Que lui est-il arrivé ?Il y a 7 ans, une Française se volatilisait au Japon - Sa famille ne renonce pas
Valérie Passello
21.6.2025
A l'approche du septième anniversaire de la disparition au Japon de Tiphaine Véron, une Française volatilisée mystérieusement lors d'un séjour touristique, sa famille poursuit avec obstination ses efforts et ses propres investigations pour la retrouver.
La police recherche Tiphaine Véron, une touriste française disparue dans la ville de Nikko, dans la préfecture de Tochigi, dans l'est du Japon, le long de la rivière Daiya, le 21 août 2018. La famille reproche à la police japonaise d'avoir consacré peu de moyens aux investigations, estimant que des témoins ont été délaissés et que la piste criminelle n'a pas été sérieusement explorée.(archives)
imago/Kyodo News
Agence France-Presse
21.06.2025, 09:08
21.06.2025, 09:17
Valérie Passello
Cette assistante scolaire, vivant à Poitiers (centre-ouest) et passionnée de culture nippone, a été vue pour la dernière fois le 29 juillet 2018 alors qu'elle était en visite dans la cité touristique de Nikko, à 150 km au nord de Tokyo.
Le passeport et les affaires de la jeune femme, alors âgée de 36 ans, ont été retrouvés dans sa chambre d'hôtel.
L'enquête de la police locale n'a pas donné de résultats probants et, malgré les nombreux déplacements de son frère Damien au Japon (sept au total), la famille de Tiphaine Véron n'est jamais parvenue à savoir ce qui lui était arrivé.
La police de Nikko a toujours privilégié la piste accidentelle, mais ses proches jugent cette hypothèse peu crédible. La famille reproche à la police japonaise d'avoir consacré peu de moyens aux investigations, estimant que des témoins ont été délaissés et que la piste criminelle n'a pas été sérieusement explorée.
Elle s'interroge notamment sur le rôle du gérant de l'hôtel où a séjourné Tiphaine. Celui-ci n'a été auditionné qu'en qualité de témoin dans le cadre de l'enquête.
«Nos chances s'amenuisent»
En France, l'affaire est suivie depuis 2023 par le pôle «cold cases» du tribunal judiciaire de Nanterre, en région parisienne, qui s'intéresse aux crimes sériels ou non élucidés.
Une commission rogatoire internationale est en cours et la juge d'instruction Sabine Khéris, en charge du dossier, espère pouvoir prochainement se déplacer au Japon pour enquêter sur la disparition de Tiphaine Véron.
«Nos chances s'amenuisent de la retrouver à mesure que le temps passe», reconnaît Me Jessica Finelle, l'avocate de la famille Véron, aux côtés de Me François Zimeray. «Nous demandons aux autorités japonaises de prendre toute la mesure de l'urgence à coopérer pleinement avec le pôle cold cases du tribunal de Nanterre», implore le conseil.
Dans une lettre à Emmanuel Macron datée du 12 juin, la maire de Poitiers et deux députés de la région ont exhorté le président français à intervenir. «Sans une initiative forte de votre part, ce combat risque de rester sans issue», alertent les élus.
Le comité des disparitions forcées des Nations unies a lui récemment saisi le gouvernement japonais d'une demande d'action urgente, lui intimant de mener une enquête pour identifier les auteurs de la disparition. Dans l'attente de nouveaux éléments, la famille de Tiphaine Véron continue tant bien que mal ses investigations.
Deuil impossible
En France, cette traque sans relâche a été récemment racontée dans un nouveau documentaire, «L'Air mouillé», réalisé par une amie d'enfance de Tiphaine Véron, Cécile Juan. Elle y filme le voyage de Damien et Sibylle Véron au Japon à l'automne 2022 sur les traces de leur sœur.
Le documentaire, diffusé par la plateforme SaNoSi, montre les moyens mis en œuvre par Damien Véron pour grappiller le moindre indice: exploration des lieux où sa sœur aurait pu se rendre, distribution d'avis de recherche aux passants, expertise d'un ancien policier... et même recours à des médiums. «Même si tu n'y crois pas, même si tu sais que c'est complètement irrationnel, tu y vas», raconte Cécile Juan.
Au Japon, elle a aussi été confrontée à l'immobilisme et l'opacité des autorités japonaises. «Lors d'une première réunion avec la police, ils nous ont interrogés pour savoir où on allait se rendre, ce qu'on allait faire... C'était le monde à l'envers», s'offusque la réalisatrice.
«On a dû être diplomates, enquêteurs, mais on a mis de côté notre statut de victimes», déplore Damien Véron pour qui le deuil est impossible tant qu'il ne saura pas si sa sœur est vivante ou morte.
Damien Véron, qui a fondé en 2024 une association pour la recherche des Français disparus à l'étranger (ANTRED), a prévu un huitième voyage à Nikko cet été. A cette occasion, il lancera un appel à témoins en japonais. Une statue de Tiphaine doit également être inaugurée dans la cité nippone.