Rapport controversé L'audioviuel public aurait «perdu le contact avec les attentes des Français»

ATS

5.5.2026 - 10:42

Manque de neutralité et de contrôle, conflits d'intérêts, coûts trop importants: l'audiovisuel public français est en «crise» et ne répond plus aux attentes des gens, juge dans son rapport publié mardi le député UDR Charles Alloncle, immédiatement accusé de vouloir l'affaiblir, voire le privatiser.

Le présentateur de télévision et producteur audiovisuel français Nagui s'exprime lors d'une audition de la commission d'enquête parlementaire sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public français à l'Assemblée nationale, à Paris, le 1er avril 2026. (Photo : Anne-Christine POUJOULAT / AFP)
Le présentateur de télévision et producteur audiovisuel français Nagui s'exprime lors d'une audition de la commission d'enquête parlementaire sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public français à l'Assemblée nationale, à Paris, le 1er avril 2026. (Photo : Anne-Christine POUJOULAT / AFP)
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Keystone-SDA

Au bout de près de six mois de travaux parlementaires émaillés de nombreux incidents et polémiques, les 551 pages du rapport de la commission d'enquête sur la «neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public», ont été mises en ligne tôt mardi matin sur le site de l'Assemblée nationale.

«Disons-le clairement: ce rapport passe malheureusement à côté de l'essentiel. C'est une occasion manquée», a taclé sur X le premier ministre Sébastien Lecornu. Les travaux avaient été lancés à la demande de l'UDR, le petit parti d'Eric Ciotti, allié du Rassemblement National (RN) qui réclame la privatisation de l'audiovisuel public.

«Nous sommes tous des enfants de l'audiovisuel public français», dit le rapport de Charles Alloncle, qui énumère une longue liste de programmes emblématiques, de «Thalassa» à «Fort Boyard», en passant par «La carte au trésor», «Taratata», ou «L'heure de vérité».

Mais à ses yeux, le secteur dont les piliers sont France Télévisions et Radio France, est aujourd'hui en «crise» financière et administrative. Et il aurait «(perdu) le contact avec les attentes des Français», écrit Charles Alloncle.

Plus d'un milliard d'économies

Le parlementaire pointe des exemples illustrant selon lui des «biais militants», «une hostilité ciblée et assumée» à l'égard du RN chez certaines figures de la télé ou de la radio publiques, ou «l'humour érigé en expression militante».

Il dresse aussi un constat financier sombre et la «nécessité de réaliser des économies structurelles». Parmi les «dysfonctionnements», «le plus grave est sans équivoque le désengagement des autorités de tutelle et de contrôle, lequel a permis les dérives de ce service public». Il vise par là l'État et la Cour des comptes.

A travers 69 recommandations, il préconise plus d'un milliard d'euros d'économies sur les quatre milliards que reçoit l'audiovisuel public de l'Etat pour faire fonctionner France Télévisions, Radio France et France Médias Monde (France 24, RFI).

Cela passerait notamment par la suppression de la chaîne jeunesse France 4, la fusion de France 2 et France 5, où sont diffusés magazines et documentaires, ou encore celle de franceinfo et France 24 ainsi que celle des réseaux télé et radio France 3 Régions et ICI.

«Perte immense pour le savoir»

«Tout ça pour en arriver là? (...) à un texte qui prétend renforcer l'audiovisuel public en proposant son affaiblissement historique», a immédiatement réagi sur X la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte-Cunci.

«Supprimer des chaînes, ce n'est pas simplement réorganiser une grille. C'est retirer du paysage audiovisuel français des milliers d'heures de programmes», a-t-elle dénoncé, redoutant une «perte immense pour le savoir» si France 5 disparaissait.

Dès l'adoption – de justesse – du rapport la semaine dernière, le président du RN Jordan Bardella a réaffirmé la promesse de «privatisation», dont la mise en application serait très complexe aux yeux d'experts, si son parti arrive au pouvoir.