La colère agricole monte à nouveau en France où la stratégie du gouvernement face à la dermatose nodulaire contagieuse, une maladie bovine traitée par l'abattage de bétail, est contestée par une partie des éleveurs.
Ajoutant à un mécontentement agricole aux ressorts multiples, les actions se sont multipliées cette semaine: rassemblements devant les préfectures, «feux de la colère» dans la Marne, cercueil déposé devant le ministère et résistance contre les abattages.
Dans la nuit de jeudi à vendredi, de nombreux déchets ont été déversés devant des bâtiments administratifs à Agen (sud-ouest). Et vendredi, des gendarmes entouraient toujours une ferme de l'Ariège, après son blocage depuis deux jours par des manifestants opposés à l'euthanasie de 207 vaches en raison d'un foyer de dermatose nodulaire.
La stratégie de l'Etat face à cette épizootie apparue fin juin en Savoie passe mal et divise les syndicats agricoles français. Début décembre, les forces de l'ordre ont dû utiliser des gaz lacrymogènes pour évacuer des manifestants venus tenter d'empêcher l'abattage de 83 vaches vaccinées dans une exploitation du Doubs.
A cette maladie, s'ajoute la grippe aviaire qui sévit toujours: les autorités ont annoncé vendredi un nouveau foyer dans les Landes, principal producteur français de canards gras et réputé pour ses volailles.
Mais aussi, la signature prochaine de l'accord entre l'Union européenne et le Mercosur et la réforme de la politique agricole commune (PAC) qui attisent les craintes et le ressentiment dans le pays, première puissance agricole européenne. Une marche est prévue le 18 décembre à Bruxelles, capitale européenne où jusqu'à «10'000 manifestants» sont attendus dont beaucoup de Français.
«Concurrence déloyale»
«Depuis des années, nous alertons: l'agriculture française est à bout, prise en étau entre des normes toujours plus nombreuses et une concurrence étrangère déloyale (...) Et qu'a fait le gouvernement? Rien», accusent des représentants de la Coordination rurale, 2ème syndicat agricole, à Agen.
«L'État ne veut plus entendre les paysans. L'État persiste à les ignorer, à appliquer des politiques mortifères qui détruisent les fermes, les vies, et les territoires», reproche de son côté la Confédération paysanne, 3ème syndicat agricole français. Vendredi il a appelé «à se mobiliser et à organiser des blocages partout en France pour en finir avec cette folie». Et a exigé «l'arrêt de l'abattage total».
L'exaspération est telle que presque tous les syndicats agricoles ont boycotté lundi le discours de la ministre de l'Agriculture Annie Genevard pour le lancement d'un cycle de conférences sur la souveraineté alimentaire. Même le premier syndicat agricole, la FNSEA a dénoncé une «opération de communication».
Plusieurs fleurons de la production agricole française, du blé aux vignes, traversent une crise inédite. La France doit importer toujours plus au point d'entrevoir un déficit commercial en 2025 pour la première fois depuis 50 ans.
Or, le vote des 27 sur l'accord UE-Mercosur, dénoncé par tous les syndicats agricoles, approche et il devrait faciliter l'entrée d'importations de boeuf, volaille, sucre, miel etc, en contrepartie d'exportations facilitées de voitures, machines, vins, etc. La Commission européenne vise un feu vert avant le 20 décembre et une adoption au Parlement début 2026.
Les agriculteurs dénoncent une concurrence déloyale du fait de normes moins exigeantes en Amérique latine et une déstabilisation à venir des filières européennes déjà fragiles.
Les propositions de la Commission européenne concernant la PAC ajoutent au malaise: non seulement le prochain budget (2028-34) pourrait être réduit de 20% mais il pourrait être «dilué» dans un grand fonds.
La France redoute une coupe particulièrement douloureuse pour ses agriculteurs, premiers bénéficiaires de la PAC avec environ 9 milliards d'euros d'aides par an, soit les deux tiers de leurs revenus. Ces subventions sont un amortisseur vital pour de nombreuses exploitations fragilisées depuis la guerre en Ukraine.