Maigres retraites en Russie«Je ne suis pas allée dans un magasin depuis trois ans»
ATS
7.2.2026 - 07:49
Des assiettes s'entrechoquent, de la vapeur s'échappe de grandes marmites et de la musique se mêle aux conversations animées de retraités russes penchés sur leurs bols. Ils profitent d'un repas gratuit dans une soupe populaire de Saint-Pétersbourg.
Pour de nombreux retraités, jongler avec les dépenses mensuelles est devenu de plus en plus difficile. (image d'illustration/archives)
AFP
Keystone-SDA
07.02.2026, 07:49
07.02.2026, 08:19
ATS
Si l'ambiance est joyeuse, la foule présente témoigne des difficultés financières qui touchent un nombre croissant de personnes âgées en Russie, qui ont du mal à joindre les deux bouts alors que l'économie de guerre commence à montrer des signes d'essoufflement.
Nina, une ingénieure à la retraite de 77 ans, explique qu'elle ne peut plus aller au supermarché et qu'elle prend désormais son déjeuner et son dîner à la soupe populaire, car elle n'a plus les moyens de faire ses courses.
«Je ne suis pas allée dans un magasin depuis trois ans parce que je n'ai pas d'argent. Cela ne sert à rien d'y aller», explique-t-elle à l'AFP, la voix résolue.
Le coût de la vie en Russie, en particulier dans les grandes villes, a explosé au cours des quatre années qui ont suivi le lancement par Moscou de son offensive à grande échelle en Ukraine, en 2022.
Hausses des prix de 45%
Les dépenses militaires colossales ont permis à la Russie de déjouer les prévisions annonçant son effondrement économique, mais elles ont fait grimper l'inflation, un casse-tête pour le Kremlin qui s'est fixé pour objectif de protéger les citoyens des conséquences de la guerre.
Selon les données officielles, les prix ont augmenté de près de 45% depuis le lancement de l'offensive russe, après avoir déjà grimpé en flèche, comme dans de nombreux autres pays, après la pandémie de Covid-19.
Si l'inflation a récemment ralenti, grâce aux taux d'intérêt très élevés maintenus par la banque centrale russe, les retraités rencontrés par l'AFP dans la deuxième ville du pays rapportent que leur situation reste désastreuse.
Zinaïda, une ancienne pédiatre de 77 ans, explique que sa pension de retraite s'élève à 26'400 roubles (environ 290 euros) mensuels. «Au cours des deux ou trois dernières années, nous avons vu les prix des denrées alimentaires augmenter», constate-t-elle, attribuant pour sa part cette hausse à l'augmentation de la TVA, passée de 20 à 22% cette année.
«Presque plus rien»
Pour de nombreux retraités comme Zinaïda, jongler avec les dépenses mensuelles est devenu de plus en plus difficile. «A notre âge, tout le monde a toute une série de maladies», mais les médicaments sont «très chers», poursuit-elle. «On a juste assez pour payer les factures et les médicaments. Il ne reste presque plus rien pour autre chose».
Ce sentiment est partagé par Anna, 66 ans, qui, malgré une carrière de chirurgienne, dit avoir du mal à régler ses factures depuis qu'elle est à la retraite. «Quand vous allez à la pharmacie, vous commencez à vous demander si vous pourrez acheter quelque chose pour le déjeuner», témoigne-t-elle.
La banque centrale russe prévoit que l'inflation annuelle ne reviendra à l'objectif de 4% fixé par Moscou qu'en 2027. Ce n'est là qu'un des indicateurs de la détérioration de l'économie russe, alors que la guerre en Ukraine s'apprête à entrer dans sa cinquième année.
La croissance a fortement ralenti pour atteindre 1% en 2025, a admis le président russe Vladimir Poutine en début de semaine, contre 4,3% l'année précédente.
Néanmoins, pour Tatiana, ancienne comptable, «il est normal que les choses deviennent plus chères». «Nous sommes en guerre, et nos pauvres garçons sont là-bas. Que Dieu leur accorde à tous une bonne santé», dit-elle.