Un «Spot» pour limiter les risquesChemsex: «On démarre à deux et on va se retrouver à 10 ou 15»
Valérie Passello
10.4.2025
«J'ai rencontré un mec qui pratiquait le chemsex et tout de suite ça a explosé», raconte Michel, qui fréquente le «Spot» de Montpellier, dans le sud-est de la France, un centre communautaire qui cherche à limiter les risques d'addiction voire mortels de ces rapports sexuels sous drogues.
Image du film «Chemsex 2014» - Basé sur la contraction de «chemicals» (produits chimiques) et «sex», le «chemsex» désigne la consommation de produits psychotropes pour intensifier et prolonger les rapports sexuels.
IMAGO/Capital Pictures
Agence France-Presse
10.04.2025, 10:08
Valérie Passello
Basé sur la contraction de «chemicals» (produits chimiques) et «sex», le «chemsex» désigne la consommation de produits psychotropes pour intensifier et prolonger les rapports sexuels.
Les «sessions», généralement dans des lieux privés, appartements ou maison, peuvent durer «jusqu'à sept jours sans dormir», explique Michel, qui fréquente encore «de temps en temps» ce genre de soirées où «l'on démarre à deux et, avec les applications de rencontre, on va se retrouver à 10 ou 15».
«Les quantités de produits, les modes de consommation... ça m'a terrorisé. Aujourd'hui, ma démarche, c'est d'arrêter», poursuit ce quinquagénaire bien intégré professionnellement, qui préfère ne pas dévoiler son identité.
L'AFP l'a rencontré au Spot, centre de santé sexuelle communautaire destiné principalement aux LGBTQ fondé par l'association Aides, pionnière en France de la lutte contre le VIH, qui en gère également à Paris, ainsi qu'à Marseille, Nice et Toulouse, dans le sud du pays.
Overdoses mortelles, fait divers...
Parmi les 1.200 HSH (homme ayant des relations sexuelles avec un homme) suivis à Montpellier, «environ 280 pratiquent le chemsex» et se voient proposer un suivi particulier, explique le coordinateur du centre, Vincent Péchenot.
Ce public aux nombreuses «vulnérabilités» peut y participer, deux fois par mois, à des groupes de parole «chemsex», l'un des volets d'un «parcours de santé» défini en concertation avec des «animateurs communautaires» ayant eu un parcours semblable et ensuite formés par Aides.
Cinq overdoses dont trois mortelles dans l'agglomération de Bordeaux (sud-ouest) au printemps 2024, ainsi qu'un fait-divers tragique causé l'année précédente par un artiste célèbre, ont contribué à faire sortir de l'ombre la pratique du chemsex.
Après trois jours à consommer des drogues sans dormir, l'humoriste Pierre Palmade avait ainsi provoqué en février 2023 un accident de la route, faisant trois blessés graves dont une femme enceinte qui avait perdu son enfant à naître. Ce drame avait déclenché une tempête médiatique en France. L'artiste déchu a depuis été condamné à cinq ans de prison dont deux ferme.
«Bascule»
Un rapport de 2022 remis au ministère de la Santé estimait que la pratique du chemsex concernait entre 100.000 et 200.000 personnes a minima en France. Le ministre Yannick Neuder a récemment annoncé qu'il présenterait en septembre un «plan chemsex 2025».
Le premier confinement lié au Covid a été un moment de «bascule», explique à l'AFP Hélène Donnadieu, responsable du service addictologie du CHU de Montpellier, qui tient une permanence au Spot une fois par semaine. «Avec la fermeture des lieux de rencontre comme les bars, les gens se sont tournés vers les lieux privés, avec l'aide d'applications de rencontre géolocalisée». Depuis, la pratique s'est «diffusée et aggravée».
Les substances consommées, en particulier le GHB, le GBL (NDLR: un nettoyant automobile en vente libre que l'organisme dégrade en GHB) et la kétamine, aux effets hallucinogènes, «délient la parole et augmentent le désir sexuel», raconte Michel. «Une fois qu'on commence, on perd la notion du temps. Des gens capables d'arrêter avant d'avoir épuisé (la quantité de produits), je n'en connais pas».
Or, à fortes doses, GHB et GBL peuvent entraîner des convulsions, une perte de conscience et une dépression respiratoire, avec un risque de décès. Quant à la kétamine, si elle provoque une ivresse à faible dose, elle entraîne des hallucinations et une «sensation de perte de l'unité psychique et physique à forte dose», selon l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives.
Si certains vivent le chemsex de manière «récréative», d'autres rencontrent des «troubles de plus en plus sévères», souligne Hélène Donnadieu.
«La descente peut s'accompagner d'état dépressif, de délire, de crises suicidaires, tandis que sur le plan social, le chemsex peut entraîner perte d'emploi et isolement social», confirme la médecin, spécialisée dans le chemsex depuis 20 ans.