Drame de Crans-Montana L'éclairage de Gonzague Vouilloz, le bâtonnier valaisan

ATS

10.5.2026 - 11:54

Président de l'Ordre des avocats valaisans, Gonzague Vouilloz suit de près l'affaire du drame de Crans-Montana, bien qu'il ne soit pas partie à la procédure. L'ancien vice-président du Conseil de la magistrature fait le point sur le dossier.

Bâtonnier des avocats valaisans, Gonzague Vouilloz s'exprime sur les enjeux de la procédure en cours sur l'affaire du drame de Crans-Montana.
Bâtonnier des avocats valaisans, Gonzague Vouilloz s'exprime sur les enjeux de la procédure en cours sur l'affaire du drame de Crans-Montana.
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Keystone-SDA

Keystone-ATS: au début de l'affaire, le Ministère public et la Police cantonale avaient proposé une courte liste d'avocats afin d'éviter que leur nombre ne prolifère (99 actuellement). Cela avait provoqué un tollé. Dans ce genre d'affaire XXL, ne devrait-on pas privilégier des plaintes collectives?

Gonzague Vouilloz: je pense qu'il est très compliqué pour un avocat de représenter un nombre important de victimes, celles-ci ayant des intérêts différents. En limitant le nombre d'avocats, on aboutirait à une restriction du droit des victimes.

Dans cette affaire, les fuites se multiplient...

G. V.: avec mes collègues de l'Ordre genevois et vaudois, nous sommes intervenus d'une manière sobre et sommaire, en rappelant aux avocats leur devoir de réserve. Le message, me semble-t-il, a été entendu. Au niveau de l'autorité de surveillance, un avocat qui multiplie les fuites, encourt une sanction pouvant prendre la forme dans les cas extrêmes d'une suspension, voire la radiation. Au niveau de l'association de l'Ordre des avocats, il risque un blâme, une amende voire une exclusion de l'association.

Il y a aussi certains conflits entre avocats qui ont débouché sur des plaintes pénales.

G.V.: leur nombre de conflits est faible (4-5 par an en moyenne) en Valais, mais ceux-ci ne devraient pas exister. Mon rôle de bâtonnier est de mener des conciliations dans ce genre de cas, si besoin, et de rappeler la réserve adéquate à observer entre confrères. Ce processus fonctionne bien.

Pour certains avocats, cette affaire, c'est le procès du siècle.

G.V.: ceci rend nécessaire un respect plus strict encore des règles de déontologie et notamment du devoir de réserve de l'avocat pour éviter la tendance inévitable au jugement populaire. Ceci est d'autant plus vrai pour les contacts que peut avoir un avocat avec la presse.

Les tensions entre le gouvernement italien et la Suisse risquent-elles d'avoir une influence sur la procédure actuelle?

G.V.: j'espère qu'elles n'auront aucune conséquence. Il est important que l'instruction de cette affaire par la justice suisse s'exerce dans le respect le plus strict des règles de procédure avec la sérénité nécessaire. Le suivi actuel de la procédure nous confirme qu'elle en prend le chemin.

La crainte, c'est tout de même de voir l'affaire s'enliser à cause d'avocats qui vont multiplier les procédures et les incidents.

G.V.: les parties civiles n'ont pas toutes les mêmes objectifs. Cela varie selon les personnes concernées. Toutefois, dans l'intérêt de toutes les parties civiles, la procédure doit pouvoir aller de l'avant. Je doute qu'il y ait véritablement matière à multiplier les recours qui feront obstacle durablement à l'instruction. Je constate aussi une telle volonté de l'institution judiciaire à avancer avec détermination.

Des moyens supplémentaires ont été attribués à la justice valaisanne en lien avec cette affaire. Le commandant de la Police cantonale estime, lui aussi, manquer de ressources pour gérer ce dossier et les affaires courantes.

G.V.: pour l'instant, la justice et la police parviennent à fonctionner. Par contre, j'entends les propos du commandant Gisler qui relève un certain épuisement de ses troupes et sa volonté de les soulager... Cette situation m'interpelle, sans qu'elle ne m'étonne vraiment. On ne doit cependant pas modifier les règles de manière fondamentale lorsque l'on est confronté à un événement exceptionnel. Celui-ci permettra sans doute à tous les organes de décisions de réfléchir à certaines adaptations nécessaires sans chamboulement particulier.

Depuis le 1er janvier, vous n'êtes intervenu publiquement qu'une fois, lorsque des parents et proches s'en sont pris verbalement aux Moretti, en marge d'une audience.

G.V.: les Ordres des avocats genevois, valaisan et vaudois ont ressenti, à cette occasion, la nécessité d'agir en commun. Ce qui s'est passé était assimilable à des actes de violence à l'encontre des avocats, des prévenus et des tiers. Nous avons alors communiqué à nos membres de respecter leur devoir de réserve pour éviter une certaine forme d'escalade. La hantise de tout professionnel du droit devrait être le procès de la foule.

Le Tribunal fédéral (TF) va devoir se prononcer sur la nomination d'un procureur général extraordinaire.

G.V.: une telle nomination serait perçue comme une défaillance de la justice valaisanne par le grand public. Cela serait regrettable. Pour ma part, je considérerais une telle décision du TF comme une opinion parmi d'autres. Elle me semblerait contraire au fédéralisme suisse.

La procédure va coûter plusieurs dizaines de millions de francs. Certains condamnés devront payer une partie du coût total, mais ne pourront pas tout régler...

G.V.: cette affaire est exceptionnelle et engendrera des coûts exceptionnels. C'est le prix à payer pour une justice qui fonctionne, également dans les affaires hors normes. Si on ne devait pas donner les moyens de rendre justice dans ce genre de procès, on priverait de leurs droits une partie des personnes concernées. Mais oui, une partie des coûts sera à la charge de l'Etat du Valais et donc du contribuable.

Ne faudrait-il pas trouver des solutions pour restreindre le droit des parties civiles à avoir accès aux auditions des victimes pour éviter des auditions sans fin?

G.V.: une partie qui souhaite participer aux auditions doit pouvoir le faire. Le fait que cette affaire soit exceptionnelle n'y change rien. Agir différemment constituerait une démission dans l'exercice de la justice quant au respect des droits fondamentaux.