Derniers écrits déchirants Déclaré mort 76 ans après sa disparition: le mystère éternel d'un explorateur

Valérie Passello

18.3.2026

Durant des décennies, ses aventures, sa mystérieuse disparition dans la jungle et l'absence de corps ont alimenté les fantasmes. Soixante-seize ans après sa disparition, l'explorateur Raymond Maufrais a été officiellement déclaré mort mercredi par le tribunal judiciaire de Cayenne, en Guyane française.

(ARCHIVES) Cette photographie non datée, reçue le 15 juillet 1952, montre l'explorateur français Raymond Maufrais posant avec des Indiens du Mato Grosso dans un lieu non précisé au Brésil. L'explorateur français Raymond Maufrais, disparu en janvier 1950 lors d'une expédition dans la jungle guyanaise et dont le corps n'a jamais été retrouvé, a été officiellement déclaré mort le 18 mars 2026 par le tribunal de Cayenne, soixante-seize ans après sa disparition. (Photo : INTERCONTINENTALE / AFP)
(ARCHIVES) Cette photographie non datée, reçue le 15 juillet 1952, montre l'explorateur français Raymond Maufrais posant avec des Indiens du Mato Grosso dans un lieu non précisé au Brésil. L'explorateur français Raymond Maufrais, disparu en janvier 1950 lors d'une expédition dans la jungle guyanaise et dont le corps n'a jamais été retrouvé, a été officiellement déclaré mort le 18 mars 2026 par le tribunal de Cayenne, soixante-seize ans après sa disparition. (Photo : INTERCONTINENTALE / AFP)
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Agence France-Presse

«Il aurait 99 ans aujourd'hui, ça laisse peu de place au doute», a déclaré la présidente du tribunal, Naïma Sajie, avant de prononcer «la mort de Raymond Maufrais au 13 janvier 1950», dernière date inscrite dans les carnets de route de l'explorateur français retrouvés quelques mois après sa disparition, et plus tard adaptés en livre.

Né le 1er octobre 1926 à Toulon dans le sud de la France, résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, Raymond Maufrais était d'abord parti en 1946 au Mato Grosso brésilien, pénétrant dans un territoire alors très difficile d'accès.

«Il décrit dans ses dernières pages le moment où, à bout de forces, il doit abattre et manger son chien»

Cette expédition lui vaut de passer à la radio française dès 1949. Il compare ce qu'il a vécu aux films qu'il pouvait voir «lorsque (il était) très jeune, les films de cow-boys, d'aventure, de Far West, (...) l'aventure», selon des archives exhumées par la radio France Culture.

En janvier 1950, le jeune homme tente de rallier le Brésil en traversant seul le centre de la Guyane. Après être parti du littoral et avoir remonté la rivière Mana, il rejoint Maripasoula (ouest) à pied à travers la forêt, avant de disparaître en se dirigeant vers l'est.

Dans ses carnets, retrouvés en avril 1950 dans un abri de fortune par un habitant de Camopi, commune de l'est du territoire peuplée majoritairement par les communautés autochtones Wayãpi et Teko, il décrit dans ses dernières pages la faim et la maladie qui le tenaillent et le moment où, à bout de forces, il doit abattre et manger son chien.

Dès 1950, les autorités et les connaisseurs de la forêt guyanaise s'accordent sur une issue fatale.

Portée symbolique

«Raymond Maufrais n'a pu survivre et tous l'ont considéré comme mort, soit noyé, soit de faim et de faiblesse sur une berge», son corps dévoré par des poissons carnivores, des caïmans ou des charognards, selon la requête transmise au tribunal par Geoffroi Crunelle, président de l'Association des amis d'Edgar et Raymond Maufrais (AAERM), et citée par France-Guyane.

Son père Edgar a consacré une dizaine d'années à le rechercher à travers la Guyane, le Brésil et le Suriname, recueillant des témoignages jusqu'en 1964, année où lui-même échappe de peu à la même fin que son fils.

«Dans le mystère de la forêt amazonienne, nous avons perdu un écrivain et un explorateur»

En 76 ans, personne ne s'était penché sur la déclaration de décès de Raymond Maufrais, ses parents n'ayant jamais accepté la mort probable de leur fils unique et lui-même n'ayant pas eu de descendance.

Les droits d'auteur de ses ouvrages, publiés après sa mort, n'ont jamais été réclamés. C'est l'AAERM qui a finalement saisi la justice. Son président en a eu l'idée lors d'un voyage à Camopi en 2025.

«Je discute avec le maire et au cours de la conversation, il ressort que la mort de Raymond Maufrais n'a jamais été officiellement reconnue. En cherchant, je me suis aperçu que n'importe qui pouvait initier cette démarche», explique-t-il.

La justice s'est appuyée sur l'article 88 du Code civil, qui permet de déclarer officiellement décédé tout Français «disparu dans des circonstances de nature à mettre sa vie en danger lorsque son corps n'a pu être retrouvé».

La portée de cette déclaration tardive de décès est toutefois essentiellement symbolique: l'acte de naissance de Raymond Maufrais à Toulon devrait être complété avec la date du décès, de même que le registre communal de Camopi, commune où il est officiellement décédé.

«Son histoire émeut toujours»

Largement oubliée en France métropolitaine, même si les ouvrages de Raymond Maufrais sont toujours édités, l'aventure de Raymond Maufrais est toujours vivace en Guyane où des passionnés cherchent régulièrement à rejoindre son dernier campement connu, à Dégrad Claude, en pleine jungle.

«Son histoire émeut toujours, le mystère qui entoure sa disparition y est pour beaucoup», a raconté à l'audience Monika Borowitch, relais local de l'association, en évoquant les nombreuses oeuvres et documentaires autour de Raymond Maufrais et la quête de son père.

«Dans le mystère de la forêt amazonienne, nous avons perdu un écrivain et un explorateur», a conclu la présidente du tribunal, Naïma Sajie.

Ses aventures ont inspiré plusieurs livres et un film, «La vie pure», sorti en 2015.