Son patient refuse l'hospitalisationUn médecin accusé d'homicide par négligence: «Je ne pouvais pas le forcer»
ATS
3.7.2025 - 09:46
Le médecin, jugé jeudi à Neuchâtel pour homicide par négligence par le Tribunal régional du Littoral et du Val-de-Travers (NE), ne comprend toujours pas la cause du décès de son patient, qui n'a d'ailleurs pas pu être établie par l'autopsie. Le prévenu estime que ce dernier avait refusé d'être hospitalisé «en pleine conscience».
Le médecin, jugé pour homicide par négligence, estime que la prise de sang n'avait rien révélé d'alarmant (photo symbolique).
ATS
Keystone-SDA
03.07.2025, 09:46
03.07.2025, 13:32
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«Je ne pouvais pas le forcer comme médecin. Je devais respecter sa volonté car il avait pleinement son discernement», a déclaré le prévenu, actuellement âgé de 69 ans et qui officie toujours comme praticien. L'accusé, très touché par cette procédure, s'est déclaré triste pour la famille de la victime et affecté dans sa sérénité professionnelle.
Le patient, âgé de 41 ans, est décédé à son domicile quelques jours après la visite du médecin, soit entre le 23 et le 25 août 2020, selon l'acte d'accusation. La victime, qui avait un traitement lourd car elle souffrait notamment de schizophrénie, était aussi suivie par le Centre neuchâtelois de psychiatrie (CNP). Le patient se plaignait de faiblesse, de fatigue, d'une perte d'appétit et de vertiges.
Selon le médecin, aussi bien l'examen clinique à son domicile que la prise de sang n'ont rien révélé d'alarmant au niveau infectieux ou inflammatoire. L'accusé a fixé une nouvelle consultation, une nouvelle prise de sang et des examens complémentaires la semaine suivante. Il lui a aussi prescrit du potassium.
Attitude du CNP mise en cause
L'avocat de la défense, Georges Schaller, s'en est pris aux experts médicaux qui ont «fait preuve de grande subjectivité». Il reconnaît que son client, totalement paniqué par la procédure, a accumulé les maladresses et n'a pas transmis depuis le début le dossier médical complet aux experts.
L'avocat s'étonne que ces derniers ne mentionnent aucun mot sur «l'attitude du CNP». Les soignants de l'établissement n'ont pas répondu aux mails du médecin qui demandait de s'assurer que le lourd traitement psychiatrique n'affectait pas l'état actuel du patient et qui demandait aussi qu'une équipe psychiatrique se rende sur place. «Le CNP était désorganisé lors du Covid», a ajouté le prévenu.
L'avocat a expliqué que l'autopsie n'a pas pu établir la cause du décès. «Il n'y a donc pas de lien de causalité adéquate entre une éventuelle violation des règles de la médecine, que l'on conteste par ailleurs, et le décès».
Les infractions reprochées au prévenu, soit l'homicide par négligence ou par extension la mise en danger de la vie ou de la santé d'autrui, ne sont pas constituées, a ajouté l'avocat qui a plaidé l'acquittement de son client.
Pas de placement pour raisons somatiques
Selon l'acte d'accusation, «les résultats de laboratoire étaient suggestifs d'une pathologie digestive aiguë potentiellement grave, telle qu'une pancréatite ou un ulcère digestif. Le risque de décès était élevé, au vu de ses comorbidités connues. Le médecin aurait dû organiser une hospitalisation, même contre la volonté du patient, au vu des antécédents psychiatriques de ce dernier, au besoin sous forme d'un placement à des fins d'assistance (PFA) à l'hôpital».
L'avocat de la défense a rétorqué que le patient avait toute sa tête lors de la consultation à domicile et qu'il s'était opposé formellement à toute hospitalisation. «Je n'ai pas connaissance de PFA pour des raisons somatiques», a-t-il précisé.
Le Ministère public, qui a renoncé à être cité lors de l'audience, a requis une peine de 50 jours-amende contre le médecin. Le verdict sera rendu le 24 juillet à 14h.