Du fond de ces jardins, 100'000 fleurs vous contemplent 

Valérie Passello

27.4.2021

Le château de Vullierens ouvre ses portes au public le 1er mai. Au coeur de ce domaine de 100 hectares, les iris sont rois. Mais de nombreuses autres fleurs et plantes y sont cultivées, dans pas moins de neuf jardins à thème, où l'art de la Nature et celui des hommes se mêlent harmonieusement. Reportage.     

Valérie Passello

27.4.2021

Une forte odeur de chocolat flotte dans l'air. Deux employées du château de Vullierens s'activent à tapisser les plates-bandes avec des coquilles de fèves de cacao. Ce matériau nourrit la terre, afin que les massifs de rhododendrons ne manquent de rien.  

Dans ce domaine niché au coeur de la campagne vaudoise, c'est l'effervescence. Tout doit être prêt pour l'ouverture. Celle des jardins au public, le 1er mai. Et celle des fleurs, évidemment. 

Les stars incontestées, ici, ce sont les iris. Les amateurs viennent de loin pour les admirer, mais aussi pour commander les variétés qu'ils planteront plus tard dans leur jardin. Particularité: certaines espèces refleurissent en automne.

Mais au fil des ans, d'autres belles plantes sont arrivées à Vullierens, les lys-hémérocalles, les roses, les narcisses, les lupins, les jacinthes... il y a des nouveautés chaque année. Pas moins de quatre jardiniers sont fidèles au poste pour entretenir, enrichir et embellir cet écrin de verdure. Au total, douze personnes travaillent au domaine, sans compter les aides ponctuelles.

Doreen Bovet, celle par qui tout a commencé

La directrice Sophie Bertorelli évolue dans les allées, égrenant de joli noms fleuris avec aisance. On comprend immédiatement qu'elle connaît l'endroit comme sa poche, de la plus petite plante aux plus grandes sculptures, en passant par l'histoire du lieu et de la famille à la tête du domaine depuis plus de 700 ans. 

«Ici, c'est le jardin principal, celui de Doreen, la mère du propriétaire actuel. Chaque jardin à thème a sa petite histoire», indique la directrice. Le «jardin de Muni», par exemple, a été baptisé ainsi en mémoire d'un petit Yorkshire auquel le châtelain était très attaché. Aux visiteurs de percer les secrets du «Royaume du Roi Lézard», des jardins de Daria et de Dorianne, de «L'ombre du lapin», ou encore de «La forêt enchantée».

Le château de Vullierens en chiffres

  • Environ 110'000 fleurs 
  • 398 variétés d'iris
  • 24'000 rhizomes d’iris en fleurs en mai et juin
  • 13'500 rhizomes de lys-hémérocalles en fleurs en juin et juillet
  • 400 mètres d'allée cavalière
  • 80 oeuvres de sculpteurs locaux et internationaux
  • 40'000 bouteilles de vins issues des 6 hectares de vignes

Dans les années cinquante, Doreen Bovet, américaine d'origine, plante ses premiers iris à Vullierens. Elle en ramène de ses voyages, se passionne pour cette fleur aussi flamboyante que délicate. «Au bout de quelques années, Doreen a décidé d'ouvrir les jardins au public dans le but de générer du chiffre pour entretenir le patrimoine familial. C'est toujours le cas aujourd'hui», poursuit Sophie Bertorelli. 

Nez à nez avec un lion!

Notre guide du jour pointe un long chemin qui s'engouffre dans les bois: «C'est l'allée cavalière, explique-t-elle. Elle reliait à l'époque le château de Vullierens à celui de St-Saphorin-sur-Morges, ce qui permettait aux châtelains de se rendre visite.» Aujourd'hui, l'allée mène les promeneurs dans un monde enchanté, un lieu «qui plaît particulièrement aux familles», poursuit la directrice, notamment parce que des activités créatives en lien avec la nature y sont proposées aux enfants. 

Quelques pas plus loin sur le gravier blanc de l'allée cavalière, se produit une rencontre inattendue: nous voilà nez à nez avec un lion! D'autres le suivent de loin. Fort heureusement, les bêtes sont de bronze. Cette année, le sculpteur italien Davide Rivalta a carte blanche au domaine. 23 animaux plus vrais que nature sont disséminés un peu partout. 

Ils côtoient d'autres oeuvres, comme ces banquiers à tête de chat qui semblent fort tourmentés, ce lit de marbre un peu inquiétant posé sous la fenêtre du propriétaire, ou encore cet empilement géant de galets argentés, où viendront bientôt se refléter des myriades de roses.   

On passe ainsi de l'art subtile de la nature, entre deux pétales, à l'art monumental des sculptures. Sans négliger l'art de la table, puisque «le vin issu du domaine peut se déguster en terrasse, accompagné de produits du terroir», précise encore Sophie Bertorelli, après un passage dans la partie médiévale de la bâtisse, où «un frigo d'époque» a traversé le temps. Autour de ce château, c'est bien l'art de vivre qui se décline sous toutes ses formes.