Divisions, retrouvailles, pardons... Chez les Le Pen, de «Famille je vous hais» à «Famille je vous aime»

AFP

13.6.2024

Le rapprochement de Marion Maréchal avec le Rassemblement national de sa tante Marine Le Pen, deux ans et demi après lui avoir préféré Eric Zemmour lors de la présidentielle, apparaît comme l'énième chapitre de la saga familiale Le Pen, inébranlable dépositaire de l'extrême droite française depuis quarante ans.

Marine le Pen et Marion Maréchal en 2016.
Marine le Pen et Marion Maréchal en 2016.
KEYSTONE

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13.6.2024

Une main tendue dès dimanche soir, une entrevue avec Jordan Bardella et Marine Le Pen lundi matin puis, après un flottement de vingt-quatre heures, la réunion de la famille: Marion Maréchal, dont le patronyme était composé du nom «Le Pen» jusqu'en 2018, a appelé mercredi à «soutenir dans toutes les circonscriptions les candidats uniques de la coalition des droites» menée par le RN.

Au passage, elle rompt avec fracas avec Eric Zemmour. «Elle rejoint le camp familial, elle est pour le regroupement familial», ironise-t-il amèrement, évoquant un «record du monde de la trahison».

Certes, Marion Maréchal n'est «pas en train de retourner au RN», a-t-elle précisé. Qu'importe: sa position est «courageuse», s'est empressé de commenter Marine Le Pen, dans une forme d'absolution des errements passés de l'enfant prodigue.

En janvier 2022, la même apparaissait les yeux embués à la télévision pour réagir au divorce politique d'avec sa nièce, «brutal», «violent». «Je l'ai élevée avec ma sœur pendant les premières années de sa vie», assurait-elle.

Violents déchirements familiaux, privés et politiques

Depuis plus de quarante ans que Jean-Marie Le Pen a ressuscité l'extrême droite française, son entreprise politique, d'abord baptisée Front national avant d'être renommée Rassemblement national, est indissociable de sa famille.

Dès le milieu des années 80, le patriarche met en selle une future héritière, Marie-Caroline Le Pen, candidate FN à presque tous les scrutins dans les Hauts-de-Seine. La fillette sur l'affiche de campagne en 1992? Marion Maréchal, trois ans, petite-fille de Jean-Marie.

Jean-Marie Le Pen menacé d'inéligibilité aux européennes de 1999? Il propose que sa seconde épouse, Jany Le Pen, prenne le relais - elle y renoncera finalement.

Mais le «clan Le Pen» est aussi traversé par de violents déchirements familiaux, parfois politiques, parfois privés, souvent les deux, et toujours publicisés.

C'est Pierrette Le Pen, la première épouse, qui quitte discrètement le domicile familial à la fin des années 80 avant de faire la une de Playboy quelques semaines plus tard, à peine vêtue d'une tenue de soubrette.

C'est Marie-Caroline Le Pen, et son mari Philippe Olivier, qui rejoignent le «félon» Bruno Mégret dans sa tentative de déloger Jean-Marie Le Pen de la tête du FN.

C'est encore Marine Le Pen qui exclut son père de sa «présidence d'honneur» du Front national.

Et c'est déjà Marion Maréchal qui, en 2017, nargue l'autorité de son grand-père, en refusant de concourir à nouveau aux législatives, avant l'épisode du ralliement à Zemmour quelques années plus tard.

Zemmour? «En 2022, Jean-Marie Le Pen a voté pour lui, pas pour sa fille», assure un fidèle de Montretout, du nom du manoir qui domine une cossue banlieue ouest parisienne, à la fois domicile, bureau et QG où les filles Le Pen ont grandi, où les victoires politiques ont été fêtées, les défaites oubliées. Là où toutes les intrigues se sont inlassablement jouées et déjouées.

Happy ends

A toutes ces tragédies grecques, les Le Pen ont toujours pris soin d'écrire des happy ends, dûment mis en scène.

Pierrette est revenue quinze ans plus tard vivre à Montretout, Marie-Caroline est une cheville ouvrière des campagnes électorales de sa sœur, laquelle est conseillée par Philippe Olivier.

Anniversaires, baptêmes, mariages, veillées de Noël, parfois enterrements ont chaque fois été l'occasion de retrouvailles et de pardons. Les réconciliations politiques ont suivi.

Marion Maréchal et Jean-Marie Le Pen lors de la cérémonie d'enterrement du cofondateur du Front National, Roger Holeindre.
Marion Maréchal et Jean-Marie Le Pen lors de la cérémonie d'enterrement du cofondateur du Front National, Roger Holeindre.
IMAGO/ABACAPRESS

Si, de l'avis général, Jean-Marie Le Pen n'a jamais voulu le pouvoir en lui préférant le rôle du dynamiteur de la vie politique française, la possibilité que le Rassemblement national gouverne dans un mois, une première depuis l'après-guerre, ressoude plus que jamais les liens du sang.

Il y a quinze jours, encore tête de liste zemmouriste, Marion Maréchal n'avait d'ailleurs pas hésité: Marine Le Pen et Eric Zemmour sont sur un bateau qui coule, qui sauver en premier? «La famille d'abord ».

En cas de victoire aux législatives, ça n'est pourtant pas un Le Pen qui est pressenti pour siéger à Matignon, mais Jordan Bardella - un temps lié personnellement au clan pour avoir été en couple avec la fille de Marie-Caroline Le Pen et Philippe Olivier, dont il est aujourd'hui séparé.

«Je crois que Marine Le Pen le considère comme un fils adoptif», assure un proche. Comme pour (se) rassurer qu'il ne sera pas condamné à être un jour renié.