Affaire Dutroux

L'affaire qui a ébranlé la Belgique

ATS

12.8.2021 - 09:33

Il y a 25 ans, le 15 août 1996, la Belgique découvrait le visage de celui qui allait devenir l'homme le plus détesté du pays. Par leurs révélations, Marc Dutroux, alors en liberté conditionnelle, et ses complices faisaient plonger le pays dans l'horreur.

ATS

12.8.2021 - 09:33

Des gens brandissent des pancartes et des ballons blancs lors d'une marche en mémoire des victimes du tueur d'enfants belge Marc Dutroux, à Bruxelles, dimanche 19 août 2012. (archives)
Des gens brandissent des pancartes et des ballons blancs lors d'une marche en mémoire des victimes du tueur d'enfants belge Marc Dutroux, à Bruxelles, dimanche 19 août 2012. (archives)
KEYSTONE

Tout commence le 9 août 1996, quand Laetitia Delhez, 14 ans, disparaît sur le chemin de la piscine à Bertrix (sud). Les autorités de Neufchâteau sont saisies et les médias relatent cette disparition qualifiée «d'inquiétante» par la police.

Lors d'une enquête de voisinage, des témoins évoquent le manège suspect d'une camionnette blanche, aux abords de la piscine. Deux d'entre eux donnent une ébauche de numéro de plaque d'immatriculation. La piste conduit les enquêteurs vers Marc Dutroux, un personnage déjà condamné en 1989 pour enlèvements et viols de mineures de moins de 16 ans.

Pas un inconnu

Si son nom n'est pas connu des enquêteurs de Neufchâteau, il l'est cependant à la cellule disparitions mais aussi à la gendarmerie de Charleroi où on connaissait le passé judiciaire de l'individu. On savait aussi depuis août 1995 qu'il avait le projet de construire des caches... Une opération de surveillance avait d'ailleurs été lancée à cette époque.

En décembre 1995, une perquisition avait même été menée à son domicile à Marcinelle, près de Charleroi, dans le cadre d'une enquête sur un trafic de voitures.

Un gendarme avait entendu des voix alors qu'il se trouvait dans la maison. «Taisez-vous», crie-t-il à ses collègues. Les voix se taisent. Le gendarme en déduit qu'il s'agit de voix d'enfants venant de l'extérieur.

L'enquête démontrera plus tard que deux fillettes de huit ans, Julie Lejeune et Mélissa Russo, se trouvaient lors de la perquisition dans une cache aménagée par Marc Dutroux dans la cave de son habitation. Elles avaient disparu près de Liège le 24 juin 1995.

Entre soulagement et horreur

Marc Dutroux, son épouse, Michelle Martin – une ancienne institutrice – et un troisième suspect, Michel Lelièvre, sont finalement arrêtés le 13 août 1996. Les enquêteurs n'ont à ce moment qu'un seul espoir: retrouver Laetitia vivante.

Dans un premier temps, les trois personnes interpellées nient les faits qui leur sont reprochés. Puis Lelièvre passe aux aveux et accuse également Dutroux. Ce dernier promet alors aux enquêteurs de leur «donner deux filles». Le 15 août, il envoie les enquêteurs à son domicile où sont enfermées Laetitia et Sabine Dardenne, disparue près de Tournai le 28 mai 1996 alors qu'elle était âgée de 12 ans.

Alors que la liesse s'empare des villages des fillettes retrouvées, l'horreur reprend le dessus. Michel Lelièvre évoque en effet les enlèvements d'An Marchal et d'Eefje Lambrecks, âgées respectivement de 17 et de 19 ans lors de leur disparition le 22 août 1995 sur la côte belge.

Découvertes macabres

Dutroux explique quant à lui que Julie et Mélissa sont restées plus de huit mois dans sa maison de Marcinelle avant d'y mourir de faim pendant sa détention entre décembre 1995 et et février 1996.

Un homme d'affaires bruxellois connu pour escroquerie et trafic de stupéfiants, Michel Nihoul, est également arrêté.

Le 17 août, les cadavres de Julie et de Mélissa, ainsi que celui de Bernard Weinstein, impliqué avec Dutroux dans des trafics de voitures, sont découverts dans le jardin de la maison de Dutroux à Sars-la-Buissière, entre Charleroi et la frontière française. Le 3 septembre, les corps d'An et d'Eefje sont retrouvés enterrés dans la propriété de Weinstein, à Charleroi.

Dysfonctionnements dénoncés

Les parents des jeunes victimes, principalement ceux de Julie, de Mélissa et d'An, dénoncent une nouvelle fois le laxisme de l'enquête et les dysfonctionnements dans les systèmes politique et judiciaire belges.

Des mouvements citoyens se créent aux quatre coins du pays. La contestation populaire gronde et atteint son apogée le 20 octobre 1996 quand plus de 300'000 Belges descendent dans la rue pour réclamer du changement lors d'une «Marche blanche» devenue historique.

Une commission parlementaire est mise en place quelques jours plus tard. Dans deux rapports, elle constate que des lacunes et des dysfonctionnements existent dans la structure du système répressif belge et que des fautes ont été commises, mais exclut également des protections. Elle émet des recommandations quant à une nouvelle organisation judiciaire. La mise en place de celle-ci traîne.

Trois mois de procès

En avril 2003, Marc Dutroux, Michelle Lelièvre, Michel Martin et Michel Nihoul sont renvoyés devant les assises. L'enquête menée pendant sept ans n'a finalement pas permis d'identifier d'autres suspects.

Un dossier «Dutroux bis», ouvert pour permettre d'éventuelles nouvelles inculpations, sera refermé en octobre 2010. Aucun des quelque 6000 cheveux saisis chez Dutroux n'a en effet révélé la présence d'autres suspects.

Le 22 juin 2004, les quatre accusés sont condamnés à des peines variant entre cinq ans de prison et la réclusion à perpétuité. A noter que Michel Nihoul, décédé en 2019, a été acquitté de toute participation ou complicité aux faits liés aux enlèvements d'enfants lors du procès de 2004. Il a toutefois été condamné à cinq ans de prison pour trafic de drogue et association de malfaiteurs.

Jardin mémorial

En septembre 2019, décision est prise d'entreprendre la destruction de la maison de Marc Dutroux à Marcinelle, là où Julie et Mélissa ont perdu la vie il y a 25 ans. Début 2021, la commune de Charleroi a annoncé que celle-ci laisserait sa place à un jardin mémorial qui devrait voir le jour en 2023.

«C'est une bonne chose pour ne pas oublier et qu'on y pense avec un sentiment de positivité», a commenté Jean-Denis Lejeune, le papa de Julie.

ATS