Infanticide de Vuadens

Le Ministère public requiert la prison à vie

lp, ats

30.3.2022 - 17:23

Le procès de l'homicide d'une fillette de deux ans et demi à Vuadens (FR) s'achève sur des avis tranchés. Le Ministère public requiert la prison à vie pour assassinat contre la prévenue de 27 ans, alors que la défense plaide l'acquittement. Verdict le 13 avril.

Le drame à huis clos de Vuadens (FR) connaîtra son épilogue le 13 avril: le ministère public a requis la prison à vie contre la prévenue, alors que la défense a plaidé l'acquittement (archives).
ATS

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30.3.2022 - 17:23

Le drame à huis clos a été jugé depuis lundi devant le Tribunal pénal de la Gruyère. Le 11 novembre 2018, le corps sans vie de la petite fille a été découvert à 10h30 par le père à son domicile, où il accueillait son enfant le week-end dans le cadre du droit de garde qu’il exerçait depuis 2017 et sa séparation d'avec la mère.

Prévenue d'assassinat, subsidiairement de meurtre, la nouvelle compagne du père, détenue depuis près de trois ans et demi, était seule dans la maison avec la fillette de 22h00 à 3h15. Elle a continué de nier les faits en répondant avec détachement aux questions de la présidente Frédérique Bütikofer Repond.

Culpabilité lourde

Ses protestations d’innocence ont sonné comme une mise en accusation du père. Une attitude fustigée mercredi par le procureur général adjoint Raphaël Bourquin dans son réquisitoire, au terme duquel il a demandé la prison à vie, en invoquant une «culpabilité lourde», avec des motifs futiles, si ce n'est une enfant qui entravait ses plans.

Raphaël Bourquin a déploré l'absence d'aveux dans une affaire «abominable». «L'accusée n'avait aucune affinité avec une fillette qu'elle détestait». Les vacances de l'été 2018, passées à trois avec son compagnon et sa fille, ont mené l'enfant à ne plus vouloir aller chez son papa, malgré la confiance placée en lui par la mère.

Le procureur ne croit pas au sommeil profond revendiqué par la prévenue, entre 23h00 et 3h00. Elle a ainsi par deux fois manipulé son téléphone mobile, sans compter une élévation de l'appareil enregistrée à 0h58, correspondant à ses yeux à une montée dans la chambre de la petite. «Tout a rapidement convergé vers la compagne», a-t-il affirmé.

Notant ses contradictions et mensonges, Raphaël Bourquin a encore décrit l'accusée comme «sympathique selon son entourage, mais fermée et faisant toujours la gueule, sûre d'elle et manquant d'empathie, capable de péter les plombs». Il a repris sa volonté de ne pas être la belle-mère, même si elle donnait des conseils éducatifs.

Acquittement

La défense a tenu une plaidoirie offensive en demandant l'acquittement. L'avocat Christian Delaloye a parlé d'une instruction «incomplète», à partir de laquelle il est impossible de rendre la justice. S'adressant aux juges, il leur a rappelé qu'"en cas de doute on acquitte», en mentionnant un dossier «boursouflé».

Christian Delaloye a dénoncé une communication excessive avec la presse, en regrettant qu'après l'arrestation de l'accusée le 22 novembre 2018, les avis étaient arrêtés sur sa culpabilité, avec une «instruction à charge». Selon lui, la détention de la jeune femme a influencé les personnes interrogées.

Le procureur a écarté toute culpabilité du père, malgré la requête de sa mise en prévention par la défense après le crime. Par son attitude d'homme effondré, confirmée par sa mise sur écoute, celui-ci aurait dû être un «acteur» hors pair pour jouer de telles réactions. «Le père était un papa poule», a-t-il indiqué.

La prévenue a déposé son ADN sur le pull de la fillette en montant dans la chambre pour la tuer, alors que le père l'a fait en découvrant le corps. «L'ADN n'est pas une preuve absolue», a dit Raphaël Bourquin, pour qui celle du téléphone «colle parfaitement», sachant que la compagne ne montait jamais dans la pièce.

Parties plaignantes

Les avocates des parties plaignantes, mère et père, ont soutenu la qualification d'assassinat. Isabelle Théron et Marlène Jacquey ont dénoncé la volonté de l'accusée faire croire à un accident. Elles ont décrit la «violence extrême» d'un décès survenu par une asphyxie mécanique, probablement à l'aide des mains.

Sans oublier la relation sexuelle «sordide» consentie au père à sa rentrée à 3h15, alors que le corps de la petite gisait dans sa chambre.

Selon les médecins légistes, la fillette présentait 30 zones d'impact, dont 22 lésions à la tête. Mais aucune n'était mortelle à elle seule. L’autopsie a révélé de multiples traumatismes: tête, cou, tronc et membres, oedème cérébral, fracture à la base du crâne et signes d’étouffement.

Christian Delaloye a pour sa part invoqué le liquide séminal au dos du pyjama de la petite fille, alors qu'elle reposait sur le dos et que le père a toujours prétendu ne l'avoir pas touchée en la découvrant. «Mettez un terme à l'erreur», a clamé le défenseur. «Il existe un doute insurmontable», a conclu son confrère David Aïoutz.

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