Il y a 25 ans, l'horreur dans le Vercors

dg, ats

17.12.2020 - 10:10

Le 22 décembre 1995, les corps calcinés de seize personnes étaient découverts dans une forêt du Vercors.  C'était là le troisième épisode d'un transit vers l'étoile Sirius des "élus" de l'Ordre du temple solaire, à peine plus d'un an après les drames de Cheiry et Salvan, en Suisse romande, ainsi qu'au Québec.

Der Hauptraum des unterirdischen Tempels des Sonnentemplerordens in Cheiry (FR), in dem am 6. Oktober 1994 23 Leichen gefunden wurden. Die Aufnahme enstand am selben Tag. Im ganzen wurden in dem Bauernhaus 48 teils verkohlte Leichen gefunden. Bei manchen war Drogeneinfluss nachweisbar, andere wiesen Kopfschuesse auf. (KEYSTONE/Ruben Sprich)
Image d'archive d'une salle du temple de l'OTS découverte à Cheiry, un an avant le drame du Vercors
KEYSTONE

Il y a 25 ans, dans une petite clairière du Vercors située dans le sud-est de la France, 14 membres de la secte de l'Ordre du temple solaire (OTS) sont retrouvés morts. Drogués après avoir ingéré des médicaments, ils sont disposés en cercle, les pieds tournés vers l'intérieur et la tête couverte d'un sac plastique, selon les conclusions de l'enquête de la gendarmerie française.

Deux chefs de l'OTS, munis chacun d'un pistolet, les tuent l'un après l'autre d'une balle dans la tête et d'une autre dans le thorax.

Les deux responsables déposent ensuite du bois sur le corps des victimes, versent de l'essence et allument. Ils se placent sur le brasier et se suicident en se tirant une balle dans la tête avec deux autres pistolets trouvés sur les lieux.

Pas de commémoration prévue

L'enquête conclura qu'il n'y a pas eu d'intervention de commando extérieur au groupe. Parmi les victimes, trois enfants de deux couples d'adeptes.

Les 500 habitants de Saint-Pierre-de-Chérennes (Isère), commune sur laquelle s'est joué le drame, ne tiennent pas à raviver les mémoires 25 ans plus tard même si aucune des victimes n'était du coin. "Il n'y a pas d'événement public de commémoration ou d'information prévu", indique à Keystone-ATS la secrétaire de mairie.

Et de préciser que la tuerie a eu lieu loin du village, à plus de 12 km de distance et 400 mètres plus haut, dans la zone reculée dite du «Trou de l'Enfer».

Deux drames romands

L'affaire macabre du Vercors fait suite au double drame de l'OTS en Suisse romande, survenu l'année précédente. Dans la nuit du 4 au 5 octobre 1994, 23 cadavres sont découverts dans une ferme en feu du village de Cheiry (FR), dans la Broye. Au même moment, un chalet en feu à Salvan (VS), sur les hauteurs de Vernayaz, livre 25 cadavres.

Dans le premier cas, les victimes ont été étouffées ou criblées de balles alors que dans le second, elles sont mortes empoisonnées et carbonisées, après avoir absorbé des médicaments dérivés du curare.

Et la série noire ne s'arrête pas là: le lendemain, cinq cadavres calcinés sont retrouvés dans un chalet à une heure de Montréal.

Rapidement, l'enquête met un nom sur le dénominateur commun de ces tueries: l'Ordre du temple solaire. Une secte apocalyptique dont les membres semblent s'être volontairement donné la mort pour atteindre une autre dimension. Les deux fondateurs de la secte, Luc Jouret et Joseph di Mambro, ont péri à Salvan avec leurs adeptes.

«Transit vers Sirius» de 74 personnes

Leur disparition n'a pas empêché les drames de se poursuivre. D'abord la tuerie dans le Vercors, puis la découverte en mars 1997 de cinq autres cadavres calcinés au Canada, tous liés à la secte. Au total, l'ensemble des suicides collectifs a causé le décès de 74 personnes en Suisse, en France et au Canada en deux ans et demi.

Les adeptes de l'Ordre du temple solaire pensaient en mourant débuter un «transit vers Sirius», une étoile lointaine. Ils étaient persuadés qu'ils avaient une mission à remplir, la Terre après avoir successivement vécu le règne minéral, végétal, animal et humain, se dirigeant vers «l'ère du Verseau, règne spirituel et divin».

Les conférences du naturopathe belge Luc Jouret ont séduit dans les années 1980 des personnes ouvertes à l'ésotérisme mais craignant l'apocalypse. Avec Jo di Mambro, un escroc notoire, M. Jouret a mis en place les structures d'une communauté. En 1989, la secte de l'OTS comptait 442 membres, français, suisses et canadiens pour la plupart.

Manque de fonds

Le mouvement présentait l'image d'une communauté d'hommes et de femmes proches de la terre, de la nature, vivant dans le bonheur. Mais derrière la façade se cachait une réalité plus obscure. Les deux gourous faisaient croire à un cercle d'initiés qu'ils appartenaient à une élite pouvant survivre à l'apocalypse.

Le cocktail mystico-ésotérico-religieux servi par Jo di Mambro à grand renforts d'effets spéciaux suffisait pour rassembler la plupart des adeptes, jusqu'à la condamnation au Canada de membres de la secte pour détention illégale d'armes. Certains pourvoyeurs de fonds se sont retirés, l'argent a commencé à manquer. Les gourous ont alors préparé l'adieu à ce monde, le «transit vers Sirius».

Pas de condamnation

Le drame du Vercors est lié à plusieurs personnalités françaises et franco-suisses. Un procès en France a visé l'organisateur présumé de la tuerie, qui avait rédigé une partie de la doctrine de la secte. L'enquête a montré qu'il animait des cérémonies truquées où il interprétait de faux messages des «maîtres cosmiques».

En 2006, le parquet général a abandonné implicitement l'accusation contre cet homme poursuivi pour «association de malfaiteurs», estimant qu'il n'était pas un membre important de l'OTS. Peu après, il a été innocenté et relaxé en appel par le tribunal de Grenoble.

Les tragédies de 1994 à Cheiry et Salvan n'ont guère eu de suites en Suisse sur le plan judiciaire ou législatif. Le Conseil fédéral n'a pas jugé nécessaire de définir une politique en matière de sectes. Après le drame du Vercors, la France s'est en revanche dotée d'une loi qui renforce la prévention et la répression contre les sectes portant atteinte aux droits de l'homme et aux libertés fondamentales.

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