«Vous n'avez pas commis de faute» Incendie à Glacier 3000: la restauratrice acquittée

ATS

11.11.2025 - 17:36

La restauratrice accusée d'incendie par négligence au restaurant Botta à Glacier 3000 aux Diablerets (VD) en 2022 a été acquittée. Mardi, lors de la lecture du verdict, la justice a estimé qu'elle n'avait pas manqué à ses devoirs de prudence et que le doute subsistant quant à la cause exacte du sinistre devait profiter à l'accusée.

Situé à l'arrivée du téléphérique de Glacier 3000, le restaurant Botta a été largement détruit durant la nuit du 18 au 19 septembre 2022 (archives).
Situé à l'arrivée du téléphérique de Glacier 3000, le restaurant Botta a été largement détruit durant la nuit du 18 au 19 septembre 2022 (archives).
sda

Keystone-SDA

Le Ministère public avait requis 30 jours-amendes à 50 francs avec sursis à l'encontre de la restauratrice. Il estimait qu'elle n'avait pas dûment formé son personnel à la manipulation de dix nouveaux réchauds à fondue et qu'en conséquence, un employé avait empilé un réchaud doté d'un réservoir en plastique sur un autre réchaud non éteint, causant l'incendie. Pourtant, la lecture du mode d'emploi, mettant en garde contre ce risque, aurait permis d'éviter la catastrophe.

Le Tribunal d'arrondissement de l'Est vaudois à Vevey n'a toutefois pas retenu ces arguments. «Vous n'avez pas commis de faute, vous n'avez pas à répondre d'un incendie, vous êtes libérée de l'infraction d'incendie par négligence», a déclaré la présidente à l'adresse de la restauratrice, visiblement soulagée.

Devoir dûment respecté

«Le Tribunal retient que deux causes possibles subsistent» pour le sinistre, a poursuivi la présidente. «Les experts n'ont pas pu conclure que seul l'empilage des réchauds a mené à l'incendie (...) et n'ont pas pu exclure un dysfonctionnement électrique», a-t-elle ajouté. «La cause de l'incendie n'ayant pas pu être établie, le doute profite à l'accusée», a-t-elle tranché.

Par ailleurs, même s'il était établi que l'allumage de réchauds avait causé l'incendie, «on ne saurait considérer que la prévenue a commis une violation des règles de prudence fautive», a ajouté la présidente. La restauratrice avait en effet «dûment prévu dans le cadre du protocole fondue» que le personnel devait éteindre les réchauds avant de les empiler, a-t-elle souligné, précisant que le fabricant des réchauds avait lui-même admis que l'empilage de réchauds éteints était possible.

Retrait des parties civiles

«L'omission reprochée n'est pas imputable à faute et n'a pas de lien de causalité avec l'incendie». En outre, la présidente a estimé qu'il n'était pas établi que la prévenue avait pu constater que le nouveau modèle de réchaud nécessitait une attention particulière.

La présidente a encore annoncé que les assurances Vaudoise et Axa, qui s'étaient constituées parties civiles, avaient annoncé leur retrait. Elle a en outre précisé que les frais de justice avaient été portés à la charge de l'Etat et que la restauratrice recevrait une indemnité de 19'285 francs pour les dépenses occasionnées.

«Verdict juste»

La désormais ex-prévenue ne souhaitait pas faire de déclaration après la lecture du jugement. Son avocat, Me Nicolas Gillard, s'en est chargé. «C'est un verdict juste, d'acquittement, qui libère ma cliente de toute faute quant à ses actes», a-t-il déclaré à la presse. «C'est un grand soulagement pour ma cliente qui peut désormais voir son avenir professionnel avec clarté».

L'avocat a rappelé que sa mandante avait été «très soutenue par Glacier 3000, qui lui a conservé sa confiance, même lorsque cette dernière a été mise en prévention». La restauratrice avait toutefois démissionné au printemps dernier, trop éprouvée par les incertitudes liées à la procédure. «Ma cliente peut à nouveau se sentir légitime pour ce qu'elle sait faire», s'est-il réjoui.

Le directeur de Glacier 3000, Bernhard Tschannen, a lui-même assisté au procès et à la lecture du verdict. Il a souligné que les dernières années n'avaient «pas été simples» pour son ancienne collaboratrice. «Elle est très heureuse que justice ait été rendue», a-t-il déclaré mardi.

Possible appel

Le procureur a de son côté fait part à la presse de son désaccord avec le jugement. Il a indiqué qu'il déposerait une annonce d'appel.

Pour rappel, l'incendie s'était déclaré dans la nuit du 18 au 19 septembre 2022. Une première alarme feu avait retenti vers 19h15, mais le système de détection d'incendie n'était pas relié à l'extérieur. C'est seulement vers 04h30 le lendemain que les pompiers avaient été alertés.

Nouveau dispositif incendie

En raison de l'inaccessibilité des lieux et de l'ampleur prise par les flammes, l'incendie n'avait pu être maîtrisé qu'environ 23h après la première alarme. Le self-service du 3e étage, le restaurant du 4e et la machinerie des ascenseurs avaient été totalement ravagés par les flammes. Le téléphérique était toutefois resté intact et aucun employé ne se trouvait sur place.

Le nouveau restaurant Botta a été inauguré il y a presque un an jour pour jour, le 14 novembre 2024. Il bénéficie d'un nouveau dispositif en matière de sécurité incendie avec un système d'extinction du feu à l'aide de brumisateurs. Le système d'alarme incendie est désormais relié aux pompiers.