: membre active d’un groupe Facebook consacré à l’affaire Keli Lane, elle s’était taillé une réputation de «super sleuth», une enquêtrice amateur talentueuse sur Internet.
«Il y a quelque chose de Macbeth»
Les médias ont couvert l’affaire minute par minute, Netflix a acquis les droits pour une série documentaire, et les podcasteurs ont afflué dans la petite ville. Devant le tribunal de Morwell (État de Victoria), une file d’attente s’est formée chaque jour: des curieux, équipés de thermos et de carnets, espéraient décrocher une place dans la salle d’audience. À l’intérieur, les journalistes se disputaient six places réservées à la presse – à l’extérieur, on prenait des selfies devant des fresques murales représentant Patterson.
Qu’est-ce qui fascine autant le public? «Cela évoque Macbeth», a déclaré le psychologue légiste Tim Watson-Munro à la BBC. Une femme qui tue – peut-être – avec des champignons, dans un cadre bourgeois, au sein même de la famille. C’est cette alliance de l’intime et de l’horreur qui captive autant.
À cela s’ajoute la mise en scène médiatique: sur Google Maps, sa maison a été rebaptisée «Mushroom Restaurant». Sur TikTok, des théories du complot circulaient autour de prétendues élites impliquées en coulisses, tandis que les fans de true crime distribuaient des cartes de bingo du procès, avec des cases comme «images de vidéosurveillance» ou «intoxication alimentaire à l’hôpital».
Un engouement avec des zones d'ombre
Mais l'engouement a aussi son côté obscur. «Ce que nous voyons ici, c'est une perte de contrôle collective vis-à-vis d'une justice qui devrait travailler dans la sérénité», explique Brandy Cochrane, criminologue à l'université de Victoria, à la BBC. Les femmes en particulier seraient souvent doublement condamnées dans de tels procès – une fois par le tribunal et une fois par la société. «Si elle ne pleure pas, elle est glacée. Si elle pleure, elle joue la comédie», a déclaré Cochrane.
L’affaire rappelle à de nombreux Australiens le drame judiciaire de Lindy Chamberlain dans les années 1980 — cette mère condamnée à tort après que son bébé eut été emporté par un dingo. Là aussi, le verdict de l’opinion publique était tombé bien avant celui du tribunal.