Crash d'un F/A-18 en France voisine: pilote suisse face aux juges

ga, ats

9.12.2020 - 18:44

Le capitaine Patrick Daehler, pilote, photographie juste apres l'atterissage de son FA18, a l'aeroport militaire de Sion ce vendredi 18 mai 2001. (KEYSTONE/Andree-Noelle Pot)
Image d'illustration
Source: KEYSTONE/Andree-Noelle Pot

Un pilote des Forces aériennes suisses comparaît depuis mercredi devant le Tribunal militaire 2 à Aarau. Son F/A-18 s'est écrasé en 2015 dans le Jura français. L'accusation lui reproche de s'être montré négligent sur plusieurs points face aux règles de service et d'avoir abusé du matériel par négligence, voire de l'avoir dilapidé.

Premier lieutenant d'état-major, l'accusé âgé de 43 ans a actionné son siège éjectable en plein vol, le 14 octobre 2015, lors d'un exercice militaire. Il a ainsi échappé au crash incontrôlé du F/A-18 qu'il pilotait et s'en est sorti avec de légères blessures.

L'appareil a chuté dans un champ en jachère, à une soixantaine de mètres d'une exploitation agricole à Glamondans, une commune française proche de la frontière suisse. L'avion a été entièrement détruit. Les dégâts se montent à 55 millions de francs, selon l'acte d'accusation.

Décrochage d'un réacteur

Le pilote incriminé s'était envolé depuis l'aérodrome militaire de Payerne (VD) en tant que chef de mission accompagné de deux avions de type Tigers F-5, partis depuis Sierre (VS) dans le cadre d'un exercice de combat aérien. Dans la dernière phase de l'exercice, le réacteur gauche de son F/A-18 a subi un décrochage, soit une perte de portance.

L'avion a alors commencé à tournoyer sur lui-même. Il a perdu rapidement de l'altitude. Le pilote n'ayant pas pu le restabiliser, il a actionné son siège éjectable.

«Le courage de sauver sa vie»

Dans leurs témoignages, les pilotes des deux Tigers ont déclaré mercredi que l'entraînement s'était déroulé «de manière entièrement conforme» à ce qui était prévu. Ils ont précisé qu'une telle mission devait permettre d'épuiser les possibilités aéronautiques sans violer les règlements.

Peu avant le crash, l'avion de l'accusé a disparu dans le brouillard, a ajouté le plus jeune des deux témoins. Selon lui, il était «évident que quelque chose n'allait pas». Et de commenter: «Je ne sais pas si j'aurais eu assez de courage pour actionner le siège éjectable pour sauver ma vie.»

Experts compréhensifs

Devant le tribunal, les auteurs d'une expertise technique ont évoqué les détails liés au décrochage subi par le F/A-18. Il s'agissait d'une «situation de stress élevé» pour le pilote, a souligné l'expert en chef.

En cas de problème, un pilote est parfois amené à violer le règlement, a rappelé un autre expert. Toutes les réactions possibles de l'appareil ne sont pas mentionnées dans les manuels de l'avion de combat. La réaction du prévenu est donc «absolument compréhensible», conclut un autre spécialiste interrogé par la Cour. «Nous avons perdu plusieurs pilotes qui n'avaient malheureusement pas activé leur siège éjectable», a fait remarquer l'expert en chef.

Mesures pas ou mal appliquées

L'accusation reproche au pilote de F/A-18 n'a pas respecté les directives en cas de vol à altitude minimale dans l'espace d'exercice du combat à vue, compte tenu des conditions météorologiques. L'accusé aurait aussi violé le devoir de précaution en appliquant de manière erronée les mesures immédiates prescrites après le décrochage du réacteur, voire en omettant de les appliquer. Cette attitude a finalement mené au crash, selon l'accusation.

Le procès du pilote se déroule sur trois jours. Le jugement est attendu pour vendredi. D'ici là, le prévenu bénéficier de la présomption d'innocence.

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